Pitcho a rendez-vous avec son futur

A l’heure qu’il est, le rappeur de Schaerbeek doit être en train de répéter avec ses musiciens. Si l’album #RDVAF (lisez « Rendez-vous avec le futur ») fait la part belle aux programmations, c’est accompagné par un trio que Pitcho montera sur la scène du Bozar pour évoquer les suites de sa Crise de nègre, son disque précédent.

Au fil de tes projets, y compris théâtraux, as-tu le sentiment de drainer un public plus large que celui qu’on verrait suivre un rappeur ?

Je sais en tout cas que mon public évolue, parce que musicalement, sans le faire exprès, j’ai toujours plus ou moins été là où on ne m’attendait pas. Mon premier album, avec des morceaux comme « Schaerbeek » ou « Ma part du ghetto », s’adressait vraiment à un public « urbain ». Avec Crise de nègre, je suis revenu à quelque chose d’un peu plus intimiste, qui pouvait s’adresser à des gens n’aimant que l’Afrique par exemple, ou le texte. Ici, #RDVAF est beaucoup, beaucoup plus ouvert que les deux précédents disques.

Et ton public est mélangé…

Il se mélange tout le temps, c’est clair. Et c’est ça qui est intéressant : ce côté « les gens me découvrent ». Mais de là à considérer qu’il est plus ou moins large, je ne sais pas… En tout cas, ma démarche a toujours été de me dire que le monde ne s’arrête pas au coin de ma rue, et la culture ne s’arrête pas à la culture hip hop. J’assume clairement cette culture hip hop, c’est ma base, mais elle me sert à aller plus loin.

Travailler avec des programmations permet aussi de terminer plus vite un album ?

Personnellement, je vois les choses comme ceci : dans ce milieu urbain, nous avons une connaissance de la musique, mais sur le support. Nous écoutons beaucoup de soul, de jazz, tout ça, mais la pratique vient du terrain. Rares sont les gens autour de nous qui étaient musiciens, du moins, c’est ainsi que je l’ai vécu quand j’ai évolué dans la culture hip hop. Nous n’avons pas cette approche de la démo, qui se fait avec des musiciens, avec lesquels on essaie des choses, etc. C’est un peu à l’image de notre société d’aujourd’hui, individualiste : je t’envoie un son, tu le reçois sur ton ordinateur, tu le travailles chez toi…

A propos du son de cet album : même quand les thèmes sont un peu plus graves, il reste chaleureux !

C’est voulu ! Je suis un amoureux de la soul, j’aime quand la musique touche l’âme. J’aime bien la chaleur, quand les gens sont portés, en tout cas dans ce que j’essaie de faire. Parce qu’au final, même si c’est grave, ce n’est pas dramatique. Il y a toujours une possibilité, une porte de sortie. Et cette porte de sortie, elle n’est pas forcément dans le texte, elle peut être dans la musique. C’est intéressant de créer cette « ambiguïté ». Dans « Redescends sur terre » par exemple, les propos sont peut-être très lourds, très noirs, mais en même temps, ce sont des gosses qui le chantent. Ça sonne presque comme une comptine. J’aime bien jouer avec cette espèce d’ambivalence : on bouge la tête, on regarde le clip, c’est sympa, mais à un moment donné, au moment où on s’arrête, on se dit : « Tiens, ce n’est pas si joyeux que ça, finalement, ce qu’il raconte. » Parce que pour moi, le monde n’est pas un monde de bisounours. Et en même temps, ce n’est pas non plus un monde où on est tous des victimes, où il faut se lever le matin et faire toute la journée en pleurant.

 

L’album #RDVAF parle-t-il autant de l’Afrique que Crise de nègre ?
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Propos recueillis par Didier Stiers
(Photo : Quentin Bruno)

Pitcho en concert au Bozar le jeudi 17 janvier.
Les infos pratiques sur le Mad.

Didier Stiers

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