Mochélan a Charleroi chevillé au corps

Rap et instruments acoustiques peuvent faire bon ménage ; voilà trois ans que Mochélan, le Carolo attaché à sa ville, donne un joli relief à ce mélange. A découvrir sur scène ce mercredi soir à la Maison des Musiques… Pour les absents : session de rattrapage en décembre, en compagnie de Veence Hanao notamment.

Dans la vraie vie, il ne s’appelle pas Mochélan, bien entendu, mais Simon. Ce pseudo, ce « blaze », tous les rappeurs en portent un. A 29 ans, ce grand type affable, qui aime le basket et ne perd pas l’heure de vue pour cause de p’tit bout de neuf mois à rejoindre, sourit en parlant de ses racines. « A la base, je suis un rappeur… de base, qui faisait du son dans sa chambre, sur les instrumentaux des faces B… Puis le projet acoustique s’est installé petit à petit, même si j’en ai d’autres à côté. Donc oui, je viens du rap, mon phrasé vient du rap, mais j’ai plutôt envie de proposer des projets, comme on l’a fait avec le Collectif Poumon Noir, notamment pour le Théâtre de l’Ancre, ou comme des courts-métrages destinés au Net… » Résumons : le garçon est actif depuis pas mal d’années.

En mars dernier, avec son « Acoustic Band », il a remporté le concours Musique à la Française. Depuis deux ans, artistiquement parlant en tout cas, c’est sur ce projet-là qu’il se focalise. Et qui lui a déjà valu « de belles scènes » (sic) et un beau début de parcours. Le mois passé, il enlevait la Biennale de la Chanson Française. En 2011, il figurait parmi les lauréats du premier Prix Paroles Urbaines.

« Notre ville » dans la peau

Sur les planches, Simon mêle ironie et sérieux. Il se voit de l’école Brassens : c’est plutôt dans la culture de ce qu’il a écouté. Mais si l’on ne s’en tient qu’à sa manière de raconter ses histoires avec tout son corps, Brel n’est pas forcément très loin. « C’est un honneur, cette comparaison, admet-il, mais en même temps, ce serait faire du sous-Brel ! C’est vrai qu’on me le dit. Pour moi, c’est au niveau de l’énergie sur scène, de l’interprétation : Brel était hyperkinétique, je suis hyperkinétique. Il y a ce côté très speed, très nerveux. »

Il reste donc les textes, où les références ne sont donc pas celles qu’on pourrait croire. Né à Montignies-sur-Sambre, Mochélan a Charleroi chevillé au corps. Dans les projets défendus. Et dans ses écrits, comme « Notre ville ». Presque une déclaration d’amour ! « C’est surtout qu’à 23 ou 24 ans, tu te développes en tant qu’individu, tu réfléchis à ce que tu vas faire de ta vie, et autour de toi, même dans les grands medias, on te dit : « Oui, mais tu vis à Charleroi, tu vis dans une ville morte ! » C’est là que j’ai mieux compris les albums de Lucky Luke et les villes fantômes… qui ont été dessinés à Marcinelle. Alors voilà, « Notre ville », c’est quatre minutes pour dire que ce n’est pas que ça, qu’il faut arrêter ! »

« Quand tu t’intéresses un minimum, tu remarques qu’il y des choses un peu grossières, comme ça. « Le Soir ose Charleroi »… Gros dossier de 14 pages en 2008, et juste après, c’est « Le Soir célèbre Liège » ! Tu te dis : « Pourquoi vous « osez », ça signifie quoi ? Peut-être que vous vous arrêtez sur deux pelés et trois tondus qui ont fait des conneries, des braquages, et vous mettez tout le monde dans le même sac ? » Mais moi, mes parents, ce sont des Carolos, mes oncles, mes tantes, mes grands-parents, tous sont carolos. Ils ont grandi et vécu à Charleroi. Et l’éducation qu’ils m’ont donnée, la manière dont ils m’ont aiguillé dans la vie, ça ne se représente pas par ce réel matraquage ! Donc, « Notre ville », et tout le chapitre de l’album sur Charleroi, c’est vraiment sorti comme ça. Pour, à un moment, remettre l’église au milieu du village. Regardez un peu ce qui se passe ici : il y a le Rockerill, différentes asbl, Back In The Dayz… Il y a des gens qui se bougent, qui veulent faire de Charleroi… autre chose. Du calme, quoi ! »

Didier Stiers

- Ce 24 octobre à la Maison des Musiques (avec Hippocampe Fou), dans le cadre de la soirée d’ouverture du concours Du F. dans le texte, auparavant Musique à la Française.
- Le 8 décembre à l’Atelier 210 (avec Veence Hanao et Odezenne).
- L’album : Mon corps t’exprime.

Didier Stiers

commenter par facebook

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>