Pauline Croze, enfant du paradis

La Parisienne revient après un long silence avec un inspiré «Le Prix de l’Eden». Rencontre avec une chanteuse sauvée de la panne.

Que fait un musicien qui rencontre le bonheur? Il perd l’inspiration, c’est un scénario statistiquement éprouvé. Il gonfle alors les corbeilles avec ses fausses pistes et ses idées sans postérité possible, puis il recommence le lendemain en renouvelant l’échec. Pauline Croze est de cette troupe d’artistes pour qui l’axiome reliant l’inconfort de l’âme au souffle créatif ne peut souffrir d’aucune réfutation possible. Pendant plusieurs années, la Parisienne a traversé «une phase d’apaisement», et la panne d’inspiration qu’on pourrait lui rattacher.
Elle a donc rempli ses corbeilles.Cinq ans après avoir commis un album ambitieux et déroutant Un bruit qui court, presque dix après ses premiers pas sur la scène française, cette figure frêle à la voix si particulière revient enfin sur l’estrade pour présenter la fin de son calvaire personnel.
Dans son bagage, un album bien nommé: Le Prix de l’Eden. Une libération? Il faut le croire. L’artiste rencontrée à Genève laisse affleurer les signes d’une impatience profonde: il faut rattraper le temps perdu et réoccuper un terrain que d’autres ont saisi durant son absence. Le monde de la musique tourne plus vite que d’autres, l’évidence s’impose: «Oui, j’ai ressenti de la pression face aux jours et aux mois qui s’écoulaient sans résultats. On m’a proposé de faire un album de reprises, une manière de me faciliter la tâche et d’être présente, mais j’ai refusé. Aujourd’hui, je peux défendre des chansons personnelles, avec fierté et conviction.»
Que disent ces onze nouvelles chansons? Que Pauline Croze parle toujours à la première personne du singulier. Que la quête du bonheur et les affres du malheur constituent une matière première inextinguible. Sans excès dans la complainte, sans noirceur excessive, l’artiste raconte ses fragilités quotidiennes, ses aspirations et ses espoirs, sur un ton pudique et attachant. Pauline Croze est donc restée celle qui a éclos subitement en 2005, avec un album éponyme et une chanson, «T’es beau», qui lui a valu une première célébration.

Elle est revenue en partie à la simplicité des débuts après une parenthèse, son deuxième album, qu’elle peine à assumer pleinement: «Si je suis de bonne humeur, je me dis que Le bruit qui court m’a appris beaucoup, autrement je le renie.» Cet album libre et audacieux n’a pas rencontré son public, comme on dit. Alors? «J’ai été retrouver Edith Valbuena, qui avait réalisé mon premier album. C’est une compositrice et musicienne qui comprend comme personne d’autre mon univers.» Un jour, cette figure de l’ombre, qui a travaillé notamment pour Alain ­Bashung, Etienne Daho et Brigitte Fontaine, a eu une phrase qui a tout changé: «Elle m’a dit simplement, «toi, Pauline, t’es bois». Elle voulait ainsi que je retrouve ce rapport frontal et organique que j’ai avec la guitare

Les sophistications instrumentales, les arrangements élaborés du passé sont alors cantonnés. La voix veloutée et les six cordes accompagnent désormais les idées qu’il faut étoffer. Le Prix de l’Eden est né ainsi, dans le dépouillement. Un jour, Vincent Delerm, rencontré dans une tournée lointaine, s’est manifesté pour proposer une chanson. «Dans la ville» ouvre aujourd’hui l’album et constitue la meilleure carte de visite possible. Une guitare acoustique s’affiche avec simplicité pour rappeler que Pauline Croze, c’est avant tout cela, du son de bois.

D’autres invités, connus depuis les origines, resurgissent. Des touches qui font du pied au Brésil, au Mali et à la Côte d’Ivoire. «Ce sont des musiques qui apportent de l’espace, je les trouve très visuelles. Mais je ne veux pas en abuser. Je ne suis pas intéressée par le tourisme musical.» Pauline Croze conclut sur une autre impatience, celle de reprendre la route et de fouler les scènes au plus vite. D’ici là, les pannes et les corbeilles attendront.

Pauline Croze, «Le Prix de l’Eden» (Wagram Music/Disques Office).

 

Rocco Zacchéo / Le Temps


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1 commentaire

  1. magali brasero

    8 novembre 2012 à 13 h 44 min

    Edith Fambuena (qui a fait partie des Valentins, qui a surtout travaillé avec Daho, mais aussi avec Bashung ou Pauline Croze), ça le ferait mieux que Valbuena, non
    ;-)

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