La route du blues (7): le King avant le déluge

Impossible de quitter Memphis, Tennessee sans faire un crochet par Graceland, boulevard Elvis Presley.

Pour garer les 64 motos, pas de problèmes de parking. Face à la résidence d’Elvis transformée en musée, tout a été rasé pour créer un shopping mall dédié exclusivement au King, dégager de l’espace pour les parkings, l’annexe (payante) des voitures et des avions de l’artiste, ainsi qu’un système de navettes qui vous emmènent dans la propriété du défunt. Comment encore être choqué par le mercantilisme de ce Disneyland voué au culte du King du rock’n'roll quand on sait que son logo officiel était TCB (taking care for business).
On croit rêver bien sûr. Mais non. Heureusement, Elvis avait meilleur goût en matière de musique et de voitures que de décoration intérieure. Plus kitsch que ça, tu meurs. Visiter Graceland n’en reste pas moins passionnant, même pour des bikers attirés par la boutique Harley Davidson.
A midi, on se met en route pour quitter le Tennessee et descendre en file indienne dans le Mississippi pour rejoindre Clarksdale, la ville natale de – tenez-vous bien – Robert Johnson, John Lee Hooker, Son House, Muddy Waters, Ike Turner et Sam Cooke, parmi tant d’autres. Avant d’arriver en plein coeur du blues du delta, on longe le Mississippi, traversant de vastes plaines avec des champs de maïs à perte de vue, entre maisons bourgeoises et casinos d’une part et cahutes misérables de l’autre. Ce n’est pas pour rien si le Mississippi est l’Etat le plus pauvre des USA.
On fonce comme des fous dans ces paysages forts et beaux, d’une ruralité toute brute, préservée, quand le ciel devient, à l’ouest, tout noir. L’orage (thunderstorm pour être précis) guette quand, subitement, à 40 kilomètres de Clarksdale, le ciel nous tombe sur la tête.


Marc Ysaye est devant nous et ne semble pas pressé de mettre pied à terre. Jean-Pierre Onraedt (mon fidèle chauffeur) hésite à poursuivre devant le déchaînement des éléments qui s’annonce. On trouve finalement refuge devant un hangar dont la porte s’ouvre comme par miracle. Le propriétaire de ce qui apparaît être un vrai “juke joint” blues (lire la chronique d’hier pour la traduction) ouvre son établissement pour nous abriter. Ce qui nous permettra de nous sécher, de boire des bières, de manger des chips et – en ce qui concerne Jean-Pierre et moi – de perdre une partie au billard.
Une heure plus tard, il faut y aller si on ne veut pas passer la nuit sur une banquette. Le paysage devant nous est transformé par le cataclysme. Des branches jonchent la route. Un arbre s’est fracassé sur une maison. Les champs sont inondés. Le temps d’arriver à Clarksdale, le vent nous aura séchés et c’est un soleil radieux qui nous accueille. Ainsi qu’un chanteur de blues dans une rue sortie tout droit d’un film des années 50. Demain, il va nous falloir découvrir cette ville qui semble posséder l’âme du delta du Mississippi.

THIERRY COLJON


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3 commentaires

  1. Alain Burgeon

    31 mai 2012 à 9 h 54 min

    O’Brother, Where Art Thou?
    Quelle odyssée… Bande de veinards !
    Si vous croisez Robert Johnson à un carrefour, transmettez-lui mon bonjour !

    Avec mon bon souvenir de “Marathon 80″ à Thierry.

  2. Serge Boulanger

    31 mai 2012 à 20 h 11 min

    J’y suis au fameux Crossroads ! Et à genoux ;o)
    Mais je ne vois ni Robert, ni le cornu à queue fourchue…

    Bonjour depuis la Route du blues.

  3. Vincent

    1 juin 2012 à 14 h 00 min

    Le fameux T.C.B. d’Elvis signifie “Taking Care OF Business” et non pas “Taking Care For..”!
    Grosse différence de sens tout de même! ;-)

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