Arno retourne vers le futur

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Enregistré à Bristol avec John Parish (PJ Harvey), « Future Vintage » est un disque sec qui renoue avec l’esprit de TC Matic. Arno 63 printemps, plus de quarante ans de carrière, il garde l’esprit canaille et frondeur. Rencontre où il est question de Jean-Paul Sartre, Ray Davies et Mireille Mathieu.

Onze heures et des poussières, dans une brasserie de la rue du Vieux Marché aux Grains, dans le centre de Bruxelles.

Arno termine un café et s’apprête à passer au coca. Déjà bien excité à l’idée de remonter sur les planches et de reprendre la route pour deux ans (les 19 et 20 décembre 2012, il sera à l’AB et le 2 mars 2013 à la caserne Fonck à Liège), l’éternel jeune homme de 63 ans est toujours aussi fringant.

« Future Vintage » doit être votre 34 ou 35e album. Vous aviez un cahier des charges ou continuez à fonctionner à l’instinct ?

Ce disque est particulier. J’ai arrêté la tournée en novembre 2011. Une fois rentré chez moi, j’ai eu une dépression. C’est le manque d’adrénaline. En tournée, je ne bois jamais. Je l’ai fait quatre fois dans ma vie, c’était quatre catastrophes. Donc je devais faire quelque chose pour m’occuper et éviter de traîner dans les bars. J’ai commencé à écrire en décembre des chansons.

À Bristol, lors du mixage du disque, vous nous disiez avoir été influencé par notre monde qui devient fou…

J’ai l’impression que nous sommes dans les années 1930. L’Europe est en faillite et l’Amérique n’a plus le pouvoir qu’elle avait avant le 11 Septembre. En Belgique, je suis confronté à un extrémisme religieux, un nationalisme en Flandre et un populisme partout. Et j’ai peur. Peur pour moi. Peur pour les gens que j’aime… Je viens d’une génération qui n’a pas connu la guerre. Contrairement à celles de mon père et de mon grand-père. C’est peut-être tout ça qui fait que j’ai enregistré le disque si vite.

Le rôle de l’artiste, c’est de « respirer l’air du temps ». Vous vous inscrivez dans la tradition des Bob Dylan, John Lennon, Sam Cooke ?

Je ne veux pas changer le monde. Je constate. Mon inspiration ne vient pas d’un arbre, mais de l’être humain. La première fois que j’ai entendu Dylan, je me suis senti moins seul. J’étais sensible à ses textes. A ceux de Pete Seger aussi. C’est ma génération. Même si je ne fais pas de la musique comme eux, c’est grâce à eux que je n’ai jamais travaillé.

Vous souvenez-vous du moment précis où vous vous êtes dit que vous deviendrez chanteur et pas plombier ou gangster ?

J’étais à l’école à Ostende près de la gare des trains et des bateaux. À l’époque, 24 bateaux par jour partaient vers l’Angleterre. Je voyais tous ces Anglais beatniks à la Jack Kerouac débarquer. Je me disais que ce serait cool d’être libre. C’est vrai que la musique m’a sauvé. Sans ça, j’aurais peut-être fini en prison ou en hôpital psychiatrique. A quinze ans, j’étais fan de Ray Davies, de ses textes. Un jour, mon professeur de morale, à Ostende, Hubert Leclercq, vient me voir et me dit : « Je sais que tu es fan des Beatles, des Stones et des Kinks, mais écoute ces disques que je te donne. Toute la musique que tu aimes vient de là. » Il y avait Sonny Boy Williamson, Muddy Waters et Howlin’ Wolf. Je suis devenu immédiatement accro. Hubert, le professeur, est devenu un de mes grands amis. Figure-toi qu’Hubert vit aujourd’hui à Katmandou. Il est le traducteur du dalaï-lama.

Vous avez des souvenirs de Mai 68 ?

A 18 ans, je suis en Angleterre, je marche dans la rue et je vois cette fille habillée en Courrèges, un peu comme Mireille Mathieu à l’époque. C’est le coup de foudre, avec Janine, une jeune fille au pair à Londres. Je suis resté une semaine à Londres avec elle avant de l’accompagner à Paris voir sa famille. C’était en Mai 1968. On se retrouve parmi les étudiants, place de la Bastille. Parmi cette masse, je vois un petit vieux avec des lunettes et une femme à côté de lui. C’était Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Le soir, on se balade sur les Champs-Elysées et en passant devant le Fouquet’s, Janine me dit que c’est une brasserie très connue. Je jette un œil et là, je vois un mec qui boit du champagne, et c’était Jean-Paul Sartre ! Il faisait la révolution la journée et buvait du champagne le soir !

Lorsque vous regardez dans le rétroviseur, qu’est-ce qui vous inspire la plus grande fierté ?

J’ai tracé ma propre route. Et dès qu’on me disait : « Tu fais de la musique comme lui », je changeais de chemin. Je n’ai jamais été la copie de quelqu’un et j’estime avoir de la chance d’être belge, parce que je suis aussi un enfant du surréalisme. Je me sens plus proche du surréalisme que du dadaïsme parce que j’utilise mon passé pour construire mon futur. J’ai eu de la chance aussi parce qu’il y a plein de gens plus talentueux que moi qui n’ont pas réussi, à cause d’une maladie, d’un manager, d’une firme de disques… Je suis un peu têtu, un peu autiste… Ce n’est pas un secret, je souffrais de bégaiement et j’ai choisi d’utiliser l’art pour détruire cette frustration de bégayer.

Toutes les infos sur le site www.arno.be

PHILIPPE MANCHE

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12 commentaires

  1. Lacharge

    14 septembre 2012 à 12 h 53 min

    Cette imposture typiquement bruxello-wallonne aura réussi à mener une carrière de faussaire sans le moindre talent grâce à l’inculture et au mauvais goût du public et des journalistes qui l’encensent à tort.

    Bravo pour la supercherie. Honte pour tes disques.

  2. dju

    14 septembre 2012 à 13 h 06 min

    Chacun peut avoir une opinion, mais je comprends pas l agressivite de Mr ou Madame Lacharge. Enfin, voila un exemple parmis d autres de l absence de talent d Arno, de son mauvais gout, etc…

    Merci Arno!

  3. françois

    14 septembre 2012 à 13 h 27 min

    Vous avez le droit de ne pas aimer ce qu’il fait. Vous avez le droit de penser que, selon vos critères, il n’a aucun talent. Mais traiter ceux qui l’apprécient de ( pour résumer ) cons, sans gout… cela se nomme intolérance, irrespect….
    Mais je présume que votre niveau de culture hautement élévé vous donne le droit de juger ceux qui ne pensent comme vous. Vous n’avez pas besoin d’essayer de comprendre, vous savez déjà.
    Je m’incline bien bas devant votre superbe…….

  4. Croûte

    14 septembre 2012 à 14 h 12 min

    Bruxello-wallonne? Ostende, où Arno est né et a grandi, serait en Wallonie? B’en ça…

  5. buzred

    14 septembre 2012 à 15 h 02 min

    Une imposture ne peut pas durer dans le temps…
    Un exemple? Plastic Bertrand, une marionnette qui a eu son succès, mais qui est has-been depuis 25 ans au moins.
    Arno a quelque chose d’authentique, cela se voit, cela s’entend.
    Peut-être pas le plus talentueux, mais qu’est-ce que ça veut dire finalement? Ce qui compte en musique, c’est le frisson. Et Arno en a beaucoup procuré. Peut-être moins maintenant, mais cela reste un type unique !

  6. Tilmant Jean-Paul

    14 septembre 2012 à 16 h 45 min

    Arno:”back to the futur”!,les gens sont tout bazar,ils ont un truc contre le soleil!,”je suis un Os tendu,c’est là qu’est l’os!,tu vois le bazar!

  7. HeaveN

    14 septembre 2012 à 16 h 58 min

    @Lacharge
    Que vous n’aimiez pas le personnage et son travail, c’est une chose mais alors, passez votre chemin au lieu de déblatérer vos inepties. Arno est quelques qu j’ai détesté à l’adolescence mais que j’adore maintenant pour ce qu’il est, un “surréaliste” comme il se décrit lui-même, qui ne se fait pas museler par une maison de disques et qui dit toujours ce qu’ils pense.

  8. helene

    14 septembre 2012 à 18 h 52 min

    et si on laissait tout simplement les gens libres d’aimer ….. sans se prendre la tête ?
    je me sens insultée parce que j’aime cet artiste et son univers, et je ne trouve pas ça normal.

  9. yDem

    16 septembre 2012 à 21 h 22 min

    @Lacharge
    D’accord avec HeaveN… Passez votre chemin ! Je suis Arno depuis TC Matic ; j’avais alors 13 ans. Et avant TC Matic, il y a eu Tjens Couter. J’en ai aujourd’hui 42 et je considère qu’il est peut-être une des dernières choses intéressantes de ce petit pays à la petite mentalité, petite mentalité que vous nous avez fort bien démontré dans votre commentaire !
    Arno se renouvelle et fait effectivement ce qu’il veut ! Il a joué avec de grands noms et même si son attitude peut parfois déplaire, il n’en demeure pas moins un grand Artiste !

  10. bernard

    17 septembre 2012 à 12 h 47 min

    Lacharge, superbe manière de critiquer le public et les journalistes…
    En fait tout le monde a tort sauf vous ouisque vous vous etes la personification de la culture mais malheureusement vous etes bien seul, quelle injustice ! Votre ton est rééllement hautain,suffisant et désagréable à souhait. Je suppose que vous, Vous êtes un Artiste !

    Arno a le mérite d’être vrai, de chanter avec ses tripes, d’etre pacificateur, de donner aux gens ses pensées sans détour…

    Maintenant vous aimez, vous n’aimez pas c’est votre problème.

  11. alarian

    17 septembre 2012 à 20 h 16 min

    Arno, on t’apprécie!!!!

  12. Anonyme

    18 septembre 2012 à 18 h 23 min

    “et si on laissait tout simplement les gens libres d’aimer ….. sans se prendre la tête ?”

    +100

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