Patti Smith: “Je ne veux pas être qualifiée de quoi que ce soit”

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Le festival liégeois des Ardentes a commencé ce jeudi, sous la pluie. Quatre jours, et des têtes d’affiche en pagaille. Patti Smith est venue à Liège jouer « Banga », un excellent nouvel album.

Ce n’est pas tous les jours qu’elle rencontre la presse en compagnie de son fidèle guitariste, la « marraine du punk ». Et si Patti Smith, en ce début d’Ardentes, est là avec Lenny Kaye face à cinq journalistes, c’est parce qu’elle préserve sa voix à l’approche du concert.

Mieux vaut parler une fois une heure en petit groupe, dit-elle, que répondre aux mêmes questions à des dizaines d’interlocuteurs pendant des sessions de dix minutes à chaque fois. De fait, et la conversation est d’autant plus intéressante. Soixante minutes plus tard, elle remercie et propose de signer ce que nous aurions éventuellement eu envie de lui faire signer ! Sympathique attention : les pochettes de Banga font leur apparition sur la table, un marqueur circule…

Quelle a été l’étincelle, pour ce premier album studio original en 8 ans ?

Patti Smith : Tout a commencé quand j’étais à Paris, où je travaillais pour mon exposition à la Fondation Cartier. Un ami m’a envoyé une copie du chef-d’œuvre de Boulgakov, Le maître et Marguerite. J’ai été profondément impressionnée par la fidélité et la loyauté de ce petit chien, Banga, pour son maître qui attend pendant 2.000 ans une audience avec Jésus. Ça m’a renvoyée à toutes ces années passées avec Lenny, mon guitariste… Ça fait combien de temps, Lenny ?

Lenny Kaye : Quarante ans…

P.S. : Quarante ans. Et ça doit faire 35 ans que je connais mon batteur ! Il y a aussi ces gens qui viennent nous voir en concert depuis des années. L’autre jour, certains m’ont montré des tickets d’un concert à Bruxelles en 76… Tout ceci pour dire que l’une des premières semences de ce disque, c’est l’envie d’écrire un texte à propos du sens de la loyauté, mais quelque chose d’un peu « fun »…

Sur ce disque, « Tarkovsky (The second stop is Jupiter) » fait référence au réalisateur russe : comment l’image nourrit-elle le son et l’écriture, chez vous ?

L.K. : Nous avions une compilation de chansons écrites par Sun Ra dans les années 50, d’étranges singles de doowop. L’un d’eux était même plutôt une prise faite en répétition, intitulé « The second stop is Jupiter ». Cette idée de train allant d’une planète à l’autre nous fascinait. Nous avons commencé à improviser, et c’est là que Patti est intervenue, avec un poème sur Tarkovsky…

P.S. : Cette composition est restée sur le côté jusqu’au jour où j’ai vu L’enfance d’Ivan, de Tarkovsky. Le film s’ouvre sur ces images d’une pureté totale d’un petit garçon blond dans la forêt. Au loin, on entend sa mère tirer l’eau d’un puits. C’est une scène pastorale… et bien sûr tout va être détruit par la guerre. J’en ai tiré un poème, « The boy, the beast and the butterfly ». J’imaginais la maman morte qui appelait son fils, la forêt devenant de plus en plus sombre. Jupiter, la cinquième planète, est au-dessus d’eux. Une sorte de monde halluciné, qui répondait au film de Tarkovsky.

Le terme « punk » a-t-il encore un sens pour vous aujourd’hui ?

P.S. : J’ai toujours essayé de rester à l’abri des étiquettes. A l’époque, c’était synonyme de réaction, et au mieux, de liberté. Une réaction contre le matérialisme croissant du rock : les concerts dans les stades, des groupes comme Kiss, la drogue, les limousines, le glamour… Toutes les promesses des sixties et du début des seventies s’évanouissaient. Nous étions moins matérialistes, nos aspirations avaient plus à voir avec la liberté et l’expression de soi. D’un autre côté, si aujourd’hui, c’est un concept autour duquel se rallient les jeunes, c’est bien. Mais je ne veux pas être qualifiée de quoi que ce soit.

L.K. : Pour moi, c’est un esprit et une attitude. Le style musical est venu après. C’est synonyme de « vous n’allez pas me dire quoi faire, je vais me dire quoi faire ». C’est important, c’est le point de départ de n’importe quelle nouvelle génération musicale. Il y a autant d’esprit punk dans un certain hip hop que dans d’autres genres venus après. Le punk, c’est le ground zero de nos aspirations. Où aller à partir de là, c’est le choix de chacun.

 

DIDIER STIERS


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2 commentaires

  1. LexNihilo

    6 juillet 2012 à 13 h 20 min

    Ca m’a fait qq chose de voir Patti Smith en chair et en os à 10 mètres de moi…Patti Smith, un monument du rock, entre l’underground et le punk new-yorkais, mais qui a tout de même bien viré folk par la suite aussi…Hélas, quel son de MEEEEERDE dans le HF6 des Ardentes, une vraie honte…

  2. Andre Balthazart

    7 juillet 2012 à 0 h 34 min

    J’étais (et suis encore, la jeunesse en moins), un fan de Patti Smith. Mais quand on lit “Please kill me”, qui rassemble tout ce que fut le punk rock ou sa genèse aux States, elle est aussi remise à sa place par la petite lorgnette de ceux qui l’ont connu au début comme très très carriériste. C’est édifiant et je n’arrive à la vore comme “la grande poétesse marraine du punk” dobnt on entretient l’image. Mais je la respecte”

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