Sweet Home Alabama

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Porté par la voix ahurissante de Brittany Howard, Alabama Shakes sera l’une des révélations à la fois soul, blues et rock’n’roll de l’année. Hold on.

Il y a encore un an, ils n’avaient pas de site web et vous pouviez même vous brosser pour trouver une de leurs chansons planquées sur la Toile. Aujourd’hui, plus de 600.000 internautes ont regardé la vidéo d’« Hold on » tournée dans un magasin de disques. Et demain, enfin le 30 juin, ils joueront ni plus ni plus moins que sous la Pyramid de Rock Werchter. Les Alabama Shakes ont la cote. Merci pour eux.

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Beaucoup de groupes naissent autour d’un bar ou dans une soirée de débauche. Alabama Shakes voit le jour dans une classe d’école pendant un cours de psychologie. Quand Brittany Howard, « punk depuis l’âge de 13 ans », propose à Zac Cockrell de faire de la musique avec elle. « Je savais qu’il jouait de la basse et il portait des tee-shirts de super-groupes dont personne n’avait jamais entendu parler », se souvient la jeune Afro-Américaine de vingt et quelques piges. Le duo commence à écrire des chansons et s’adjoint les services du batteur Steve Johnson qui bosse dans le seul magasin de disques de la ville. Athens. Bled paumé de l’Alabama dont les seules gloires locales semblent être les Delmore Brothers, duo country des années 30 et 40, et Phil Rivers, quaterback des San Diego Chargers.

Contrairement aux trois quarts des chanteuses black, Brittany n’apprend pas à chanter à l’église. « J’étais trop timide pour donner de la voix dans la chorale. »

Elle grandit dans un environnement particulièrement musical. Sa grand-mère est fan de oldies. Son grand-oncle fait du bluegrass. Et son oncle est métalleux. « Je ne sais plus le nom de son groupe et je ne suis pas sûr que lui s’en souvienne. Il a arrêté pour élever ses enfants. Longtemps, je n’ai même pas osé imaginer gagner ma vie avec la musique. Dans notre patelin, c’est pas vraiment terre à terre. Il n’y a pratiquement aucun endroit où tu peux jouer. La zique est juste un hobby. Tu en fais parce que t’aime ça. »

Brittany n’aime pas ça. Elle lui coule dans les veines. « Ecouter de la musique est pratiquement tout ce que je pouvais faire étant gamine. Je n’avais pas beaucoup de CD. Ça coûtait cher. Alors, j’empruntais ceux de mes potes. Mais je n’ai su que je voulais écrire des chansons et faire partie d’un groupe que quand j’ai assisté à mon premier concert. »

Quoi qu’il en soit, quand le guitariste Heath Fogg leur demande d’ouvrir pour son groupe, les trois zigotos acceptent à condition qu’il joue avec eux. Il ne les quittera plus. Les Shakes (ils changeront de nom plus tard) tentent d’enregistrer chez Howard. Sessions perturbées par les voies de chemin de fer toutes proches. Et finissent à Nashville début 2011. « J’ai toujours joué dans des groupes rock’n’roll. Plutôt garage, avoue Fogg. Mais on est intéressé par le même style de musique, le même type de son, la même manière d’enregistrer. On voulait juste écrire, jouer et mettre en boîte des chansons ensemble. S’ils avaient tous voulu faire de la salsa, j’aurais été heureux comme ça. »

une nuit qui change tout

Coup d’accélérateur fin juillet. Le blog Aquarium Drunkard poste « You ain’t alone ». Le lendemain Brittany se réveille avec des e-mails de maisons de disques, managers, éditeurs. Elle croit à l’erreur. « Il y a des mecs qui ont essayé de nous contacter, rigole Fogg. On veut être vos managers. On va vous habiller comme ça. On dira que vous venez de là. On va jouer la carte rétro soul à mort. Tu déconnes ? Tu joues dans un groupe de merde. Tu ne sais pas le moins du monde de quoi tu parles. Merci, mais on se débrouillera très bien sans toi. »

C’est que l’étiquette rétro soul est déjà réductrice quand on parle d’Alabama Shakes. Puis elle n’est pas très flatteuse. « On essaie d’éviter ce terme autant que faire se peut. Parce que quand tu connais Charles Bradley, Lee Fields, tu as une idée de ce que la soul est vraiment. Puis aussi parce qu’on veut explorer d’autres territoires. On ne veut pas que les gens qui viennent nous voir pensent découvrir la nouvelle Sharon Jones et aient l’impression d’entendre Arcade Fire. Parce qu’on aime ce genre de trucs aussi… »

En attendant, les Alabama Shakes sont fans des labels Daptone et Truth and Soul. « Le tout premier truc qu’on a enregistré, c’était dans un studio digital, raconte Brittany. Le mec s’est pas mal débrouillé. Mais on avait du mal à lui expliquer ce qu’on désirait. On pouvait juste lui conseiller d’écouter les albums de Lee Fields. La musique de ces gens est vraie. Réelle. Authentique. Puis surtout, on n’a pas affaire à des top models. Ils sont comme tout le monde. Et ils ont vécu des choses, ont une histoire à raconter. C’est vrai, je suis très jeune. Mais Otis Redding l’était aussi… Quand je l’ai vue pour la première fois sur scène, Sharon Jones m’a mise sur le cul. Ce petit bout de femme a toujours cru en ce qu’elle faisait. Et je compte bien l’imiter. Même si plus personne à un moment ne veut m’écouter… »

Combinaison du digital et analogique

Fin 2011, après leur performance au CMJ, festival new-yorkais, Brittany peut quitter son job de facteur. Steve a arrêté de bosser comme gardien de nuit et Heath de travailler dans la construction. Ils terminent l’enregistrement de leur premier album Boys & Girls à Nashville et en février sortent un single sur Third Man Records, le label de Jack White. Lançant la collection Live 7’’ Series. « On a juste joué chez Third Man. C’est assez impressionnant. Tu as à la fois une salle, un studio et un magasin de disques, détaille Fogg. On a joué en face d’un public et ils ont enregistré le show pour en faire un 45 tours. On ne s’est jamais retrouvé en studio avec Jack White. Je ne l’ai jamais rencontré. Je ne lui ai même jamais parlé. »

Il ne leur a pas proposé non plus de sortir leur premier album… Un disque qui ne leur a pas semblé compliqué mais qui a pris du temps. « Il y a quelques studios dans notre coin mais on savait ce qu’on voulait comme son et comme matos. Et ça nous a pris du temps de trouver l’ingénieur qui nous laisse créer à notre façon dans son studio. Tous ces mecs veulent mettre leur empreinte sur ta musique. » Pas au Bomb Shelter Studios de Nashville débusqué dans les petites annonces. « Il y a de place pour les deux. L’analogique et le digital. Mais pour notre disque, je savais qu’on devait enregistrer sur une vieille console avec des bandes si on voulait arriver au son qu’on recherchait. »

Ce qu’il y a de plus renversant chez la sensation indie du moment, c’est la voix pleine de soul et de coffre de Brittany. Sorte de croisement entre Aretha Franklin et Janis Joplin. « Mes chanteuses préférées ? Memphis Minnie. La Tina Turner des débuts. A tout le moins avant l’arrivée des années 80. Puis évidemment Aretha et Candi Staton. » Sûr que d’ici 10 ou 15 ans, certains citeront d’Alabama Shakes…

La critique sur le MAD

www.alabamashakes.com

JULIEN BROQUET

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5 commentaires

  1. Mmarsupilami

    11 avril 2012 à 20 h 56 min

    Ouf, j’ai mes places…

    C’est l’occasion aussi de rappeler que d’innombrables groupes sont en train de se révéler et -dans ce cas- mais aussi quelques autres de littéralement exploser sur Bandcamp, formidable viatique avant les maisons de disques (Alabama n’est plus sur Bandcamp, mais ils y sont longtemps restés dans les meilleures ventes, à portée de la découverte de tous)…

    C’est là que j’ai découvert les Alabama Shakes (http://mmarsup.blogspot.com/2012/01/bijouterie-bandcamp-3-alabama-shakes.html), un des premiers albums et groupes que j’ai présentés dans ma série Bandcamp (révélation notamment de beaucoup d’albums gratuits), veuillez excuser, cher Le Soir cette auto-promo pour mon blog par subreptice introduction dans ce commentaire : http://www.mmarsup.blogspot.com/search/label/Bandcamp

  2. Mmarsupilami

    11 avril 2012 à 21 h 02 min

    Ouf, j’ai mes places…

    Intéressant d’en savoir plus sur la voie qu’ils ont suivie. Merci!

    C’est l’occasion aussi de rappeler que d’innombrables groupes sont en train de se révéler et -dans ce cas- mais aussi quelques autres de littéralement exploser sur Bandcamp, formidable viatique avant les maisons de disques (Alabama n’est plus sur Bandcamp, mais ils y sont longtemps restés dans les meilleures ventes, à portée de la découverte de tous)…

    C’est là que j’ai découvert les Alabama Shakes (http://mmarsup.blogspot.com/2012/01/bijouterie-bandcamp-3-alabama-shakes.html), un des premiers albums et groupes que j’ai présentés dans ma série Bandcamp (révélation notamment de beaucoup d’albums gratuits), veuillez excuser, cher Le Soir cette auto-promo pour mon blog par subreptice introduction dans ce commentaire : http://www.mmarsup.blogspot.com/search/label/Bandcamp

  3. Mmarsupilami

    11 avril 2012 à 21 h 03 min

    essai

  4. Mmarsupilami

    11 avril 2012 à 21 h 17 min

    Ouf, j’ai mes places pour l’AB (30 avril – sold out)…

    Intéressant d’en savoir plus sur la voie qu’ils ont suivie, ces gamin(e)s. Merci!

    C’est l’occasion aussi de rappeler que d’innombrables groupes sont en train de se révéler et -dans ce cas- pour quelques autres de littéralement exploser sur Bandcamp, formidable viatique avant les maisons de disques (Alabama n’est plus sur Bandcamp, mais ils y sont longtemps restés dans les meilleures ventes, à portée de la découverte de tous)…

    C’est là que j’ai découvert les Alabama Shakes (http://mmarsup.blogspot.com/2012/01/bijouterie-bandcamp-3-alabama-shakes.html), un des premiers albums et groupes que j’ai présentés dans ma série Bandcamp (révélation notamment de beaucoup d’albums gratuits), veuillez excuser, cher Le Soir cette auto-promo pour mon blog par subreptice introduction dans ce commentaire : http://www.mmarsup.blogspot.com/search/label/Bandcamp

    C’est l’occasion aussi de rappeler que d’innombrables groupes sont en train de se révéler et -dans ce cas- mais aussi quelques autres de littéralement exploser sur Bandcamp, formidable viatique avant les maisons de disques (Alabama n’est plus sur Bandcamp, mais ils y sont longtemps restés dans les meilleures ventes, à portée de la découverte de tous)…

    C’est là que j’ai découvert les Alabama Shakes (http://mmarsup.blogspot.com/2012/01/bijouterie-bandcamp-3-alabama-shakes.html), un des premiers albums et groupes que j’ai présentés dans ma série Bandcamp (révélation notamment de beaucoup d’albums gratuits), veuillez excuser, cher Le Soir cette auto-promo pour mon blog par subreptice introduction dans ce commentaire : http://www.mmarsup.blogspot.com/search/label/Bandcamp

  5. Mmarsupilami

    11 avril 2012 à 21 h 18 min

    Impossible de poster un commeutaire avec des liens? En tout cas, je n’arrive pas à poster le mien!

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