La magie des choses simples

Ce Salon de concert ! Quel bel endroit pour faire taire le stress accumulé au fil des jours. Quel bel endroit aussi pour découvrir des artistes échappant aux étiquettes ou en tout cas résolument hors des modes, buzz et autres hypes bien injustifiés. Vendredi soir, Esmerine et Mirel Wagner ont fait briller les vertus du lieu.

Repérée dans l’intimité d’un « concert à la maison » (c’était en octobre 2011 à la Rocket House), Mirel Wagner ne pouvait être mieux accueillie que dans le silence presque religieux de ce Salon. Un silence que l’on se garde bien de perturber en s’installant au balcon, pendant qu’elle nous raconte déjà l’histoire de « Joe », le bon garçon parti se jeter dans la rivière pour laver ses péchés. La voix est douce, la diction toujours aussi délicate et précise, à savourer jusqu’à la dernière syllabe. Seule une Gibson acoustique l’accompagne. Son picking sert un folk lugubre, hanté au point qu’à l’entame de « No hands », elle annonce encore avec un sourire timide : « Voici maintenant une chanson un tout petit peu plus gaie. » A propos d’une petite fille heureuse de dire à sa mère qu’elle sait rouler à vélo sans les mains… sur la route sale.

Extraits du premier album de la Finlando-éthiopienne, aujourd’hui distribué aux États-Unis, « No death » et « To the bone » donnent toujours la chair de poule. Ses compositions plus récentes aussi  d’ailleurs, de « Come away child » à « Lean on me » (Suzanne Vega dans le ton) en passant par « Who am I to sing a love song ». Le refrain de cette dernière se termine par une interrogation : « Who am I to sing at all ? » Au minimum une fille douée dont les miniatures n’ont pas fini d’émerveiller. Et de saisir.

Sans quitter les lieux, on se propulse quand même de l’autre côté de l’Atlantique, vers le Nord… Parmi les Canadiens d’Esmerine figurent Bruce Cawdron (Godspeed You! Black Emperor, ici au marimba) et Beckie Foon (violoncelliste, ex-A Silver Mt. Zion).

Ni rock, ni pop, ni classique, ni exclusivement expérimental, mais quelque part entre tout cela, le groupe joue surtout des instrumentaux qui laissent une large place aux passages méditatifs.

Esmerine – Un concert à emporter (La Blogothèque)

Tout à côté, Clea Minnnaker anime un écran de visuels créés en direct sur un rétroprojecteur. Encre qui tombe en gouttes, branchages, papiers découpés, terre : la magie opère. L’album La lechuza (leur troisième, sorti sur l’excellent label Constellation),  hommage à la défunte Lhasa, dévoile peu à peu toutes ses richesses, ses alliages organiques élégants qu’aucune machine ne vient dénaturer. A la plainte profonde du violoncelle succèdent les interventions du multi-instrumentiste Brian Sanderson, ou les notes plus ensoleillées du marimba, lequel se fait à son tour mélancolique quand Bruce Cawdron en joue à l’aide d’archets glissant sur l’arête des lamelles.

La Lechuza

En un mot comme en cent, Esmerine fait partie des ces projets artistiques à vivre et à ressentir plus qu’à expliquer, un peu comme un concert d’A Winged Victory For The Sullen, d’ailleurs. Bref, totalement envoûtant, et à coup sûr l’un des meilleurs moments de cette édition !

Didier Stiers

 

Mirel Wagner
Esmerine

 

Didier Stiers

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1 commentaire

  1. Corto

    20 mai 2012 à 16 h 34 min

    On se souviendra longtemps des premières notes, des premières paroles murmurées par Mirel Wagner; 45 minutes en suspension d’un folk âpre et épuré. Le plus beau concert des nuits ?

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