Agnes Obel, 2 Many DJ’s, Mogwai, Laurent Garnier et Daan sont notamment à l’affiche de ces deux soirées. Les PiaS Nites seront aussi l’occasion de fêter le 30e anniversaire du label indépendant bruxellois. Kenny Gates, son patron, a feuilleté avec nous l’album photos de ces trois décennies. Petit tour d’horizon de l’ADN de PiaS

En résumant, on dira que c’est autour d’un groupe belge qu’a été scellée la rencontre entre Michel Lambot et Kenny Gates, les fondateurs de Play It Again Sam. « Michel avait lancé Sandwich Records, se souvient son associé. C’était le premier label indépendant belge… Il avait fait produire le premier album de Polyphonic Size, Live for each moment, par Jean-Jacques Burnel des Stranglers. »
Nous sommes en 1982 : Michel et Kenny partent le vendre de la main à la main chez les disquaires… Les années 80 sont celles de l’enfance d’une société pilotée par deux gamins qui apprennent le métier. Kenny Gates a 19 ans, Michel Lambot, 21. Le premier est fan de labels comme Mute, Factory et 4AD. « J’ai dit à mon père que je me lançais là-dedans pour avoir des disques gratuits ! »

L’époque est aussi celle de la cold wave, du gothique avec les Sisters Of Mercy, de l’électronique des Depeche Mode et Soft Cell. « Et quelques petites productions belges, comme Dole pour la Wallonie et Aroma Di Amore pour la Flandre. J’ai toujours voulu être multiculturel : signer un groupe flamand, un wallon, un bruxellois, un anglais… Il y a bien sûr aussi toute l’aventure de la musique électronique belge avec Front 242, Neon Judgement, A Split Second, à ; GRUMH, Trisomie 21… »

Oasis et Offspring

Jusqu’à ce que des discothèques flamandes débarque la new beat ! « Du jour au lendemain, le moindre maxi tournant à 90 bpm, instrumental et joué au Boccacio se vend à des milliers d’exemplaires. C’était aussi pour nous une sorte d’accomplissement, à savoir qu’on peut faire de la musique sombre, a priori anti commerciale et connaître des succès de masse. Ça a toujours été l’ADN de PiaS ! » Des années plus tard, cette biologie accouchera d’un Prodigy, disque d’or en Belgique.

C’est au cours des nineties que la boîte fait des petits. Aux Pays-Bas, en Angleterre, en France, en Allemagne… Le credo maison se développe, à l’instinct : « Pour défendre un artiste, trouver une crédibilité, un minimum de répondant face aux multinationales, il faut offrir une “PiaS touch”, un amour de la musique relayé dans les principaux pays. » Lequel se concrétise par la distribution de Definitely maybe d’Oasis en Angleterre. Ou le carton d’Offspring avec l’album Smash : « Je vois “Come out and play” sur MTV, je trouve ça génial, je me renseigne, c’est un petit label indépendant punk américain, c’est libre, je prends les droits pour le Benelux. Et coup de bol : j’ouvre PiaS France en 94 avec un mec de chez Fun Radio qui revient des Etats-Unis et met le morceau sur les ondes ; on vend un demi-million d’albums là-bas ! » Moralité ? « Pour qu’un groupe réussisse, il faut le talent, le travail et la chance. »

S’il fallait encore concrétiser la philosophie PiaS dans un disque, on pourrait aussi mentionner celui des frères Dewaele dans leurs atours 2Many DJ’s sorti en 2002. Traduction : des goûts musicaux assez éclectiques.

« Les années 2000, reprend Kenny Gates, marquent aussi l’avènement d’Internet. En Angleterre, nous distribuons les Arctic Monkeys, soit le premier groupe à créer un buzz et à être considéré comme le premier qui a généré l’essentiel de ses fans grâce à son site web. »

Mais le Net, ce n’est pas que du buzz. L’arrivée de PiaS sur iTunes en 2004 s’accompagne des interrogations posées par la piraterie en ligne. « Le marché du disque y régit très mal, de manière conservatrice et réactionnaire. On voit là que les belles années sont derrière nous. »

N’empêche, le label donne un coup de neuf sur sa politique de signature et accueille ses propres artistes : Editors, Muse pour le Benelux, Seasick Steve, Agnes Obel, Vitalic, Tiga, Liz Green, Zulu Winter… Le boss promet : certains devraient faire parler d’eux d’ici très peu de temps !

Deux nuits avec les artistes maison

Certains ont déjà eu l’occasion de s’illustrer chez nous, d’autres seront des découvertes pour une partie du public : c’est la recette des PiaS Nites. Côté valeurs sûres, mentionnons encore les furieuses Live Booth Sessions de Laurent Garnier et l’irrésistible Etienne De Crécy. Joan As Police Woman sera remplacée par Lisa Hannigan. Les 2Many DJ’s viendront en personne, de même que Tom Smith des Editors qui se fendra d’un set solo acoustique. Et si vous êtes vous-même désireux de monter un jour sur les planches, sachez qu’à condition d’avoir votre ticket et une démo, vous pourrez participer à un music speed dating : 10 minutes pour convaincre (ou faire fuir) un comité de sélection trié sur le volet, ce n’est pas tous les jours que ça arrive…

Infos : piasnites.com/be

DIDIER STIERS

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