Les Pet Shop Boys trente ans après

Le 19 août 1981, Neil Tennant croise Chris Lowe dans un magasin d’électroniques sur Kings Road. Aimant tous les deux la dance music, ils décident d’écrire ensemble des chansons, d’abord sous le nom de West End, puis Pet Shop Boys, des amis à eux travaillant dans un magasin d’animaux à Ealing. En 1984 paraît une première version de « West End Girls » que le duo a choisi d’interpréter à la récente cérémonie de clôture des J.O. de Londres. Tubes et albums vont ensuite s’enchaîner à un rythme qui jamais ne ralentira.

En consultant la chronologie de leurs bio et discographie, on se rend compte qu’il n’y a pas une seule année où les PSB ont été inactifs. Ils n’ont cessé, durant trente ans, de multiplier albums, tournées, projets annexes, collaborations… Sans céder à la mode propre à de nombreux groupes des années 80 se séparant avant de se reformer par nécessité.

Les Pet Shop Boys, en pleine ère synthétique, ont beaucoup apporté à la pop : un sens de l’humour, des mélodies en béton armé, un visuel arty, une constance dans l’approche de leur métier. Les chiffres de ventes de leurs disques n’ont pas toujours atteint des sommets durant ces dernières décennies ? Cela ne les a pas empêchés d’être régulièrement honorés, et pas qu’en Angleterre, et de remplir des salles. Leurs collaborations avec Liza Minnelli et Shirley Bassey restent dans toutes les mémoires. Ils ont produit Rufus Wainwright et Robbie Williams et remixé David Bowie, Lady Gaga, les Killers ou encore Madonna. En toute discrétion pour tout ce qui ne concerne pas la musique, Neil et Chris ont bâti une véritable œuvre dont on n’a jamais finalement estimé l’importance.

À l’heure où paraît Elysium, leur onzième album, on se rend compte à quel point les Pet Shop Boys sont au sommet de leur art. Comme un bon vin vieillissant en fût de chêne, le duo nous livre le meilleur d’un genre immédiatement reconnaissable.

« On aime marcher dans la rue »

entretien

Dans le hall du bureau londonien d’EMI, sur Wrights Lane, à deux pas de Kensington High Street, entre posters et disques d’artistes actuels, se trouve un bout de cette rambarde immortalisée par la photo de la pochette des albums compilatifs (dits le « rouge » et le « bleu ») des Beatles en contre-plongée, prise dans les anciens bureaux, Manchester Square. Un même atrium y fait d’ailleurs penser ici. C’est là, au dernier étage, que nous attendent Neil Tennant et Chris Lowe. Peut-être pour la dernière fois nous confirment ceux qui n’ignorent pas la vente de la noble maison anglaise à Universal. Neil est toujours le plus bavard, mais avec un regard permanent vers Chris… qui n’en pense pas moins.

Trente ans après votre rencontre, on se rend compte que vous n’avez jamais arrêté…

C’est vrai. Il faut croire qu’on n’a jamais trouvé de bonnes raisons de nous séparer. Beaucoup de groupes des années 80 se sont séparés, oui de fait, mais nous, on n’est que deux. Et puis on a toujours veillé à varier les projets. On ne reste jamais longtemps sans écrire et composer. On tourne le reste du temps.

Il est plus facile de décider quelle orientation prendre quand on n’est que deux mais êtes-vous toujours d’accord ?

Oui car on fusionne nos idées. Nos subconscients font le reste. Cela nous surprend nous-mêmes.

Ce onzième album est un des plus beaux, des plus émouvants aussi. Est-ce le disque de la crise de la cinquantaine qui fait que vous vous posez des questions essentielles, sur l’âge ou le temps qui passe ?

On a déjà fait notre crise il y a longtemps. Ce disque est plus calme, oui. Ce qui ne veut pas dire qu’on était zen au moment de le faire. Cette sérénité n’est qu’une partie de notre personnalité. C’est vrai que ce disque est notre plus personnel. On nous a souvent fait le reproche de ne pas parler de nous dans nos chansons. Pour ce disque, on a délibérément été dans cette direction.

La fête est finie, dites-vous dans « Invisible », qui parle aussi de la fin de la jeunesse…

L’idée de cette chanson vient de Chris. Avec une mélodie très romantique. J’avais, dans mon carnet de textes, un qui allait bien avec ça. Je le chante d’ailleurs comme si j’étais un fantôme, comme si j’étais mort. L’idée est celle d’une femme plus toute jeune qui se rend en boîte et se sent invisible car les garçons ne la voient pas. Il est plus dur pour une femme que pour un homme de vieillir. C’est cette chanson qui a défini l’ambiance de tout le disque. « Leaving » a suivi ensuite.

Le disque est le plus personnel mais aussi le plus intimiste, avec la voix bien en avant. L’élément électro, disco, ne prime plus ici.

Oui, on pourrait faire une tournée des églises. On cherchait un nouveau son. C’est pour ça que, pour la première fois, on a quitté l’Angleterre pour aller enregistrer à Los Angeles. Surtout pour les vocaux par de nombreux choristes. L’idée était de travailler avec Andrew Dawson dont on a beaucoup aimé le travail sur le dernier album de Kanye West. Aux Etats-Unis, on met davantage la voix en évidence, je trouve.

C’est très mélodique. Mais rassurez-vous, on est restés dans le quartier britannique de Los Angeles. On a découvert qu’à Hollywod, il y a même une équipe de cricket.

Quand Lady Gaga vous demande un remix, c’est pour avoir un son anglais, non ?

C’était il y a trois ans. On l’a croisée à la cérémonie des Brits Awards, qui nous remettait une récompense pour l’ensemble de notre carrière. Des artistes sont venus chanter avec nous. Elle était là avec son premier tube. Elle était habillée comme une théière. Et elle a demandé à Chris s’il voulait bien lui faire un remix.

Que Lady Gaga apprécie Pet Shop Boys n’est pas étonnant finalement. Comme elle, vous vous intéressez au pop art…

Culturellement, c’est vrai qu’on est assez proches. Elle aime aussi tout ce qui est théâtral.

« Ego music » est un morceau très audacieux. Il reflète bien l’époque narcissique que nous traversons avec des réseaux sociaux comme Facebook…

Un journaliste comprend tout de suite de quoi parle cette chanson. Le narcissisme de ces réseaux sociaux a créé de l’insincérité. Et l’humilité disparaît. J’ai arrêté Twitter car ça devenait n’importe quoi. En musique, ce n’est pas neuf. Toute la scène rap de la seconde partie des années 80 et des années 90 n’a parlé que d’elle-même. Eminem a créé un monde qui lui était propre. Ça a influencé la pop music.

Sur scène, vous jouez le jeu de la pop star mais pas dans la vie. Vous restez très discrets tous les deux…

Parce qu’on aime marcher dans la rue. On aime les honneurs bien sûr. Il nous en manque un, d’ailleurs. Certains de nos collègues ont eu la Légion d’Honneur française mais pas nous, c’est très regrettable. Ensuite, il nous restera à décrocher un Oscar et le prix Nobel de la paix… Il n’y a pas de raison que ce soit Bono qui rafle tout. Il fait tout pour ça.

Vous manque aussi un Grammy Award américain. Voilà pourquoi vous allez enregistrer aux Etats-Unis.

Damned, vous nous avez démasqués. Mais on a déjà été nominés. Maintenant qu’on ne sera plus confiné dans la section dance ou électro, on a nos chances.

Comment voyez-vous votre futur ?

Ceci est peut-être notre dernier album physique. On pensait à cela quand on s’est rendu compte que c’est peut-être la dernière fois qu’on met les pieds dans le bâtiment d’EMI, avant la fusion avec Universal. Je pense même que ceci est le dernier disque prévu par le contrat qui nous lie à EMI. Je dois vérifier, je ne suis pas sûr. Tout change tellement vite. Mais que certains titres ne soient disponibles que sur le net ne nous dérange pas. C’est ça l’avenir.

THIERRY COLJON

La critique du CD sur le mad

Elysium est en écoute sur le site du Guardian, via Soundcloud

http://www.petshopboys.co.uk/home


L’album en précommande sur iTunes:
http://itunes.apple.com/be/preorder/elysium/id551110953


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