Eiffel : les Beatles et Brel avant Noir Désir

A l’occasion de la sortie de son cinquième album, Eiffel réfute la référence permanente au groupe de Bertrand Cantat : « Il faut remettre les choses à leur place ». Emmené par le single « Place de mon coeur », l’opus témoigne d’un vrai sens de l’observation.

C’est à Spa, aux Francos, qu’Eiffel a choisi de présenter son nouvel album au public belge. Nous y avons croisé la discrète Estelle et le loquace Romain Humeau, pilier du groupe, juste avant leur entrée en scène.

Chanter en français, c’est important ?

Romain : La question ne s’est pas posée. C’est un état de fait, je ne rêve pas en anglais. Pourtant, dieu sait que notre culture n’est pas rock française mais complètement anglo-saxonne, américaine. Je réalise, au fil du temps, l’importance de la petite enfance et de ce que tu as écouté en premier, des disques qu’écoutaient tes parents. Moi, comme beaucoup de gens de mon âge, j’ai écouté les Beatles d’un côté et Brel de l’autre. Le schéma est très simple. J’aimais la pop, mais aussi les textes fichus de telle manière qu’on puisse les chanter avec cœur.

Romain, c’est vous qui composez.

R : Oui, mais je n’instaure aucune hiérarchie entre le fait d’écrire des chansons et celui de les jouer, c’est tout aussi important. Moi, j’aime bien écrire à table, pas dans un studio, avec une guitare, voire rien du tout, et un stylo, et planer, rêver. Je le fais seul, et même moi, tout seul, je suis déjà de trop. Et ce n’est pas une formule stylistique ! Personne ne crée rien. On ne fait que transformer les choses, on n’est qu’un filtre. Et donc déjà moi tout seul, je suis presque de trop avec mes manies ! C’est pour ça que, selon moi, l’idéal est d’écrire sans instrument. Dans la tête, l’être humain est plus libre. C’est là qu’on peut rêver le plus.

Il vous faut cent pistes par titre. C’est de la boulimie ou du perfectionnisme ?

Estelle : C’est aller au bout de ses idées. Les cent pistes ne sont pas remplies d’un bout à l’autre, mais s’il y a besoin d’une piste pour un « cling cling « qui nous paraît important, et bien on l’ajoute. Le fait d’avoir un studio à la maison nous permet de prendre le temps de tester.

Votre album témoigne aussi d’un grand sens de l’observation.

R : Vous n’imaginez pas à quel point je prends des notes, quasi journalistiques. Des choses que j’entends, que je pense, que je lis. Ça m’aide énormément. C’est important, d’être perméable à ce qui se passe autour de soi. On ne crée pas sinon. Finalement, les textes, je ne les ai pas écrits, je ne fais que récolter (rires). On ne peut créer que si on écoute les autres, c’est la même chose pour le son.

La référence permanente à Noir désir, comment vous la vivez ?

R : Franco, ça nous fait chier. Je ne peux pas insulter les gens qui pensent « Ah, ça me fait penser à Noir Désir «, mais par contre, et là j’insulte, il y a une sorte de fainéantise médiatique. La question est : combien de groupes de rock français peut-on me citer ? Souvent, dix maximum, dont les plus connus : Indochine, Téléphone et Noir Désir. Noir Désir est peut-être le plus crédible. Et en plus, on est potes avec Bertrand (Cantat, NDLR), alors voilà… On en parle souvent avec lui, et eux quand ils étaient gamins, ils ont aussi écouté Brel, aussi écouté les Beatles. C’est tout. Je veux bien qu’il y ait des analogies de chant, mais alors musicalement et harmoniquement, je ne comprends pas… Noir Désir, ça doit être 0,5 % de nos influences ! Ceci dit, faudrait pas que ce soit une honte, non plus. Faut juste remettre les choses à leur place. Et si tout est remis à sa place, moi ça me va.

à écouter en boucle

Foule Monstre, de toutes évidences, n’est pas un album qui s’apprivoise en une écoute (Romain Humeau le concède lui-même). La première -écoute- est d’ailleurs presque violente, tant les morceaux, très rock, sont chargés. Seul le single « Place de mon cœur », futur hymne, semble se livrer immédiatement. Pour le reste, il est utile de choisir une porte d’entrée. Les textes (et toutes les trouvailles qu’ils contiennent) en sont une belle. Par un chemin de traverse, ils font ressortir à la fois la complexité et la cohérence des compositions, qui se laissent alors approcher.

« Foule Monstre », Eiffel, Pias. Sortie le 3/9.

ADRIENNE NIZET


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