Black Keys: “On a juste fait un disque, man”

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En termes techniques, Dan Auerbach n’est pas exactement un bon client. Entendons-nous : le garçon n’est ni agressif ni hautain, ce qu’il joue avec son camarade Patrick Carney nous plaît au plus haut point et il y a pire activité professionnelle que de le rencontrer au bord d’un canal amstellodamois. Simplement, le garçon d’Akron, Ohio, fait résolument partie des adeptes de cette devise : « Notre musique parle pour nous ! » La promo n’est pourtant pas ce qu’il déteste le plus. Voyager, par contre, oui. « C’est crevant, je n’aime pas les avions, nous sommes tout le temps en route et donc jetlagués. C’est ridicule, comme mode de vie ». Mais n’est-ce pas là, la rock’n’roll way of life ? « Je suppose. Rock’n’roll ! »

Bref. Dan et Pat reçoivent chacun de leur côté la presse belge dans un hôtel chic d’Amsterdam. El Camino sort ce 2 décembre. Le concert, ce sera pour l’année prochaine. « J’aimerais vous dire que ce disque a une histoire un peu excitante, mais non… On est juste entré en studio et on a fait un disque, man ! C’est aussi peu compliqué que ça. Je suppose que nous nous sentions prêts à enregistrer, et voilà ! Le résultat un peu différent de Brothers, le feeling aussi. Mais on s’est autant amusé à le faire. Pour Brothers, tous les textes étaient déjà écrits, toutes les parties de cordes aussi. Il nous restait juste à travailler sur les grooves. Pour cet album-ci, il n’y avait rien ! Donc nous n’avions pas répété non plus, même pas parlé de ce que nous allions faire. Pas de démos, rien ! »

Le duo est donc entré en studio, batterie et guitare sous le bras pour ainsi dire. « Tous les matins, nous nous y mettions, et à la fin de la journée, nous avions à chaque fois un morceau. Les textes ont été rajoutés ensuite. L’idée n’était pas tellement de devoir aboutir à une chanson en fin de journée, mais nous savons le faire, dès lors… Même deux par jour ! Nous aimons la musique, nous aimons faire de la musique et nous aimons être en studio. Il n’y a aucune pression, c’est fun. C’est le plaisir de créer quelque chose à partir de rien ».

Dan Auerbach confesse volontiers son amour pour la musique mais aussi celui des disques. « Pas juste l’objet, le tout, la démarche artistique. C’est quelque chose de beau, je trouve. Continuer, perpétuer cet art. Je me sens parfois comme un dinosaure, si vous voulez. J’aime du vieux : de la vieille musique, les disques… Un dinosaure ? Non, parce que tout ce qui est vieux redevient neuf un jour ou l’autre. Rien n’est vraiment nouveau, les gens empruntent au passé. Pour que le public aime à nouveau quelque chose, c’est juste une question de temps. C’est à la mode, puis ce n’est plus à la mode, puis c’est de nouveau à la mode… tout ça n’a aucune importance. »

Qu’est-ce que c’est que le rock’n’roll ? Aujourd’hui ? Que dire aux plus jeunes ? Il se marre : « Je leur dirais d’aller écouter quelques vieux disques ! » Il s’essaie à une petite liste : « Un Link Wray, un Rolling Stones, probablement un Cramps, le premier album. Quoi d’autre ? Peut-être “Electric warrior”, de T-Rex. » Un cinquième pour compléter ? The Clash ? « Oui, peut-être les Clash. J’essaie de penser à quelque chose de plus moderne… Peut-être un disque de Jonathan Richman. » Sur El Camino, une plage fait entre parenthèses assez glam. « Gold on the ceiling », c’est son titre… « Mais oui. Chaque fois que vous jouez du rock’n’roll des fifties avec une touche un peu moderne, ça finit par sonner plus ou moins glam. Parce que c’était ça, le glam : prendre du rock des fifties et le rendre « dancefloor friendly. Alors, si en plus vous mettez des filles dans les chœurs, et des handclaps, ça devient automatiquement glam ! »

El Camino est produit par Danger Mouse. Que le duo a une fois de plus remis aux manettes, après « Attack & release » en 2008 et « Tighten up » sur Brothers en 2010. L’explication est aussi simple que celle du pourquoi et du comment de l’album : « Nous sommes amis, nous aimons bien nous retrouver, sortir un peu ensemble. Travailler à trois, c’est comme être en vacances. Vraiment ».

Quand les Black Keys ont démarré, à Akron en 2001, ils ont bien essayé de rameuter d’autres musiciens. « Nous avons fait quelques auditions. Pour un bassiste, un guitariste et un claviériste. Ça n’a jamais fonctionné. Je ne sais pas t pourquoi. Nous avons toujours sonné mieux en duo : mieux, plus fort… A trois, le son devenait moins intense, c’était bizarre ».

Auerbach et Carney sont restés des adeptes de la simplicité. Même si certains pourraient trouver El Camino surproduit. « On ne s’en fait pas trop », rétorque le guitariste et chanteur. La simplicité prévaut aussi côté visuel : une bonne idée, bien exploitée, et voilà comment naît un bon clip ou une bonne bande-annonce d’album appelée à faire le buzz sur le Net. « Nous avons de la chance… Pour le clip de “ Lonely boy”, c’est nous qui avons décidé d’y mettre ce type en train de danser. Il faisait partie d’un clip plus long, nous avons juste repris cette séquence-là. En général, nous choisissons des gens pour travailler avec eux, nous échangeons quelques idées, nous retenons celle que nous aimons et puis nous nous contentons de quelques suggestions ».

Visuel toujours… Sous un titre qui évoque le chemin, la route, figure un van. Typiquement la mythologie américaine, celle des grands paysages, pour un Européen de base. « Nous avons bien sûr pensé à ce que ça pourrait évoquer dans l’esprit des gens. Mais c’est notre vie, notre vraie vie ! C’était notre tour van, nous avons roulé pendant deux ans sur des milliers de kilomètres avec lui. Il nous a permis de jouer des centaines de concerts. Nous avons roulé dans le désert, la forêt, la neige, la montagne. Partout en Amérique ».

Il complète en rigolant : « Toute cette mythologie est réelle. Et il n’y a rien de plus américain que ce minivan. Quand Pat et moi étions gamins, tous les parents en avaient un. Pour nous, cette pochette a quelque chose de nostalgique, je pense. J’ai embrassé ma première petite amie dans un minivan comme celui-là. Beaucoup d’expériences de vie renvoient à ces véhicules ».

Dan Auerbach n’est pas du genre à regretter le bon vieux temps. Lui qui joue désormais aussi dans les plus gros festivals sait cependant regarder en arrière et y prendre plaisir. « Nous avons vécu de belles expériences, vu beaucoup de choses. C’est le fait de jouer de la musique qui nous a permis d’acquérir cette expérience enrichissante. Nous avons vraiment été partout dans le monde… » L’Europe, c’est différent ? Il trouve que oui. Les gens, la nourriture. « Et ces putains de vélos, ajoute-t-il en faisant un signe de tête vers la fenêtre. Ici, je ne sais même pas quand je suis sur un trottoir, sur le passage du tram ou sur la rue, j’y comprends rien ! » Heureusement, le rock’n’roll n’a besoin de traduction nulle part. « Il y a quelque chose de primal, là-dedans : le beat… C’est gravé dans nos cerveaux ! »

En concert le 23 janvier 2012, au Lotto Arena à Anvers. Infos : www.livenation.be

La critique de “El Camino” sur le mad.be

DIDIER STIERS

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