Daniel Darc a rejoint ses anges

L’ancien chanteur de Taxi Girl a vécu toute sa vie d’excès. Il laisse une œuvre imposante où la poésie le disputait avec des mélodies habitées, entre punk rageur et tendresse sur le fil de la lame. PAR THIERRY COLJON.

Il y a dix ans, l’annonce du décès inopiné de Daniel Darc n’aurait étonné personne. Mais depuis son grand retour en 2004 avec le magistral “Crèvecoeur”, définitivement son meilleur album, il s’était assagi. Surtout du côté des drogues fortes dont l’artiste a longtemps abusé. Bien sûr qu’il avait continué à boire. Lors de nos dernières rencontres, ce besoin d’alcool pour pouvoir tenir toute une journée d’interviews enchaînées, était quasi maladif. C’était vital pour cet être d’une fragilité immense. Daniel, c’était un ange fracassé aux vicissitudes de la vie. Imperméable au succès comme aux honneurs, il traînait avec lui le mal-être des grands poètes.

Né Daniel Rozoum le 20 mai 1959, ce Parisien n’a pas 20 ans quand, élève au lycée Balzac, il rejoint le groupe punk Taxi Girl, aux côtés d’un certain Mirwais qui, longtemps plus tard, deviendra le producteur de Madonna. Taxi Girl, dont il devient le chanteur, n’a pas de points de comparaison en France. Très marqué par le mouvement punk, il en donne une version sépulcrale avec ses allures de faux dandy livrant des textes coupés au couteau. Sa voix traînante et sa diction souvent pâteuse ne seront rien à côté de certains gestes qui ont marqué. Comme ce soir de concert, au Palace, en première partie des Talking Heads, en novembre 1979, où il va jusqu’à s’ouvrir les veines dans le seul but de réveiller le public parisien. L’aventure Taxi Girl s’arrête en 1986. Le batteur Pierre Wolfsohn est mort d’une overdose en juillet 1981 et les survivants s’en vont tenter une carrière solo. Celle de Daniel Darc s’ouvrira avec un premier album solo réalisé avec Jacno. Sous influence divine ne trahit pas Taxi Girl. On y trouve même la reprise du «Comment te dire adieu» de Gainsbourg, son modèle.

Les icônes du rock – comme de la poésie – c’est son truc, Daniel. Après une collaboration réussie avec Bill Pritchard, il livre l’album “Nijinski”. Il écrit des articles, publie des nouvelles, parle d’un roman… Mais, lentement et sûrement, il s’enfonce dans ses problèmes de drogue dont il mettra un temps fou à se débarrasser. En 2004, sa résurrection (sur un label d’Universal qui y croit) a laissé des traces. Ses bras entièrement tatoués de noir font froid dans le dos. La souffrance habite son univers onirique et littéraire et sa conversion au catholicisme lui servira de planche de salut. “Amours suprêmes” en 2008 et “La taille de mon âme”, en 2011, seront les témoins de cette lente stabilisation d’un état malgré tout fragile. Daniel était un hypersensible. Être adorable doué pour l’autodestruction, il nous a livré des textes d’une beauté cinglante. Il reste à rééditer une compilation de cette sève qui jaillissait en lui d’une façon quasi mystique. Sur scène, il nous a tout donné: le meilleur comme le pire quand il tenait à peine debout. Ses derniers temps, ses concerts étaient de toute beauté. C’était comme si sa vie en dépendait. Planqué derrière ses lunettes noires, sa gestuelle était celle d’un ange qui eut bien du mal à trouver sa place parmi nous. On n’oubliera jamais ce personnage hors du commun et d’un autre temps.

THIERRY COLJON





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7 commentaires

  1. HSD

    28 février 2013 à 21 h 44 min

    Holy shit dude! Not him!

  2. BernardG

    28 février 2013 à 22 h 18 min

    “Je me souviens, je me rappelle / une croix trop lourde pour moi /un bois qui pèse et m’écartèle / pourtant comme j’aimais cette croix” A Dieu à l’ange glacé, parmi les plus grands orfèvres de la chanson française.

  3. Claude guimin

    1 mars 2013 à 0 h 03 min

    Que dire? Sinon que j’ai eu la chance de suivre ce météorite depuis son épopée Taxi Girl. Poète illuminé qui a sombré rattrapé par ses addictions. Son destin montre si besoin est qu’il ne faut jamais s’arrêter en chemin et qu’il faut vivre jusqu’au bout. Garde le vent par quart arrière!

  4. Thomas

    1 mars 2013 à 1 h 53 min

    Merci Thierry pour ce bel hommage…
    Je pense à lui ce soir …
    Qu’il ait rejoint les anges, qui n’existent pas…

  5. Marcel

    1 mars 2013 à 10 h 15 min

    Triste nouvelle, ses textes m’ont accompagné dans les plus tristes moments de ma vie et j’espère pour lui qu’il ira maintenant au paradis, puisqu’il a vécu sa vie en enfer.

  6. Laure

    1 mars 2013 à 11 h 01 min

    pleine d’émotion, je lis cet article qui rend bien la grandeur de ce Monsieur… Je lui souhaite bon vent dans son coin de paradis tant attendu…La larme à l’oeuil, je garderai de lui le souvenir des derniers concerts d’où l’on ressortait malgré tout heureux et grandi. Encore Merci Daniel Darc pour toute cette humanité.

  7. Tschingis

    10 mars 2013 à 19 h 18 min

    Le journaliste qui a écrit ce néanmoins très bel article à commis une erreur de taille,
    Daniel Darc, d’origine juive ne s’est pas converti au catholicisme, mais au protestantisme réformé.

    Merci de bien vouloir rectifier.

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