Alt-J (un peu trop) comme chez soi

Les Anglais d’Alt-J, récents lauréats du prestigieux Mercury Music Prize, se sont produits mardi devant 200 heureux à l’AB Club. Un concert miraculeusement intimiste, mais quelque peu frustrant.

C’est donc le groupe de l’année qu’on allait découvrir ce mardi. Ou quasi. Lauréat du Mercury Music Prize la semaine dernière avec son premier album “An Awesome Wave”, Alt-J a plus que jamais la cote. Juste pour dire que c’est sans doute la dernière fois qu’on avait l’occasion de voir le groupe dans une salle de 200 personnes. Conditions parfaites, concert inoubliable? Pas vraiment, non.

Pourtant, on peut pas dire qu’ils ne font pas bien les choses. Car ces gens ont du talent, c’est indéniable, et on ira même jusqu’à dire qu’ils méritent amplement leur hype. Alt-J a un son, des chansons, un chanteur né pour chanter et il définit parfaitement ce qu’est la pop en 2012: aventureuse et en même temps un peu autiste. A quatre sur scène, les Anglais enchaînent les titres de leur déjà classique (osons!) album, avec une telle maîtrise et une telle perfection qu’on se croirait presqu’en chaussons dans son salon, le volume à 11 sur un ampli au son stéréo ouftiHX inimitable. Pas mieux. Et c’est un peu ça le problème…

Chez Alt-J, comme chez beaucoup d’autres d’ailleurs (ça doit être un truc générationnel), rien n’est laissé au hasard, rien ne dépasse qui pourrait faire tache. On a la prétention de vouloir faire de la Pop avec un grand P, môssieur! Et le pire, c’est qu’ ils y parviennent! Mais ils y parviennent au détriment du côté charnel, organique de la musique jouée live. Ici, il n’y a pas de place pour les accidents, les fausses notes, les larsens un peu trop aigus, les dérapages, en clair les dérives. On reste à quai. Et on fini par avoir l’impression d’assister à un showcase plutôt qu’à un véritable concert. D’ailleurs, en 50 minutes, l’affaire était pliée. Les chansons jouées comme sur le disque, pas une seconde de plus, les tubes en avant (Tesselate, Something Good et Fitzpleasure dans les vingt premières minutes, Breezeblocks à la demi-heure) et si on ne s’est jamais ennuyé, on n’a jamais vraiment décollé. Et on est ressorti quelque peu frustré.

Parce que bon, c’est une chose que de bidouiller, avec un certain génie, certes, des chansons dans sa chambre, seul avec un ordi et une guitare sur les genoux. Mais le live a sa dynamique propre, il requiert une énergie particulière, un truc difficile à définir qui se répand dans la salle et fait des va-et-vient entre l’artiste et son public. C’est ce qui donne envie de se bouger pour un concert, cette énergie, l’espoir que quelque chose se passe qui ne se passerait pas en restant chez soi. Et ça, chez Alt-J comme chez d’autres, on a peut-être tendance à l’oublier. Bah oui, on vous dit, on est frustré!

Didier ZACHARIE

PS. Ce ne sera plus devant 200 personnes, mais Alt-J sera de retour à Bruxelles le 16 février dans le cadre des PIAS Nites à Tour & Taxis. (Ce message est dédié aux fans dévoués qui ont hier traîné loques et savates durant des heures dans le froid et la pluie du Boulevard Anspach dans l’espoir illusoire de trouver un sésame pour le concert. Tout vient à point…)

Journaliste lesoir.be

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5 commentaires

  1. Jon

    7 novembre 2012 à 10 h 46 min

    J’ai regardé le live sur internet (j’irai les voir au Grand Mix le 19) et il me semble avoir compté 4 personnes sur scène (keys, chant, basse, drums)…

    Même si je suis d’accord que Alt-J ne propose clairement pas le live de l’année, je n’ai pas trouvé que tout était parfait et lisse. Le chant était assez souvent faux…

    L’album est par ailleurs effectivement l’un des meilleurs sortis cette année.

    Le live, loin d’être parfait donc, m’a semblé assez agréable dans l’ensemble.

  2. Rémi

    7 novembre 2012 à 11 h 02 min

    Je suis plutôt d’accord avec Jon, ce n’était pas parfait… surtout niveau chant mais c’est vrai que les chansons n’étaient pas vraiment différentes que sur l’album. Par contre, on a eu une reprise inatendue de “Slow” de Kylie Minogue. Et ils étaient bien 4 sur scène…
    Je garde un meilleur souvenir de leur préstation au Pukkelpop!

  3. j-f

    7 novembre 2012 à 12 h 50 min

    Je n’ai malheureusement pas vu le concert, mais j’aime l’aspect de l’article qui pointe un manque de spontanéité presque généralisé chez les groupes ayant une chance de passer à la radio aux heures de grande écoute …Faut surtout pas déranger !

  4. Michel

    7 novembre 2012 à 22 h 01 min

    Donc, j-f, si Alt-J et d’autres “manquent de spontanéité”, c’est parce qu’ils veulent garder leur chance de passer en radio aux heures de grande écoute. C’est du raccourci ça dis donc ! Ceci dit, je n’étais pas au concert, mais leur album est mon préféré de l’année.

  5. Lot

    30 décembre 2012 à 23 h 01 min

    Si l’album donne envie de sprinter comme un seul homme vers le concert de février aux PiasNites, cette chouette critique ne donne pas envie d’y courir! Bon. Merci à vous Didier.
    Même si j’aurais aimé que votre article rentre un peu plus dans la matière musicale (dont vous ne dites rien, ce qui est un peu court pour une critique heu… musicale :) , j’ai également apprécié votre analyse de l’anti-charisme qui saisit parfois les musiciens. Il y a des super groupes qui s’avèrent bien mous en concert et, inversement, des groupes bof sur platine qui nous accrochent en scène.
    Comme on dit, c’est un métier.

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