Dominique A dans la lumière

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Dominique A est-il actuellement le plus grand interprète, auteur et compositeur de la chanson/pop française ? On le pense.

Vingt ans après La fossette, son premier album qu’il reprend sur scène, cette année, dans son intégralité, Dominique A publie Vers les lueurs, un prodigieux nouvel album. En même temps qu’une intégrale de tous ses disques et la réédition de ses deux derniers (L’horizon et La musique/La matière, complétés d’inédits). Bref, l’heure est au bilan, pour le Nantais, qui n’en continue pas moins de regarder devant lui avec un disque lumineux à souhait. Rencontre avec un Dominique qui ne quitte pas tout à fait ce Bruxelles qu’il aime tant.

Tu retournes t’installer à Nantes sans pour autant abandonner tout à fait Bruxelles ?

Pour l’instant, oui. J’ai très envie de revenir sur l’ouest mais quand je suis en France, je me rends compte qu’il me manque un tas de trucs, dont le café Cirio. Il y a des ambiances de bar, des librairies que j’adore, une douceur de vivre que je peux aussi trouver à Nantes car il y a là aussi des couleurs, des lumières. A Nantes, j’ai acheté un appart qui est un puits de lumière et se trouve face à la Loire. L’eau… C’est ça qui me manquait le plus.

« Lumière », le mot est lancé. Tout l’album tourne un peu autour de ce concept de lumière, de lueurs…

C’est le leitmotiv, oui. Une thématique, une façon de surligner une envie de lumière, de suggérer une ouverture musicale. A chaque album, on me parle de « lumineux », au point que j’ai parfois peur de me brûler les ailes.

Il s’agit aussi de prendre le contrepied d’une actualité qui nous impose crise, grisaille, rigueur…

Oui. L’animal a besoin de ça : après la pluie, vient le beau temps. Vers les lueurs, c’est un espoir basique. Si on pense – outre mesure – aux élections françaises, ça me fait aussi plaisir d’imaginer qu’on va vers du mieux. Les lueurs, ce n’est pas encore la lumière, c’est un signal. C’est peut-être aussi un feu follet.

Lumière mais aussi couleurs avec des arrangements pour guitares et instruments à vent absolument somptueux…

Haut-bois, cor anglais, clarinettes, flûtes, basson… Ce disque, pour moi, c’est comme avec Sacha Toorop, sur Auguri en 2001, j’avais envie d’un face-à-face et de sonorités boisées. Avec l’arrangeur David Euverte, on s’est mis d’accord sur la formule du quintette à vent, la voix et la guitare électrique. On a aéré pour laisser de la place à chacun. Tout s’est fait très vite, à Bruxelles. Il fallait une dynamique, celle du live.

Le début de la tournée propose un double concert avec l’intégrale de « La fossette » en trio, suivie du nouvel album avec le quintette à vent…

Pour le coup, c’est un concept, qu’on fera jusqu’à l’été. A la rentrée, ce sera plus rock.

La réédition de l’intégrale, l’anniversaire de « La fossette », le nouvel album, ça fait beaucoup pour un seul homme…

C’est bien que les anciens disques soient à nouveau disponibles en magasin mais c’est clair que ma priorité, c’est le nouvel album. J’espère qu’abondance de biens ne va pas me nuire, mais jusqu’ici, ça m’a toujours plutôt réussi. La fossette, j’avais envie de marquer le coup, faire un petit signe du genre : « Eh ho, c’était moi. » Et c’était tout ou rien, pour moi. J’aime l’idée de ne pas laisser mourir un catalogue. Je ne suis pas assez connu pour que le truc vive de lui-même. Y a-t-il de la mid-life crisis dans l’air, va-t’en savoir ! Mais je n’ai pas de problème avec le rétrospectif dans la mesure où je suis dans l’écriture en permanence.

« La fossette », enregistrée avec très peu de moyens, dans ta cuisine, a vraiment une importance historique et a influencé de nombreux chanteurs et musiciens…

C’était un parti pris de sobriété, qu’on va garder sur scène. Après, je ne suis plus la même personne, ma voix s’est affirmée… Pour moi, tous les morceaux ne sont pas intéressants, c’est un exercice de style car c’est quand même un disque d’atmosphère. On joue sur les arrangements… Ça fonctionne bien.

Ce rôle de porte-parole d’une nouvelle scène n’a-t-il pas été à un moment lourd à porter ?

Non, pas vraiment. Ce fut surtout de l’incrédulité. Après, plein de gens m’ont influencé. Quand tu n’as pas de reconnaissance du grand public, c’est ce qui fait aussi tenir la barque. Cette influence qu’on me prête, ça me donne confiance et envie de continuer. Ça légitime ta démarche. Je viens aussi d’une époque où j’ai eu le temps de faire un tas d’erreurs. Aujourd’hui, je vois des gens qui doivent être solides dès le départ. Moi, j’ai dû apprendre à entendre et supporter ma voix. Il y a de la coquetterie aussi. Je n’ai pas l’impression d’être discret mais de tout le temps être au front.

Le fait d’avoir travaillé avec Calogero ou d’autres issus de la variété t’a-t-il apporté quelque chose ?

De l’argent d’abord. C’est une façon non négligeable de gagner ma vie. J’aime beaucoup travailler « au service de ». Ça m’a donné aussi envie, par moments, de choses plus claires, plus simples. Il n’y a pas à rougir de faire des chansons comme ça.

Ceci dit, il y a encore du boulot à faire quand on voit que ni Miossec ni Murat n’ont été ne fût-ce que nommés aux dernières Victoires de la Musique ?

Il y a du boulot, oui. Mon disque La musique l’avait été, j’étais content. Je me suis dit que je n’étais pas encore ringardisé. Il y a malgré tout des signes rassurants comme des Biolay, des L, des Izia… Mais t’as toujours des trucs hérités de la variété française des années 70-80, ça ne bouge pas. C’est dommage qu’on ne reconnaisse pas des mecs comme Miossec ou Murat qui tirent le truc vers le haut. Il y a un côté botte de chou-fleur dans les oreilles qui est quand même assez préoccupant. Et je dis ça sans prêcher pour ma petite chapelle. On est dans une accélération permanente de l’histoire et de nos vies et en même temps, par contrecoup, les gens ont besoin pour se rassurer de regarder en arrière, sur un terrain nostalgique, qu’ils connaissent. Pour trouver leur place dans un monde qui par ailleurs va beaucoup trop vite. C’est pour ça, je pense, que la musique tourne en rond. Mais ce qui est bien avec l’adversité, c’est que ça donne toujours envie de batailler. Ceci dit, j’entends tout le temps des trucs francophones vachement bien. Des petits projets qui n’ont pas toujours la chance d’exister par manque de moyens mais c’est là.

Qui aujourd’hui t’influence ?

Personne ne m’influence directement aujourd’hui mais plein me nourrissent. Le précédent disque, il y avait une petite idée à la OMD, celui d’avant, il y avait l’idée d’être sur un terrain à la Leonard Cohen. Là, pour Vers les lueurs, il y a une chanson qui ouvre l’album de Midlake qui m’a donné l’envie de bois. C’est tout bête. Ça me renvoyait à Nick Drake… Et je trouvais marrant de marier les contraires en mettant ça dans un contexte par ailleurs très électrique.

La critique du CD sur le mad.be

http://www.dominiquea.com/

http://www.myspace.com/dominiquea

THIERRY COLJON

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