La route du blues (9) : le retour aux sources rurales

Finis les orages, le ciel bleu est revenu, le soleil avec lui et la centaine de motards sont prêts pour poursuivre l’aventure toujours plus loin vers le sud. Clarksdale nous a appris qu’elle était le vrai berceau du blues popularisé à Memphis ou Chicago. Mais en s’enfonçant dans le delta du Mississippi, en empruntant le route 49, on se rend compte qu’ils sont nombreux les lieux réclamant la paternité du blues.

A commencer par Ruleville qui, sous prétexte qu’elle a possédé la plus grande plantation de coton (la Dockery Farms créée en 1895 et active jusqu’en 1982), où ont d’ailleurs travaillé les bluesmen Charley Patton, Son House, Pops Staples et Bukka White, Ruleville donc s’arroge le titre de ville de naissance du blues. Aujourd’hui, cette plantation se visite avec ses bâtiments de bois hantés par un lourd passé où esclavagisme et ségrégation sont des mots que personne n’a oublié.
Tutwiler est un autre village réclamant le titre de berceau du blues, sous le seul prétexte que WC Handy, en 1903, y a entendu un blues qu’il fut le premier à transcrire sur partition. Il s’est du coup autoproclamé inventeur du blues.
On continue notre route par une brise légère fort agréable et des paysages plats toujours envahis par les champs de maïs, en passant par le pénitencier de Parchman dont les pensionnaires célèbres furent Big Bill Bronzy, Sonny Boy Williamson, Son House et Memphis Slim. Aujourd’hui encore, les bagnards travaillent au bord de la route.
En continuant sur la 49 South, on arrive à Indianola, terre natale de B.B. King, un des rares musiciens vivants à avoir son musée pour lui tout seul. Construit dans une ancienne usine de transformation du coton, le B.B. King Museum nous refait toute l’histoire du blues et du combat pour l’émancipation des Noirs, jusqu’à l’avènement de Mister King qui aura 87 ans cette année.
Puisqu’on parle musique, autant aller l’écouter au Blue Front Cafe de Bentonia, un des plus vieux juke joints encore en activité. Nous y attendent un trio de musiciens résidents qui nous ramènent aux sources rurales du blues, à ses sonorités brutes, très « country side ».
Avec sa façade bleue, face à la ligne du chemin de fer, ce lieu de rendez-vous de la communauté noire est issu d’un autre temps. Avant même d’arriver en soirée à Jackson, la capitale du Mississippi, on sent déjà les effluves de la mère patrie, cette Nouvelle-Orléans aux mille fantasmes… qui nous tendra demain ses bras. THIERRY COLJON


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