Sonic City : mode d’emploi

Ce premier week-end de décembre, les promoteurs de la salle courtraisienne De Kreun ont confié les clefs de la programmation aux (bons) goûts musicaux de Suuns. Pour fêter ça, le groupe canadien a invité tous ses copains à l’affiche du festival Sonic City. Le gratin de la scène alternative (Swans, Clinic, Fuck Buttons…) a répondu à l’invitation des Montréalais. Pour notre plus grand plaisir.

Articulés autour des mêmes principes que ceux défendus par les organisateurs du prestigieux festival anglais ATP (All Tomorrow’s Parties), le Sonic City courtraisien repose sur un concept original et ingénieux : la « curation ». Sous cet anglicisme aux doux relents thérapeutiques, une idée assez simple : inviter un artiste ou une formation à parrainer le festival en lui donnant « carte blanche » sur la programmation. Depuis 2007, des groupes comme Millionaire, Deerhoof ou Liars sont venus étaler leurs choix sur l’affiche du Sonic City.

Cette année, ce sont des Canadiens qui se portent au chevet de la programmation : Suuns, quatre garçons en mouvement entre rock et électronique, toujours un pied sur le dancefloor et l’autre enfoncé sur la pédale de disto. Totalement à leur image, la programmation de ce week-end se partage entre beats extra-terrestres (Fuck Buttons, Tim Hecker, Demdike Stare…) et décharges électriques (Swans, Clinic, Beak>…). De passage à Montréal, on a rencontré Ben Shemie (chanteur et guitariste) et Joseph Yarmush (seconde voix et bassiste) pour causer Belgique, musique et choix artistiques supersoniques.

C’est assez inhabituel de rencontrer un groupe de Montréal à la programmation d’un de nos festivals. Comment cette collaboration s’est-elle mise en place ?

Ben Shemie : Pendant notre dernière tournée, on a eu l’occasion de jouer en Belgique, notamment à Courtrai. Dans le groupe, nous sommes d’éternels insatisfaits mais, ce soir-là au Kreun, on a pris énormément de plaisir. On a donné un bon show. Quelques semaines plus tard, les gens de la salle nous ont recontactés en nous proposant de travailler sur la programmation de leur festival annuel, le Sonic City. On a directement accepté la mission. C’est la première fois de notre vie qu’on passe de l’autre côté de la barrière. Pour nous, composer l’affiche d’un festival, c’était l’opportunité de rencontrer des groupes qu’on admire, de croiser des gens qu’on ne connait pas toujours personnellement.

Comment avez-vous travaillé sur cette programmation ?

Joseph Yarmush : Dans un premier temps, on a établi une liste prioritaire de soixante noms. On l’a transmise à l’équipe du Kreun en décembre de l’année dernière. On a bien bossé. Le seul problème, c’est qu’on devait respecter un budget ! (rires)

Quels sont les premiers noms qui vous sont venus à l’esprit ?

Ben Shemie : Au départ, on n’a écarté aucune piste. Même si ça nous faisait bien rire d’inscrire le nom de certains artistes sur notre liste. On avait ainsi en tête d’inviter Leonard Cohen. Ben oui… Ça cadrait super bien : il est né à Montréal, c’est un grand monsieur de la musique. Tout le monde le connaît. L’idée d’amener un emblème canadien comme lui en Belgique, ça nous plaisait bien. Mais il paraît qu’il est un peu trop cher… (sourire) On a laissé tomber. Et on a proposé Portishead ! (rires) Là encore, le prix du cachet était sans doute un peu trop élevé pour le Kreun. Par contre, le truc génial, c’est qu’à partir de là, on a commencé à travailler sur Beak>, le projet krautrock de Geoff Barrow (tête pensante de Portishead, Ndlr). C’est incroyable de l’avoir à l’affiche du festival.

Dans le domaine du faisable, quel est le groupe que vous auriez vraiment voulu avoir à l’affiche ?

Ben Shemie : Je suis fan d’un groupe de Boston qui s’appelle The Swirlies. C’est une formation culte de la fin des années 1980. On peut la situer quelque part entre My Bloody Valentine, les Pixies et Slowdive. Pour moi, le Sonic City, c’était vraiment l’occasion de leur proposer une reformation. Au début, c’était bien engagé. Mais, par la suite, on s’est rendu compte que le chanteur avait déménagé en Suède. Les autres musiciens habitaient aux quatre coins des États-Unis. L’achat des tickets d’avion pour les faire venir en Belgique explosait déjà sévèrement le budget… Sans compter qu’il fallait d’abord envoyer tout ce beau monde à Stockholm et organiser des répétitions. Bref, c’est tombé à l’eau. (sourire)

On rapproche souvent la musique de Suuns de celle du groupe anglais Clinic. L’inviter au festival, c’est votre façon de confesser votre passion ?

Ben Shemie : C’est vrai que chez nous, Clinic fait l’unanimité. Pour la petite histoire, Clinic est le deuxième groupe – après Swans – à avoir accepté notre invitation. Quand on a appris la nouvelle, on était vraiment excité. On est impatient de les voir débarquer sur scène.

Au Sonic City, Suuns fait double emploi : programmateur et tête d’affiche. C’est l’occasion de présenter de nouvelles chansons sur scène ?

Ben Shemie : On a sorti notre premier album (le recommandé Zeroes QC, Ndlr) fin 2010. Depuis, on a eu le temps de réfléchir à la suite et d’enregistrer de nouveaux morceaux. On va clairement profiter de notre présence en Belgique pour les présenter au public. On a déjà le titre de notre prochain disque. Ce sera Images du Futur, un clin d’œil au Québec et à notre ville de Montréal. « Images du Futur » était le nom d’une grande exposition sur les nouvelles technologies. Elle a fermé ses portes en 1996 après plus de dix ans d’activité. Mais ça reste un point de repère important dans l’histoire de la ville. Notre album ce sera donc Images du Futur, en français, même si on continue de chanter en anglais. On aimait bien ce rapport bilingue. Ça nous rappelle que chez nous, à Montréal, on parle deux langues. C’est un peu comme en Belgique, ça, non ?

Nicolas Alsteen

Sonic City Festival – Samedi 1er et dimanche 2 décembre, De Kreun, Courtrai.
www.soniccity.be
www.dekreun.be

Didier Stiers

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