Balthazar, le couronnement des Courtraisiens

Plébiscité, le groupe flamand a signé ce qui restera l’album belge de l’année. Un « Rats » des villes élégant et nocturne…


Entre un concert à Utrecht, un autre à Rotterdam, une Pias Nite et la remise d’un MIA (les fameux Music Industry Awards décernés chez nos voisins flamands) couronnant à juste titre Rats meilleur album de 2012, Maarten Devoldere, le grand blond détaché de Balthazar, nous retrouve au café Greenwich, l’antre des joueurs d’échecs. Echec et mat. Avec son deuxième disque, le quintet réussit un coup de maître. Un grand album de pop urbaine distinguée, sombre et nocturne.

Tout commence à Courtrai quand adolescents, Maarten et Jinte jouent sur le pavé pour quelques pièces. Plutôt que de se faire concurrence, les deux musiciens en herbe décident d’unir leurs forces et leurs chansons. De partager le chapeau…

« Comme nous n’avions pas de permis, nous ne nous produisions jamais deux fois au même endroit, se souvient Maarten. Nous devions continuellement bouger mais nous étions plutôt bons pour éviter les flics. »

Quand on lui parle de la musique dans sa flandrienne ville bourgeoise, le jeune homme cite Ozark Henry et Goose, vante les talents des jeunes SX…


« C’est déjà pas mal pour une ville de cette taille. Il me semble stupide néanmoins de s’attarder sur les origines des groupes dans un pays aussi petit que le nôtre. Il vit moins de monde en Belgique qu’à New York. » En plus maintenant, Maarten habite Bruxelles et Jinte à Gand où ils ont tous deux suivi le conservatoire. Le même que celui où est entré Bram Vanparys, le Bony King of nowhere. « Il est arrivé un an après nous je pense et il n’est pas resté longtemps. Nous avons davantage joué le jeu. C’est toujours la même chose. Tu prends ce que tu désires et tu oublies tout le reste. C’est sans doute cliché mais tu apprends dans ce genre d’établissement, ce que tu ne veux pas faire. » Ce qui représente déjà une partie du chemin. Balthazar a l’air de savoir où il va. En tout cas, il y va avec classe. Son premier album, Applause, avait assis sa réputation au nord du pays. Le deuxième Rats doit le mener à la consécration. « L’idée principale de ce disque, c’est qu’on n’en avait pas. Applause était une sorte de concept album sur lequel on a essayé de faire sonner les chansons avec les mêmes “vibes”, le même type d’arrangements. C’était notre manière de nous présenter aux gens.

Rats est un disque beaucoup plus spontané. Nettement moins planifié. »

Une révélation plutôt étonnante au vu de sa remarquable évidence et de sa bluffante élégance le situant quelque part entre The National, The Walkmen et les Last Shadow Puppets. Mais Maarten et Jinte ne se sont pas tourné les pouces.

« Nous avons travaillé dur pour devenir de meilleurs musiciens et songwriters. Pendant deux ans, nous avons lu encore et encore. Ça pompe énormément d’énergie et de temps. Nous avons approfondi Bob Dylan, Nick Cave, Leonard Cohen… Ces mecs, tu sens qu’ils ont des choses à dire.

Et même si ce n’était pas le cas, ils sont tellement bons qu’ils t’en donnent l’impression. »

Maarten et Jinte se sont aussi intéressés de plus près à la littérature, à la poésie. « Je me sens encore trop jeune pour dire qui sont mes auteurs et poètes préférés. Je n’en connais pas assez. Mais j’aime Philip Roth. J’ai lu Bukowski, Fitzgerald, Hemingway… Le Lolita de Nabokov, Le Moins que zéro de Bret Easton Ellis. Puis le Beautiful Losers de Cohen sorti au milieu des années 60, avant même son premier disque. Ces pages suintent le rock’n’roll. »

A écouter Maarten, Balthazar semble passer plus de temps à lire des livres qu’à écouter des disques. « On ne connaît pas beaucoup de musique. Nos potes font du 9-5 et écoutent des morceaux toute la journée sur leur ordinateur. Nous, nous bossons sur nos propres chansons et quand nous nous arrêtons, c’est le silence que nous recherchons. »

A ses heures perdues, Maarten fait de la boxe et lit. Jinte a commencé à peindre. « On aime le Velvet Underground. Lou Reed. Par contre, on connaît mal Scott Walker dont beaucoup de gens nous parlent en interviews. Nous apprécions énormément Gainsbourg également. Et quelques classiques de la chanson française. J’aime ce qui flirte avec le kitsch mais qui reste super cool. Le Velvet n’est que cool. Mais Perfect Day de Lou Reed, c’est autre chose. I’m your man de Leonard Cohen aussi. Il y a du courage dans tout ça. »

Rats n’est pas kitsch du tout mais il a été enregistré dans un tas d’endroits plus incongrus les uns que les autres. La station de métro porte de Halle la nuit quand tout était calme. « Chouette acoustique et atmosphère froide ». Des chambres, des caves. Dans un train aussi. « Un train menant de Bruxelles à Gand. Ce qui a quelque chose de symbolique… Sur les rails, tu ne sonnes jamais deux fois de la même façon. Je ne crois pas au fait de s’enfermer pendant deux semaines dans un studio et de tout y enregistrer. Nous voulions impliquer notre environnement dans notre disque. Lui faire de la place. Qu’on le veuille ou non, il fait ce que nous sommes. On s’est aussi dit que l’album respirerait plus en se promenant qu’en restant confiné dans une petite pièce. »

Caves, métros, Rats. La première explication au titre du disque est toute trouvée. « On s’est surtout rendu compte que beaucoup de chansons parlaient de choses laides auxquelles elles rendaient hommage. Ou du moins dont elles montraient la beauté. Par exemple un mec qui rentre bourré pisse dans l’évier et dort avec ses vêtements. Il y a de la romance là-dedans. C’est une belle image. Elle mérite qu’on s’arrête pour la regarder. » Le clin d’œil, c’est enfin que Maarten qui avait prêté son appartement à un pote pendant trois semaines l’a retrouvé infesté de rats à son retour. « J’ai déjà tout oublié », sourit-il.

Ils ont beau penser Balthazar comme un personnage. « Notre boss. Pas un manager, plutôt un créatif. Genre Charlie dans Drôles de dames. » Maarten et Jinte aiment garder le contrôle et ont produit leurs deux albums eux-mêmes. « Ça te permet d’exagérer tes propres idées. Te rend reconnaissable. Te laisse déterminer ton propre son. Une aide extérieure peut te rendre meilleur.

Mais sans doute moins toi. Moins caractéristique. Enfin, ça dépend avec qui tu bosses j’imagine. Mais nous ne voulons pas être un groupe de plus dans un studio avec un producteur. »

Rats a quand même été mixé en Californie par Noah Georgeson. Le cerveau de Vetiver est un proche de Devendra Banhart avec qui il collabore souvent quand il ne bosse pas avec Joanna Newsom, Bert Jansch, Robin Pecknold (Fleet Foxes), les Strokes ou plus récemment Charlotte Gainsbourg. En attendant, ce qui ressemble sans doute le plus à Balthazar dans son CV, c’est sans doute les récents exploits d’Adam Green dont il a produit le dernier album, Minor Love. « Je ne connais pas. Nous avons juste consulté nos disques et ouvert ceux dont on aimait particulièrement le son. Je ne suis guère fan du dernier Strokes mais Noah a réalisé du très bon boulot. On s’est dit ce mec peut signer des trucs assez lo-fi et aventureux comme avec Banhart mais aussi du plus commercial comme il l’a fait pour la bande à Casablanca. »

Balthazar est resté pendant deux semaines à Los Angeles. Deux semaines de vacances. Nuits à Hollywood, interminables promenades en voitures…

Les garçons (comptez 25 ans au compteur) ont fait du chemin. Prix du public au Humo’s Rock Rally 2006, Balthazar a tourné aux Etats-Unis, au Canada, joue dorénavant à La Cigale, passe sur France 2 et Radio Nova. « Tourner est un piège quelque part. On te met sur un piédestal. Te pousse à moins bosser. A être un peu fainéant. Tu découvres des choses évidemment mais si tu tournes deux ans, tu perds 24 mois de création. Nous sommes fiers de Rats. Ce n’est cependant qu’une étape sur notre longue route. »

JULIEN BROQUET

Le site de Balthazar


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