Quand Archive chante l’amour…

Qui aurait pu croire qu’un jour, les jeunes gens d’Archive, ce 13 novembre à Forest National, nous reviendraient avec une poignée de chansons d’amour ? Pourtant, voilà bel et bien ce que l’on trouve sur With us until you’re dead

With us until you’re dead, tel est donc l’intitulé du dernier album en date de cette formation dont le parcours aura ressemblé à tout sauf à un long fleuve tranquille. Cet été, nous avons rejoint sur une terrasse bruxelloise l’Américain d’Archive, Pollard, dont le sien, de parcours, a jadis croisé celui des beatboxeurs autrichiens de Bauchklang. Autant dire que le garçon n’a rien d’un taiseux…

Ce titre a un petit quelque chose d’affirmatif qui lui donne des accents de profession de foi, vous ne trouvez pas ?

Il est tiré d’un des textes écrits par Dave, « Conflict » (NDLR : « Conflict is a part of us with us until we’re dead »). Ça nous parle, de manières différentes, mais ça s’imprime bien. Nous essayons toujours de réfléchir au titre de l’album, d’avoir plusieurs idées, de les remettre en perspective… Ici, c’est Darius qui est revenu avec ces lyrics, il les a déclamés à voix haute, et ça nous a mis d’accord. Personnellement, j’aime cette idée des choses qui trouvent un écho dans votre vie et ne s’oublient jamais. Je ne sais pas pour les autres, mais pour moi, c’est un peu ça que ça veut dire.

Quand on lit les titres des morceaux les uns à la suite des autres, on dirait presque un résumé de ce que pourrait être une histoire d’amour…

C’est bien observé, je n’y avais jamais pensé. En tout cas… oui, ça marche. Les titres collent toujours aux morceaux, même si parfois, ils sont plus évidents. Mais pour le coup, l’idée n’était certainement pas de travailler sur un concept.

Ce n’est pas un album concept ?

Controlling crowds était beaucoup plus de cet ordre, je pense. On y ressent cette même atmosphère claustro tout au long des morceaux. Et Part IV en était un peu le contrepoint, une libération. Celui-ci est à mon sens plus varié, éclectique du point de vue des styles.

Parce que vous avez travaillé différemment ?

De manière moins « linéaire »… Pour la première fois depuis longtemps, nous avons écrit de façon éclatée, loin les uns des autres : Dave, Darius et Holly, Dave et Darius, Darius et moi… Évidemment, comme nous écrivons beaucoup, ça ne simplifie pas les choses quant au choix des morceaux. Beaucoup sont restés sur le carreau. Peut-être en ferons-nous quelque chose un de ces jours…

Mais l’idée de départ était de proposer un album fait de chansons d’amour ?

Oui, il aurait même pu s’intituler Love songs. Penser que notre fanbase capte l’ironie d’un tel titre nous plaisait bien. Au final, ça ne nous a pas semblé aussi avisé, ça n’aurait fait que donner une impression fausse de ce qu’il est : un ensemble de chansons qui parlent d’amour, d’accord, mais des différentes facettes de l’amour.

Chantées avec plus de soul qu’auparavant, semble-t-il.

Je suis assez d’accord. Darius a d’ailleurs fait référence, dans l’une ou l’autre interview, à des gens comme Otis Redding par exemple. Dan, Darius et moi en écoutons beaucoup en tout cas. Sly Stone… J’ai grandi en écoutant ces types, Marvin Gaye, Curtis Mayfield… Quand j’étais ado, je voulais chanter comme eux. Quoi qu’il en soit, je suis heureux que ça ait pu se concrétiser avec ce disque.

Pourquoi un album comme celui-là maintenant ? Il est le fruit d’une évolution ?

Pour la plupart, nous avons aujourd’hui l’expérience de la vie en couple. En personnalisant un peu, je dirais que j’ai été prisonnier d’une relation assez destructrice. Je pense que Dan vivait ça aussi. Du coup, ça ne nous a pas paru trop douloureux de sortir des chansons comme « Wiped out »… Je l’ai fredonnée, Darius a écrit la musique et Dan le texte. Comme elle me parlait, elle m’est devenue très personnelle, alors qu’habituellement, chanter la chanson de quelqu’un d’autre et la faire vôtre n’est pas toujours évident. Je crois aussi que Dan avait vraiment envie d’écrire des chansons d’amour. Ça lui manquait, d’autant que sur Controlling crowds, il n’y en a pas.

Vous n’aurez pas trop de mal à les caser dans la setlist de la tournée ?

Je ne pense pas. Nous jouerons une bonne partie de l’album, et quelques titres plus anciens. Tout est question de moment, trouver où les amener dans le set. Et s’y atteler : j’ai dû me préparer un peu plus cette fois-ci parce que j’en chante quand même quelques-unes. Franchement, je crois au contraire que ce live va être fun.

Pour en revenir à l’éclectisme du disque, le fait qu’on continue à faire de vous un groupe trip hop doit vous amuser d’autant plus ?

Oui, mais bon… Il faut bien que les gens du marketing et des médias collent leurs étiquettes sur tout, non ? Et puis, c’est un point de référence, ça permet de comprendre en partie du moins d’où vient le groupe. Personnellement, j’ai toujours eu du mal à expliquer exactement à quoi ressemble la musique d’Archive.

Quelques qualificatifs qui lui iraient bien, d’après vous ?

Cinématique. Visuel et émotionnel. C’est une musique qui fait ressentir des choses. Je n’y vois pas de trip hop, pas de prog rock, même si elle inclut quelques éléments progressifs. Les influences de Darius et de Dan me semblent claires, en l’occurrence breakbeat et musique électronique. Avec cet album, j’ai aussi l’impression que nous avons réussi à ramener dans notre musique ce quelque chose de plus nerveux, d’inquiet, qu’il y avait par le passé. En tout cas, c’est ainsi que je ressentais la musique d’Archive quand Craig (NDLR : Craig Walker) faisait partie du groupe. A la limite, ce qui me manque, c’est un de ces titres épiques, de dix minutes… mais nous y reviendrons la fois prochaine, c’est sûr !

Quel plaisir prend-on à se lancer dans ces morceaux plus épiques ?
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Vous écrirez encore pour le grand écran ?
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Didier Stiers

 

Didier Stiers

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