Les Ardentes, Dour, les Francofolies, le Brussels Summer Festival… On peut dire que Roscoe est le groupe belge que l’on s’arrache en ce moment. Pour comprendre une telle excitation, il suffit d’écouter Cracks, le premier album du groupe liégeois, produit par Redboy de My Little Cheap Dictaphone.

Un premier essai impressionnant de maîtrise et d’originalité, avec ses ombres et ses fulgurances. Une densité palpable qui a de quoi bluffer le marché international. « On est un groupe du genre à évoluer très lentement, c’est ce qui rend notre musique dense », nous confirme Pierre, le chanteur.

Peu de gens se souviennent de ce premier EP paru en 2009 sur le label associatif Akamusic. « Normal, ce n’était pas un chef-d’œuvre. On était le premier groupe de rock produit de cette manière. On ne connaissait pas trop la démarche et on a vite compris que ce n’était pas ce qu’il nous fallait. »

Le groupe, en fait, est né à Liège en 2006. Ils sont d’abord trois à mener des expériences sonores, à passer beaucoup de temps à écrire, composer, enregistrer. « On a acheté un peu de matériel puis on a tout fait nous-mêmes, en prenant notre temps. Redboy, on l’a rencontré plus tard. Aucun lien artistique ou professionnel ne nous liait, même si on est tous liégeois. On cherchait quelqu’un pour le mixage de nos premiers morceaux. On a envoyé un morceau, “Sorrow”, à plusieurs studios, en Angleterre et en Belgique. On a écouté à l’aveugle les différentes versions reçues en retour et c’est le travail de Redboy, réalisé avec Raphaël Wynands, qui nous a le plus plu. Sans savoir qu’il s’agissait de lui. C’était vraiment le meilleur mix, qui foisonnait d’idées. Du coup, on est resté à Liège. L’avantage, aussi, avec le studio de Raphaël, c’est qu’on a pu y passer le temps nécessaire. Notre charte, au départ, était de garder les morceaux qui ne ressemblaient à rien d’autre. Même si on reconnaît que c’est bourré d’influences. C’est impossible de faire autrement. »

Les trois amis d’enfance sont ensuite rejoints par deux autres musiciens. Tous ont moins de 30 ans. « On s’ennuyait à l’école. Du coup, on sortait. À Liège, tu croises forcément les autres : Gaëtan Streel, Dan San, MLCD… C’est tellement le bordel à Liège que tu te dois d’être débrouillard et créatif. Ne fût-ce que pour trouver un van et un local de répétition. À Bruxelles, ce n’est pas comme ça. »

Redboy, sensible à la musique de Roscoe, ne se contente pas de jouer au producteur du disque, il met également à la disposition du groupe son expérience de management (au sein du collectif JauneOrange) et fait en sorte que Roscoe rencontre les bonnes personnes.

C’est ainsi que si l’album est autoproduit financièrement, il bénéficie, pour la promotion et la distribution, du géant PiaS. Les moyens affluent aussi pour réaliser en Roumanie, le clip de « Lowlands », un véritable court-métrage choc, réalisé par le duo flamand Norman Bates.

« On vient tous de la campagne, autour de Liège et on voulait que sur la pochette se retrouve cet amour de la nature, pour une musique qui fait penser à de grands espaces. Jouer aux Ardentes est d’ailleurs un rêve : notre studio se trouve à 75 mètres du site du festival. »

Quelques minutes après cette interview réalisée dans un magasin de fringues (qui le sponsorise), le groupe se retrouve en vitrine, place Stéphanie, à Bruxelles, pour un show-case privé qui attirera du monde sur le trottoir. Il n’y a pas à dire : Roscoe, sur scène, parvient à préserver toute la finesse et la richesse de l’album.

Roscoe sera aux Ardentes, le dimanche 8, de 12 h 50 à 13 h 30. Album Cracks (PiaS).

http://www.roscoeband.com/

THIERRY COLJON

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