K-Branding n’est plus

Toutes les bonnes choses ont une fin. K-Branding, trio bruxellois inclassable mais ô combien essentiel, a décidé d’en rester là, après deux albums et quelques épiques moments live. K-Branding mort, on prend nos responsabilités et notre bâton de pasteur, et on s’attèle à ce qu’il devienne un groupe culte. Parce qu’il n’y a pas de raison: certains naissent posthumes.

“K-Branding is over. Years active: 2004-2012″.

Durant ces années, le groupe bruxellois a réussi à créer une chose rare: une musique qui n’appartienne qu’à lui. Expérimentale, noise, bruitiste, free, mystique, intense, tout y passe, pourvu que ça nous explose dans la tronche. A titre personnel, on se souvient de la première fois où on a entendu ‘Africanurse’. C’était, forcément, tard dans la nuit. Le truc nous avait fait l’effet d’une porte sacrée qui s’ouvrait sur un monde inconnu. Ce son mystérieux, à la fois chaud, ethnique, mystique et coincé dans la matière et l’industrie lourde. Comme si Claude Lévi-Strauss se retrouvait dans un monde post-apocalyptique, style Mad Max à Berlin-est. Terreur et damnation!, on tenait là nos Popol Vuh, nos Swans, un de ces groupes qui ne sont reconnus que par une poignée d’illuminés, mais qui font office de Saint-Suaire…

En huit ans d’existence, K-Branding a sorti deux albums: “Facial” en 2009 et “Alliance” en 2011. Le premier jouait sur une dualité chaud-froid, ethnique-industrielle, inédite et particulièrement bien mesurée. Le groupe expliquait à l’époque: “Il y a un côté tribal, qu’on revendique, mais ce côté tribal, on le retrouve autant dans les sociétés urbaines, industrielles que traditionnelles. On peut faire un parallélisme entre ces deux mondes, ils ne sont pas forcément éloignés. Cette dualité, c’est quelque chose qu’on a essayé de faire ressortir, qui nous intéresse… On espère qu’on trouve dans notre musique un côté spirituel.”

En 2011, “Alliance” bascule vers le côté obscur, froid, caverneux, minimaliste et industriel, peut-être plus proche des influences no wave du groupe comme Swans ou This Heat. Le voyage n’en est pas moins intense et riche.

Quant aux concerts… Il en est deux qui nous reviennent à l’esprit. Une douce soirée d’été où le trio a brutalisé et effrayé les quelques péquins qui daignaient passer la tête dans le grand chapiteau des Nuits Bota, dans l’attente de Daan et Sharko. Une quinzaine d’ultras, seuls contre tous, y étaient restés jusqu’au bout, avec raison.(“Souvenez-vous du premier concert des Sex Pistols à Manchester! 43 personnes, c’était historique! Moins il y a de monde, plus l’événement est historique” – Tony Wilson dans “24 Hour Party People”). Et puis, Dour 2011, après une nuit de déluge, ou K-Branding, au quatrième jour, dans son élément donc, a fait l’effet d’un panzer allemand en pleine action. Lourd, intense, explosif, parfait.

K-Branding est mort. Il est bientôt l’heure de les découvrir.

DIDIER ZACHARIE


“K-Branding fait Alliance”, entretien pour la sortie d’”Alliance”, avril 2011.

“K-Branding: une évolution soft, du rock chaotique à l’improvisation permanente”, entretien avant le festival de Dour 2011.

http://www.k-branding.be/

Journaliste lesoir.be

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