The Noisy Horrors Show

Horreur et damnation, The Horrors se produisaient hier à l’Ancienne Belgique. Un concert intense et bruitiste comme le rock n’ose plus se le permettre que trop rarement.

The Horrors, c’est le groupe qu’on aimerait aduler. Un groupe au goût certain, toujours en mouvement, qui se remet en question sur chaque nouvel album. Ajoutez à cela un look impeccable (entre Ramones et Kraftwerk) et des choix courageux comme on n’en fait plus (singles de huit minutes) et on a tous les ingrédients nécessaires pour en faire le groupe qu’on aimerait suivre comme quand on avait 15 ans.

Le problème, c’est que malgré toutes ces qualités, The Horrors n’ont toujours pas été foutus d’écrire la chanson qui sort du lot, celle qui les propulserait vers une autre dimension. Ajoutez à cela un concert qui nous avait laissé de marbre il y a deux ans au Cirque Royal et un nouvel album énigmatique (“Skying”, quelque part entre new wave et shoegazing), et vous comprendrez qu’on soit arrivé à l’AB marqué d’un grand ? quant à ce qui allait suivre.

Ça a commencé avant le commencement, avec un best of des chansons les plus crades du Velvet Underground en amuse-bouche. Et alors que crachent les vingt minutes de ‘Sister Ray’ dans les haut-parleurs, on s’inquiète un peu pour ces iconoclastes Horreurs. Car c’est pas tout d’envoyer du Velvet en apéro, il va falloir assurer derrière ça! Le début du concert est d’ailleurs un peu brouillon… Croit-on! Il nous fallait juste le temps pour se faire au mixage son: la voix noyée dans la distorsion et la section rythmique bien en avant. Si bien que les titres du dernier album, limite ambient sur disque, redoublent d’énergie et de percussion en live. Et c’est à un grand concert de rock comme on en fait plus que trop rarement auquel on assiste.

Au départ garage-punk, la musique de The Horrors a évolué au fil des albums en une sorte de new wave ou se mélangent rock garage, noise et kraut. Tous ces éléments, on les retrouve bien équilibrés dans ce concert qui fait la part belle au dernier album «Skying». La section basse-batterie, monolithique et puissante, ne nous lâche pas d’un iota. La distorsion est omniprésente mais reste en retrait et ici et là quelques touches de synthé nous ramènent dans les années 80. Le groupe n’est pas des plus expressifs sur scène mais leur look est impeccable et, surtout, ça joue, concentré et impliqué. Aux trois-quarts du set, l’épopée kraut ‘Sea Within A Sea’ (du deuxième album «Primary Colours») achève de nous convaincre. Le son est puissant, sale et hypnotique, bien plus convainquant que sur disque. Cela jusqu’au rappel qui arrive après une cinquantaine de minutes seulement.

Le rappel? Comme on en fait plus, on vous dit! Un titre garage et puis la cerise sur le gâteau: les quinze minutes de ‘Moving Further Away’ qui commencent comme du Kraftwerk et évoluent dans un magma de distorsion digne du… Velvet. Les Horreurs se sont permis d’entrer en scène sur ‘Sister Ray’ (qui d’autre oserait de nos jours?) et ils terminent avec classe avec leur propre ‘Sister Ray’. Du grand art. Respect. Et voilà du coup un groupe qu’on place dans nos priorités à suivre. Car un jour viendra, les Londoniens dégoteront le producteur qui saura graver ce son à la fois vivant, énergique et clinique sur bande. Et ce jour-là, le rock indé leur appartiendra. Le colonel Kurtz ne l’avait-il pas prédit dans son dernier souffle?: «The Horrors… The Horrors».

Didier Zacharie

http://thehorrors.co.uk/

[youtube pPHT-Y93QCM]
[youtube iD3aKGcmEew]

Journaliste lesoir.be

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3 commentaires

  1. philippe

    9 décembre 2011 à 18 h 36 min

    J’ai adoré de chez adoré. Mais bon Still Life reste mon morceau préféré

  2. Rotten

    11 décembre 2011 à 13 h 41 min

    Je ne peux m’empêcher de sourire à la lecture de cet article, car j’ai un avis diamétralement opposé. Question de feeling personnel, sans doute.

    De mon coté, j’ai trouvé ça très propret, limite sirupeux, et quoi qu’effectivement sans anthem récent, parfaitement calibré pour une fm aussi branchée que raisonnable. On est ici très loin de l’ivresse que livraient My Blood Valentine et tous les fers de lance qui ont forgé les sonorités d’une pop moins lisse. Au mieux, je me suis dit qu’on avait à faire entre quelque chose qui s’inspirait de James et des Happy Mondays, mais en version Coca light, ou futur gendre bien présentable. Rien à redire sur le son, c’était encore un fois très propre, trop propre pour laisser filtrer la moindre faille dont sont issues les meilleures énergies créatives.

    Pour résumer, je suis arrivé dans un élan de curiosité, pensant le groupe plus prometteur que leurs confrères habituellement au mieux parodiques du meilleur de la scène anglaise, et je suis reparti un peu avant la fin du concert avec cette désagréable sensation d’avoir encore une fois eu sous la main quelque chose de cuisiné avec des ingrédients de synthèse qui n’ont de l’énergie musicale qu’une saveur artificielle et mécaniquement recomposée dans une n-ième rock-school sans verve…

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