Laisse pas tomber les filles !

Björk, Santigold et tUnE-yArDs… Une Islandaise, deux Américaines, qu’on dirait sans trop de points communs. Sauf qu’au Pukkelpop, elles ont toutes les trois fait les choses comme personne. Les amateurs de projets dingos, les fans d’imprévisible et les aventuriers arpenteurs de sentiers musicaux pas balisés ont été à la fête, jeudi.

L’après-midi se termine, la météo, elle, reste définitivement tropicale. On imagine que Santigold rétribue convenablement ses deux danseuses : sur la scène principale, les demoiselles aux tenues assorties à celles de leur patronne ne restent pas immobiles une seconde. Elles enchaînent les chorégraphies, tantôt sans accessoires, tantôt avec, tels ces attachés-cases, ou ces ombrelles pour « L.E.S. artistes ». « Our house is burning down », chante Santigold de sa voix un peu aiguë dans « The keepers ». Passez-moi la sempiternelle expression, mais sur scène, elle fait tout pour mettre le feu. En y faisant monter deux malheureux comparses engoncés dans un déguisement de… cheval. En y appelant un peu plus tôt une poignée de festivaliers pour danser sur « Creator ». Et tous obtempèrent, y compris cette demoiselle blonde surprise par les caméras en train de tweeter en se trémoussant.

Avec Björk, pas question d’établir le même genre de proximité. Il est d’ailleurs demandé au public de ne pas la photographier ou la filmer durant sa prestation. Petit un : parce que ça la perturbe. Et petit deux : parce que de bonnes photos seront mises à disposition sur le site dans la foulée de ce concert…

Ce concert, justement, dans la cadre de sa tournée Biophilia (du titre de l’album sorti en octobre 2011), rappelle d’abord que Madame Guðmundsdóttir maîtrise comme personne l’art de la tenue de scène. Exit donc le prix que nous pensions décerner à la chemise « coquillages et crustacés » de Kele (Bloc Party). Ce qu’elle porte ce soir ressemble à un assemblage de morceaux de poulpe mazouté. Ou un chapelet de boudins noirs. La robe en escalopes de Lady Gaga, à côté, c’est total faisandé !

Plus sérieusement : Björk est une artiste qui ne ressemble vraiment à aucune autre. Musicalement, scéniquement et visuellement parlant, dès « Cosmogony », on perd ses confortables points de repère. Les deux musiciens qui l’accompagnent (batterie et machines) se sont certainement fait rajouter le chromosome de l’avant-garde dans leur patrimoine génétique. Quand le tapis musical semble s’envoler vers quelque chose de plus clairement électro, les choristes qui l’entourent haussent le ton, en envolées tantôt baroques, tantôt surréalistes.

Le public est clairement moins là que pour un Snoop Dogg, par exemple. Normal : cette tête d’affiche n’est pas d’accès aisé. Mais les présents restent, fascinés par la voix haut perchée et sa présence de feu follet. Ces chansons qui rappellent plus des expériences de savant fou, ces pas de danse de marionnette possédée chantant « Heirloom ». Ou ces clips intrigants qui mettent parfois même un peu mal à l’aise : c’est moins mignon qu’on le croit, un fond marin grouillant de bestioles ! Sans oublier des dédicaces qui font sourire (mais pas que…) : « Nattura », juste avant les rappels, va ainsi au volcan Eyjafjallajökull, et « Declare independance », pour boucler cette soirée arty, est chanté en pensant à Julian Assange et aux filles de Pussy Riot. Quand elle s’en va, coiffée de sa délirante perruque bleue, on a vraiment le sentiment d’avoir vécu avec Björk une expérience bizarre. Et donc de reprendre contact avec le vrai monde. Forcément un peu terne.

Que faire alors pour que le retour ne soit pas trop abrupt ? Filer vers le Club où s’annonce tUnE-yArDs (oui, c’est comme ça que ça s’écrit). Ou si vous préférez, Merrill Garbus. De sa voix et de la caisse sur laquelle elle frappe, elle tire des boucles auxquelles se joignent ici et là son bassiste et ses deux saxophonistes. L’Américaine embarque la moitié du chapiteau dans les « wahou wahou » rigolos de « Gangsta » et dans ces morceaux bricolés qui prennent par moments l’allure d’incantations captées pendant une cérémonie indienne. Une chose est sûre : ce n’était pas la danse de la pluie !

Didier Stiers

Setlist Björk
Cosmogony
Hunter
Thunderbolt
Moon
Hidden place
Crystalline
Virus
Joga
Heirloom
Pagan poetry
Hollow
Mutual core
Pluto
Nattura

Rappels
Possibly maybe
Declare independance

Didier Stiers

commenter par facebook

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>