La route du blues (10): la dernière virée


Jackson, Mississippi n’était qu’une étape avant le dernière ligne droite vers le sud, jusqu’en Louisiane et la Nouvelle-Orléans.

Avant de partir, on fait un rapide saut chez Peaches, un “diner” créé en 1961 et qui a gardé tout le charme des établissements authentiques. Au mur, un véritable “hall of fame” de la cause des Noirs. Bob Marley et Mohamed Ali précèdent Barack Obama photographié entre les patrons de l’établissement. En entrant, on fait la connaissance de deux étranges créatures: des motardes hyper sexy (jusqu’aux talons aiguilles en cuir) arborant un t-shirt moulant avec la mention F.O.F.R. (friends of the fallen riders), une association qui s’occupe des motards victimes d’accidents. On en connaît plus d’un qui tomberait à leurs pieds pour un rien.

On laisse là ce charmant sourire pour enfourcher la Harley et se diriger vers la partie sud du Mississippi. Et là, on découvre une des plus belles parties du voyage: un paysage à couper le souffle, improbable croisement entre la Provence et la Scandinavie. Les propriétés gigantesques, avec étangs privés, se ne sont pas éloignées des pauvres masures en planches. La route, en pleine forêt, avec les lacets, est un vrai plaisir pour les motards. Et toujours ces gens qui nous font signe, que ce soit de leur perron ou derrière la tondeuse à gazon.

Début d’après-midi, on traverse la frontière louisianaise pour poursuivre l’aventure sous un soleil de plomb. Chez Lola, les pompes à essence semblent avoir un demi-siècle. Les bouteilles d’eau se vident plus vite que les réservoirs d’essence.

Les premiers marécages (bayous) apparaissent avec la Louisiane. L’ouragan Katrina a révélé au monde entier l’extrême pauvreté d’une partie de la communauté noire. Mais l’argent est là aussi pour ceux qui vivent dans de véritables ranchs.

La dernière ligne droite est la plus attendue par les motards heureux d’arriver entiers à leur destination finale. Il s’agit du fameux pont surplombant le lac Pontchartrain. Avec ses 38,4 kilomètres coupant le lac en deux, il est le plus long pont au monde. Pour le passager photographe, c’est un réel bonheur mais pour le chauffeur, les secousses de chaque joint entre deux dalles de béton est un vrai calvaire. A l’arrivée, on plonge sur le Superdome de la Nouvelle-Orléans, le plus grand du genre, avant de se jouer de la difficulté du réseau autoroutier pénétrant dans la ville. La récompense est cette ville au caractère fort, entre LA et Miami, ses traces de francophonie en plus. Demain, on terminera ce feuilleton quotidien par la Nouvelle-Orléans. Les Harley sont déjà parties pour Miami. La centaine de motards se sentent déjà orphelins de leurs bécanes. Faudra bien une petite messe gospel pour s’en remettre…
THIERRY COLJON


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