La route du blues (6): rock & soul

Si Chicago est blues et New Orleans jazz, Memphis est à la fois rock et soul. Rock’n'roll, on l’a vu hier avec le Sun Studio et on le verra demain avec la petite chaumière d’Elvis (Graceland) mais aussi soul avec le label Stax.

On prend de grand matin les motos pour nous rendre en cortège toujours aussi populaire dans le quartier défavorisé où a failli disparaître ce musée aujourd’hui clinquant neuf. Pour entrer dans le parking, on passe devant la maison en ruine de Memphis Slim, dont un panneau promet la rénovation prochaine. Stax, c’est le berceau de la soul rurale, moins polissée que celle de la Motown de Detroit. Stax, c’est Otis Redding, Booker T. & the MG’s, Sam & Dave, Rufus Thomas ou encore Isaac Hayes dont la Cadillac à la calendre en plaqué or a de quoi impressionner. Créé par des Blancs, le label Stax n’a jamais fait de discrimination et a même été un des premiers à encourager les groupes mixtes (comme les MG’s rendus célèbres par les Blues Brothers). Mais, comme l’a reconnu Steve Cropper, la mort de Martin Luther King et les émeutes qui s’en sont suivis ont pourri les rapports entre les communautés. En 1975, Stax pouvait mettre la clé sur la porte et le studio devenir une ruine avant la récente restauration.

On reprend les motos. On refait signe à tout le quartier amusé par cette soixantaine de Harley en goguette et on se rend sans perdre de temps au Lorraine Motel où Martin Luther King s’est fait assassiner le 4 avril 1968. Aujourd’hui transformé en musée pour les droits civiques, l’hôtel fait face à une pelouse: c’est là qu’était la maison où se trouvait le tireur.
On remonte en pleine chaleur suffocante sur notre bécane pour aller pique-niquer au bord du Mississippi, avant d’aller visiter un des ateliers de fabrication des guitares Gibson (tout se fait à la main d’une façon encore artisanale) qui se trouve juste en face du Rock & Soul Museum. Sorte de condensé des studios Sun et Stax, ce musée rappelle à quel point la musique a bercé la ville du Tennessee: blues, rock’n'roll et soul sont les principaux intérêts touristiques d’une ville en quête d’un second souffle.

Beaucoup de quartiers semblent encore délaissés. On terminera d’ailleurs la soirée en banlieue, au Wild Bill Blues Club, un des derniers authentiques juke-joints de la ville. De tout temps, ces bouges à peine ventilés ont rassemblé les Noirs, attirés autant par les groupes de blues (on a eu droit à celui d’une nièce de Rufus Thomas) que par la bière au litre.

La nuit, l’air est enfin respirable. Demain, on s’attaque à un gros morceau (Graceland) avant de plonger plus loin encore dans le sud, vers Clarksdale, Mississippi, surtout connu pour son Crossroad où le bluesman Robert Johnson aurait vendu son âme au diable.

 

THIERRY COLJON


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