Echo & The Bunnymen, ses crocodiles, son paradis

Pour nombre d’artistes et de groupes, c’est aujourd’hui devenu une sorte d’exercice obligé : rejouer en concert l’entièreté d’un, deux, voire trois albums incontournables de leurs répertoire. Certains s’y sont cassés les dents (Mercury Rev, pas trop convaincant dans ses Deserter’s songs aux Nuits Botanique 2011). D’autres s’y sont livrés avec plus ou moins de bonheur, comme The Cure avec ses trilogies Pornography-Disintegration-Bloodflowers et 17 seconds-Faith-Pornography. Vendredi soir, dans une AB sold out, c’était au tour d’Echo & The Bunnymen de retourner dans son passé, pour en exhumer ses deux premiers albums : Crocodiles et Heaven up here, datant respectivement de 1980 et 1981.

Il est près de neuf heures quand le groupe de Liverpool apparaît sur scène. Enfin, « apparaît » n’est pas le terme le plus approprié : Ian McCulloch, son guitariste Will Sergeant (ils sont les deux seuls rescapés de la formation d’origine) et les autres resteront éclairés par l’arrière pendant toute la durée du concert. Pour cause d’économie sur le budget make-up, se dit-on ironiquement. Ou, plus sérieusement, pour s’effacer derrière une musique qui, elle, n’a que très peu pris de rides et qui va sonner tout au long de la soirée avec une clarté rarement entendue en pareille circonstance. Et puis, il a beau rester dans l’ombre, c’est un McCulloch toujours frondeur qui s’adresse à plusieurs reprises au public… sans qu’on comprenne toujours bien distinctement tout ce qu’il lui dit.

« Going up » et « Stars are stars » servent aussi un peu à la chauffer, cette voix par moments rauque comme celle d’un Joe Strummer. Avec « Crocodiles » et « Rescue », leurs déflagrations électriques et leurs guitares tranchantes, on se retrouve clairement dans cette atmosphère post-punk qui a baigné la naissance du groupe. Joué dans l’ordre des plages, tous les titres du premier album y passent, jusqu’au chaudron bouillonnant de « Happy death men » ; on est encore loin de ces « Bring on the dancing horses » cristallins qui scelleront plus tard le succès d’Echo & The Bunnymen auprès d’un public un peu plus large.

“Show of strength” (Ancienne Belgique – 20/01/12)

Le temps d’une courte pause en backstage, et les Anglais se replongent dans Heaven up here, toujours selon le même principe. « Over the wall », avec sa batterie qui claque accompagnée de flashes de lumière blanche, est un point d’orgue un peu psychédélique. Si « Promise » annonce les compos épurées ultérieures, on revient vite au rock avec la plage titulaire de l’album. Pour finalement clôturer ce voyage dans le passé, sans nostalgie affichée soulignons-le, avec cet « All my colours » dont le temps n’a pas effacé les accents poignants.

“The killing moon” (Ancienne Belgique – 20/01/12)

Et les rappels ? Il y en a, mais on se dit vite qu’on aurait tout aussi bien pu s’en passer, à voir et entendre comment McCulloch sabote « Bring on the dancing horses » et autre « Nothing lasts forever » pourtant emmené par une jolie guitare acoustique. Pas grave : jusque-là, on a quand même eu droit à un concert sans fausses notes, tout en présence, et autrement moins maniéré que ceux des pilleurs d’eighties à l’œuvre ces temps-ci.

Didier Stiers

Setlist
1. Going up
2. Stars are stars
3. Pride
4. Monkeys
5. Crocodiles
6. Rescue
7. Villiers Terrace
8. Pictures on my wall
9. All that jazz
10. Happy death men
11. Show of strength
12. With a hip
13. Over the wall
14. It was a pleasure
15. A promise
16. Heaven up here
17. The disease
18. All my colours
Rappels
19. Bring on the dancing horses
20. Nothing lasts forever
21. The killing moon
22. The cutter

Didier Stiers

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3 commentaires

  1. allow

    22 janvier 2012 à 14 h 46 min

    Bien sincèrement, je n’aurais pas pu mieux dire. Il y’avait une tension tout au long de ces 18 morceaux (avant le rappel donc!) que je n’avais jamais ressenti à ce point chez eux (et je les ai vu une paire de fois…). Cela démontre la qualité et la modernité de ces deux premiers albums tout à fait essentiels du début des eightees. Le bémol, ce sera effectivement ce rappel (bâclé en plus!)et surtout qu’ils nous ont spolié les 3 derniers morceaux d’Heaven up Here (No Dark Things, Turquoise Days et All I Want)… incorrigible Ian!

  2. Bruno

    22 janvier 2012 à 18 h 10 min

    Idem! Tout etait parfait sauf les rappels… Bien que Killing moon etait au-dessus de mes attentes vu les 3 morceaux precedents. Oui vraiment! Sacré Ian. De toutes façons: je reviens des que tu repasses par chez nous. :-) )

  3. Phil

    24 janvier 2012 à 10 h 02 min

    Un désastre ! Je les ai vus lors des tournées Crocodiles (Kassik) et HUH (Aula VUB) et l’essence n’y était plus… même si Mac carbure comme un Hummer :0): Le batteur était approximatif (en gros il joue la moitié de ce que Pete jouait), la guitare de Will n’était audible qu’une chanson sur 2. Mention quand même au 2ème guitariste déjà présent (déja présent sur la tournée HUH) qui reprends les parties de Mac et une partie de Will. En bref, une grosse déception sauf sur 2 morceaux: Happy Death Man et Nothing Last Forever où les dérapages de Mac ont bonifié la chanson.

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