Le Messie est arrivé, son nom est Tellier

Ah, Sébastien! Le Grand Homme était lundi de passage en ville pour y présenter son mouvement spirituel l’Alliance Bleue. Et, accessoirement, faire un concert. La soirée fut telle une coupe pleine que nous bûmes jusqu’à la lie. Et peut-être un peu plus.

« Je rappelle que les portes de sortie sont ouvertes pour ceux qui veulent s’en aller. Il y aura du brillant, il y aura du minable».

Ça fait vingt minutes que le concert est terminé, quand le Grand Homme, refusant de quitter la scène, prononce ces mots qui résument ma foi parfaitement la soirée. Car Tellier, c’est plus qu’un poème, c’est une pièce de Molière!

Acte I. Transe sexuelle.
La messe commence dans une lumière bleue et des nappes de synthé. Bientôt, le Grand Homme émerge sur les hauteurs d’un petit escalier et lance sa prière à Pépito. « L’Alliance Bleue vous souhaite la bienvenue… » Ce premier acte sera le plus réussi… enfin, dans le sens professionnel du terme. Si on peut dire. Le Grand Homme est frais et charmeur, plaisante entre les titres et obtient réponse du public. Point de vue musique (« Ah oui, c’est vrai, vous êtes là pour écouter de la musique… »), même si on peut chichiter sur le volume sonore trop faible et regretter le parti pris machines à sons (on y reviendra), c’est impeccable. Les montées de transe font leur effet et l’atmosphère est au partage et à l’amour de son prochain.

Car l’Alliance Bleue invite à la libération des esprits et des corps et son appel est entendu. Sur ‘Cochon Ville’, une dizaine de frères et soeurs envahissent la scène et se déloquent dans la joie et l’innocence retrouvée. Et on n’en est pas à la demi-heure de concert! Mais le Grand Homme n’est pas rassasié, il disserte, prend un bain de foule sur ‘Divine’, fume,… et picole aussi… pas mal. Puis libère la beauté pure (‘Roche’) et lâche la transe avec ‘Sexual Sportswear’ qui restera le sommet (musical) de la soirée. « J’ai l’impression que ça vous plaît de plus en plus, ça fait plaisir! » Fin de l’acte I.

Acte II. Der Untergang.
Ah, Sébastien! Icare, volant trop près du soleil finit par se brûler les ailes… En fait, on ne sait plus trop à quel moment ça a commencé à déraper. Le Grand Homme devait en être à sa cinquième ou sixième vodka-clope. Les monologues se font plus longs et chaotiques, le personnage sur scène tente des improvisations qui durent… qui durent… puis lance un faux départ afin de décupler le désir, l’attente… Puis, se rendant compte que la voie qu’il a prise est sans issue, abandonne: « Fais chier! Bon, j’vais vous jouer ‘La Ritournelle’ ». Massacrée ‘La Ritournelle’! Atomisée! Un dégât! Mais un dégât! Avec ses cordes en boîte inaudibles et le son piano qui dérape… Maître, qu’avez-vous fait? Soyez cohérent, offrez-vous deux-trois violonistes, un batteur, un peu de vrai son, ne fut-ce que pour ‘La Ritournelle’! Parce que ‘La Ritournelle’, voilà la différence entre une bonne chanson bien produite et une chanson intemporelle. Et une chanson intemporelle, vous ne pouvez plus vous permettre de servir ça comme de la soupe en boîte, que Diable!

Oh! Tant pis! Alea Jacta Est. Et le one man show, lui, continue… Le concert, seulement par intermittences. Pour dire les choses simples, le Grand Homme se vautre. Mais alors, en beauté! Il continue ses monologues, se perd, cherche deux notes sur son piano, et picole, ça oui… Et en même temps, pourquoi pas? On est là pour ça, non? Près de deux heures sont passées sans qu’on s’en soit rendu compte! Savez pourquoi? Parce qu’on passe du bon temps! Tout simplement. Faut pas toujours être le cul serré à chercher la fausse note! C’est lundi soir, on se lâche, on s’amuse… En musique ou en… ?! D’ailleurs, le Grand Homme parvient à rester assez droit pour nous toucher à nouveau avec ‘L’Amour et la Violence’. Et nous remet un petit coup de transe avec ça. Puis il s’en va, revient, et s’en va vraiment. Ou peut-être pas. Fin de l’acte II.

Acte III. Les héros ne meurent jamais.
L’Alliance Bleue est éternelle. L’Alliance Bleue vous aime. « Bon, le concert est terminé depuis longtemps, mais j’ai envie de rester sur scène. Alors, tout ce que vous me proposerez de jouer, je ne pourrai faire autrement que de le jouer »… ça s’est passé comme ça. « Metallica! », quelqu’un lance dans la salle. Et c’est parti pour ‘Enter Sandman’… Le début, du moins… Mais faut voir la touche Tellier imitant James Hetfield! « Led Zeppelin! » … Bizarrement, il a pas osé, Led Zeppelin… On sait plus trop combien de temps ça a duré, mais le Grand Homme est allé jusqu’au bout. De lui. De nous. Du Cirque Royal aussi (« La sécurité me demande de terminer dans cinq minutes »… C’était bien avant qu’il s’en aille…). Surtout, le Grand Homme a mis son coeur ouvert sur la scène, en a offert une parcelle à chacun dans la salle, tel le Messie s’offrant à ses disciples! Et c’est pour ça qu’on l’aime, Tellier. Parce qu’il est généreux, fragile, chaotique souvent, ridicule tout autant, mais génial aussi, parfois. Et honnête. Vrai.

Et puis, il y a eu ce moment, cet instant, où le Grand Homme, abattu, renaquit de ses cendres et s’envola à nouveau vers le soleil. Cet instant où il tituba jusqu’au micro pour reprendre et s’approprier ‘La Dolce Vita’ de Christophe. Là, le chanteur de charme repris le dessus, irrésistible, classe, parfait, et alla s’asseoir à côté de ses illustres ancêtres de la chanson française. Un moment divin. Un moment éternel. Oh, Sébastien! Une idole, pas moins.

Didier ZACHARIE
Photo live: Christopher HEUNINCKX



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1 commentaire

  1. desperado

    29 novembre 2012 à 11 h 30 min

    J’ai bien ri, merci.
    Vive le fake, vive le surfait, vive l’apparence.
    Et que vive la daube.

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