Timber Timbre passe au rouge

Le minimalisme était de mise ce lundi soir à la Rotonde. Taylor Kirk, alias Timber Timbre, n’a eu besoin que d’une guitare, quelques effets et une grosse caisse pour saisir son auditoire. L’ombre de Leonard Cohen, mais alors un Cohen hanté, forcément, a plané sur le Bota. Étonnant concert…

Étonnant, tout d’abord parce que Taylor Kirk est toujours aussi seul sur scène, vissé à son tabouret, principalement accompagné par sa guitare. « Elle est vieille. Je viens de l’acquérir, mais elle sonne bien quoi qu’il en soit », précise-t-il au passage.

L’homme de Brooklin, Ontario, a beau choisir le dépouillé, il n’en fait pas moins vibrer tout l’espace mis à sa disposition, devant un public comme hypnotisé, qui boit ses paroles jusqu’à la dernière syllabe. Son folk a des accents freak, même sombres. On le sait intéressé par le cinéma : ses textes qui convoquent fantômes et goules (« No bold villain ») incitent à imaginer des images de film gothique. Exit le psychédélisme amené par les deux comparses avec lesquels on le connaît aussi. Ce soir, sa soul est torturée et son blues sent le marais plus que le champ de coton.

S’il y a là-dedans quelque chose de Leonard Cohen, on y relève aussi des accents presleyens, dans cette voix au léger trémolo qui résonne en écho subtil. Et puis, quelque chose de vaguement rituel, religieux, dans ces incantations tordues… dieu merci rattachées à aucune hype.

Taylor Kirk a beau glisser des bribes d’humour noir à l’adresse de la salle, on ne sait jamais trop s’il faut s’inquiéter. Quand il s’empare d’« I put a spell on you » de Screamin’ Jay Hawkins pour en faire une quasi balade. Ou annonce une nouvelle chanson, « Coming to Paris to kill you » comme basée sur une vraie expérience de vie. Voire introduit « It’s only dark » par des sons de flûte mis en boucle et… des nasillements de canard.

Nonante minutes après nous avoir ouvert la porte d’un univers lynchéen baigné par son éclairage uniformément rouge, il nous largue dans la nuit, du carmin toujours dans les yeux. « Excusez-moi Monsieur l’agent, c’est par où, Twin Peaks ? »

Didier Stiers

Setlist
- No bold villain
- Bad ritual
- Trouble comes knocking
- Coming to Paris to kill you
- Lonesome hunter
- I put a spell on you (Screamin’ Jay Hawkins cover)
- Lay down in the tall grass
- It’s only dark
- Under your spell
- Demon host
- I get low
- Magic arrow
Rappels
- There is a cure
- Black water

Didier Stiers

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