Les ablutions psychédéliques de Royal Baths

Il y a quelques jours de ça, nous vous présentions Better luck next life de Royal Baths sorti sur le label Woodsist. Dimanche, les Américains étaient de passage chez Madame Moustache. Pas d’ode à Sainte Catherine sur la setlist des quatre de Brooklyn, mais bel et bien un rock au parfum de Velvet. Avec un petit quelque chose en plus qui rend ces jeunes gens particulièrement séduisants.

Côté disque, cela ne fait toujours aucun doute après plusieurs écoutes répétées : elles tiennent bien du Velvet Underground, ces compositions aux refrains écrits comme des mantras et chantés avec ce détachement aliénant. Même si c’était un peu plus flagrant sur le précédent et premier album, Litanies, sorti en 2010. Écoutez « Sitting in my room », pour vous faire une idée… Implacables dans leur lenteur appliquée, les arrangements laissent également une belle place aux cordes qui le plus souvent prennent l’auditeur dans leurs tentacules empoisonnés.

Ce même « Sitting in my room » prend sur scène une dimension supplémentaire. Les voix ainsi que les guitares de Jeremy Cox et Jigmae Baer se mélangent ou se répondent, comme sur « After death » également, accroissant encore l’effet psychédélique, soulignant aussi les thèmes bien sombres qu’ils affectionnent. Velvet certes, mais Royal Baths n’est pas un copycat de Lou Reed partageant le micro avec Nico. Même si la voix du longiligne Jeremy a un petit quelque chose de plus féminin dans le timbre.

“After death”

Au-delà de cette influence certes délectable, on savoure heureusement d’autres touches. Le blues ? Perceptible sur Better luck next life, il s’efface sensiblement en live. La rythmique a beau être minimaliste, elle sert d’appui solide aux murs de cordes par moments très saturées. Et au risque de me répéter : psychédéliques à d’autres instants. L’utilisation du tom et le son de basse qu’il rend donnent aussi à tout ça des couleurs un peu Gun Club ou à tout le moins tribales.

“Black sheep”
“Faster harder”

Le trip se poursuit au gré des changements de rythme, d’abord considérablement ralenti quand débute « Faster harder », puis de plus en plus échevelé quand les deux voix se renvoient « faster » et « harder » jusqu’au climax. Le tempo adopte aussi un truc intense, une sorte de vibration majestueuse et désespérée en même temps, comme sur « Black sheep ». Et puis, il y a ces accents drone et shoegaze. Ainsi que me le fait remarquer un camarade, Royal Baths ramène à la grande époque du label Creation. On ne lui donnera pas tort : peu démonstratifs, les New-Yorkais (via San Francisco) ne détonneraient pas dans un mix aux côtés de gens comme Slowdive. Déjà rien que les noms : plonger lentement dans l’onde aux reflets noirs, c’est le genre de sentiment que procure l’écoute de ce groupe à suivre. Sentiment agréable s’entend.

Didier Stiers

Infos: Woodsist

Didier Stiers

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