La fabuleuse histoire des tubes humanitaires

Voilà, la semaine dernière, on avait retrouvé les tubes de l’été. Et comme on est du genre à se faire plaisir, on poursuit notre enquête avec… les tubes humanitaires! Vous savez, ces chansons qui vont changer le monde, sauver l’Afrique, abolir la faim, tout ça en 3 minutes, un refrain horripilant qui colle au cerveau et une ribambelle de chanteurs plus prestigieux les uns que les autres qui chantent les yeux fermés le casque sur une oreille…

Cette mode de réunir les aristocrates de la chanson populaire pour sauver le monde, c’est à Beatle George qu’on la doit, quand celui-ci, de retour d’un trip mystique en Inde, découvre, stupéfait, qu’il existe des pauvres au Bangladesh. Tout de go, George Harrison décide d’organiser une grande fête au Madison Square Garden avec ses potes (Ringo, Dylan, Clapton, Ravi Shankar…) afin de régler les crises politiques et humanitaires du Bangladesh. Nous sommes en 1971 et si la fête a été belle, l’initiative comporte deux problèmes majeurs: 1. l’argent engrangé (avec le disque et le film, on parle de 250 000 dollars) n’arrivera jamais jusqu’au Bangladesh et 2. Y a pas de tube! Même pas une chanson pour l’occasion, rien! Parlez de gâchis!

Cette erreur, Bob Geldof ne la répétera pas. En bon catholique irlandais, Geldof a décidé de sauver l’Ethiopie après avoir vu un documentaire sur la BBC qui disait en substance: « Les Ethiopiens ont faim ». Ainsi, alors que les gouvernements Reagan/Thatcher libéralisent l’économie à tout va, créant ce marché mondial qui permet à l’Afrique d’exporter en grande pompe les fruits de sa terre plutôt que de les exploiter, Geldof appelle le gratin de la pop british et sort Do They Know It’s Christmas?, tube de Noël 1984 (ce qui le qualifie pour les catégories tubes humanitaires + tubes de Noël!). Ensuite seulement, le Bob lance la charge lourde avec un gigantesque concert lors d’une journée sobrement baptisée « le jour où la musique changea le monde »: 2 milliards de (télé)spectateurs, 150 millions £ engrangés dont une grande partie a surtout servi à payer la pension du dictateur éthiopien en place, Mengistu Haile Mariam. Enfin, ça a aussi permis à chaque artiste participant de devenir millionnaire dans la semaine…

Band Aid, Do They Know It’s Christmas?, 1984

En tout cas, Bob avait fait des émules. De l’autre côté de l’Atlantique, les Américains voulaient leur part du gâteau humanitaire. Car eux aussi voulaient changer le monde! Et là, quand les Américains s’y mettent pour régler tous les problèmes de la planète, on le sait, ils y vont à fond. C’est Michael Jackson, au sommet de sa gloire, et Lionel Ritchie, à la gloire de son sommet, qui se collent à la composition de ce qui restera ZE tube humanitaire par excellence: We Are The World par USA for Africa. Il ne manque personne: Michael, Tina, Bruce, Diana, Ray, Stevie, Cindy, Barbra… Chacun y allant se son couplet perso, la main sur le coeur, les égos au placard, l’esprit entièrement consacré à la tâche et ce sentiment que oui, « Nous sommes le monde, nous pouvons changer le monde, nous sommes en train de le changer! ». Aujourd’hui encore, le clip est un de ces moments épiques que seule la trilogie du Seigneur des Anneaux peut concurrencer! Avec tout ça, si l’Ethiopie crève encore de faim… (En fait, oui, mais c’est l’intention qui compte, non?…).

USA for Africa, We Are The World, 1985

On l’a compris, le tube humanitaire… Mieux, l’événement humanitaire est un concept à la base anglo-saxon. Car chez ces gens-là, on a beau ne pas s’inquiéter d’une société égalitaire, c’est de coutume, les riches donnent aux pauvres. Mais la France dans tout ça? Oh, mais elle suit, la France! Elle arrive! C’est Coluche qui a eu l’idée. En France, on ne vas pas se préoccuper du bout du monde, déjà, non… En France, on regarde ses pauvres à soi. Ainsi les Restos du Coeur, parce que la bouffe, ça, au moins, c’est de la culture! Mais avec les Restos, il fallait un tube! C’est Goldman qui s’en charge. Le casting est certes assez maigre, mais il a le mérite de piocher un peu partout: à la télé (Drucker), au cinéma (Baye), et, forcément, déjà, dans le football (Platini!). Ça donne le tube de 1986 avec ce refrain impérial: « Aujourd’hui, on n’a plus le droit, d’avoir faim ni d’avoir froid!… ». Un tube, un vrai, avec des gens qui savent pas chanter lors des couplets… Et vous voulez savoir le meilleur dans tout ça? Les Restos du Coeur tiennent le coup! Vingt-sept ans après leur création, malgré la crise, malgré tout!

Les Restos du Coeur, 1986

Après quoi, c’est plus pareil. Parce qu’il faut bien se rendre compte que le tube humanitaire est un phénomène essentiellement issu des années 80. Après, bon… Certes, il y a de nos jours des concerts humanitaires tous les quinze jours, pour une cause ou une autre, le choléra au Pérou, les dockers de Liverpool,… mais rien d’aussi colossal que « le jour où la musique changea le monde ».

Certains ont bien tenté de poursuivre l’affaire, ceci-dit. Les Enfoirés, par exemple, et leur raout médiatico-live annuel, juste pour Noël (le tube humanitaire est effectivement très lié au tube de Noël, allez comprendre!), cartonnent toujours autant; Michael en solo avait toujours sa petite chanson pour la planète (Heal The World, Earth Song); et chaque association y va de sa tentative d’en remettre un coup (Lou Reed a d’ailleurs eu son seul numéro 1 anglais en 1997 avec une reprise de Perfect Day pour Children in Need… – On reconnaît bien là l’esprit pervers de vieux Lou qui offre une chanson sur la dépendance à la poudreuse à une association qui se nomme Enfants dans le besoin… NdR). Et puis, il y a Bono, autoproclamé nouveau pape des bonnes causes et de la paix dans le monde (lui, il fait tout, des tubes, des concerts événements qui rendent meilleurs, une association qui doit guérir les gens atteints du SIDA, tout!).

On a même eu droit à des reprises 20 ans plus tard de Do They Know It’s Christmas? (avec les concerts gigantesques partout en Occident et tout le touintouin habituel… ça sentait forcément le réchauffé) et de We Are The World (25 ans après, pour Haïti, avec que des inconnus… et Michael d’outre-tombe!), mais rien de l’ampleur des originaux.

C’est sûr, le tube humanitaire, ce n’est plus ce que c’était. En somme, c’était une période où les grands de la chanson pop se sentaient pousser des ailes, avaient encore cet idéalisme en eux, cette petite étincelle qui leur faisait dire qu’ils pouvaient, eux aussi, servir à quelque chose de vrai, de puissant, de concret. Mais en fait, non. A part nous faire danser pendant trois minutes, ça s’arrête à peu près là. Pourtant, c’est pas ça, y a encore matière à faire… C’est juste que les acteurs ont pris le relais. Et on va quand même pas les faire chanter, si?

Didier ZACHARIE

Journaliste lesoir.be

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3 commentaires

  1. pete

    16 juillet 2012 à 12 h 44 min

    quel article déplorable, de mauvaise foi Critiquer pour critiquer…et ca se prétend être journaliste ca ..à d’autres
    Supprimons le téléthon, le télévie, les restos du coeur, soyons et resons un peu plus égoiste, il n’y a que ca de vrai. Je précise juste que c’est de l’ironie.
    Vous atteignez les bassesses les plus odieuses…
    ca aura au moins eu le mérite de faire prendre conscience à certaines personnes de la réalité des choses.

  2. bassionato

    16 juillet 2012 à 17 h 01 min

    Pas d’accord avec le commentaire. Ces pseudos tubes humanitaires ne servent qu’à ceux qui les ont pondus. Si on prend l’exemple des restos du coeur, si la vente arrive peut-être aux restos, on n’a jamais parlé des droits d’auteur. Ils arrivent dans la poche de qui à votre avis ?

  3. aphex

    17 juillet 2012 à 10 h 20 min

    hey pete, wake up ! Ces concerts humanitaires sont peut-être un chouette moment de divertissement, mais ça n’a jamais rien sauvé. Pire, en déversant de la bonne conscience par m3 entiers, le monde entier pour se détourner du problème dès l’événement terminé, convaincu d’avoir agi. Et les problèmes empirent. Par contre, question pub massive à coût nul pour les artistes, on ne fait pas mieux. Dure réalité.

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