Rokia, l’enfant de Bamako, devenue grande Malienne

Rokia TraorŽ

Rokia Traoré publie « Beautiful Africa », son cinquième album qu’a produit, à le disque Bristol, John Parish.

On a beaucoup parlé du Mali en guerre ces dernières semaines. Bamako, la capitale où vivent la plupart des artistes maliens connus chez nous, se trouve au sud-ouest du pays et a été épargnée par les combats.

Installée à Amiens en France depuis la naissance de son fils, Rokia retourne régulièrement à Bamako où elle a créé l’association Passerelle et où elle tient à préserver ses liens familiaux. Mais attention, si son disque s’appelle Beautiful Africa, la chanteuse malienne tient tout de suite à mettre les points sur les i : « Je tenais à ce que mon fils connaisse Bamako. Je n’aime pas le terme chanteuse engagée. On est tous engagés ! On croit tous en quelque chose. Parler de son engagement, c’est ignorer celui des autres. »

« Moi, je fais partie d’une génération africaine d’enfants de parents qui ont voulu une autre vie pour nous. Ils sont les premiers de l’Afrique libre. Cette double culture a été difficile à gérer, surtout pour les femmes qui n’étaient pas toujours bien vues quand elles voulaient aller à l’école ou étaient contre l’excision pour leurs filles. Ma mère et beaucoup d’autres sont des femmes engagées et nous ont donné la possibilité d’être libres. Pas nécessairement à l’occidentale. Je fais un minimum de choses mais rien de spécial. Mes parents ont toujours assumé et soutenu mes choix. »

Diplomate qui aurait pu profiter du système en restant à l’étranger, le père de Rokia est rentré à Bamako pour vivre modestement. A Bamako, Rokia a tenu à monter le projet Passerelle : « Il s’agit de contribuer au développement des arts de la scène. On forme des musiciens au travers de concours et de stages. Certains m’accompagnent en tournée. »

Victoire de la Musique en 2009 pour son précédent et quatrième album Tchamantché, Rokia, forte de ce succès en francophonie, a ensuite été sollicitée sur le marché anglo-saxon. En 2011, elle participait à la pièce Desdemona, sur une mise en scène de Peter Sellars et des textes de Toni Morrison. Elle l’a présentée à Vienne, à New York et au Barbican de Londres où on lui offre la possibilité de monter le projet Donguili – Donke – Damou (Chante – Danse – Rêve) auquel ont participé John Parish et John Paul Jones de Led Zeppelin. Le premier devient le producteur de son nouvel album et le second, elle le retrouve dans la tournée Africa Express de Damon Albarn, aux côtés de Paul McCartney notamment : « Peter Sellars, j’avais déjà fait sa connaissance sur un premier projet, en 2006. Pour moi, c’était comme retourner à la fac (NDLR : Rokia a étudié la sociologie à l’ULB !). John Paul Jones aussi m’a beaucoup appris. Ce sont des gens humbles et curieux. John Parish a compris mon langage sans le transformer. Il a autant appris que moi car c’est la première fois qu’il produisait de la musique africaine. Damon Albarn, j’ai découvert sa personnalité sur scène. Il a noué une amitié sincère avec un ancien prof à moi. Il connaît très bien le Mali et sa musique. »

Guerre et Touaregs

D’elle-même, sans qu’on ne lui pose la question, Rokia revient sur la guerre au Mali et l’intervention française : « Si la France n’était pas intervenue, tout le pays serait entre les mains des rebelles manipulés par les islamistes. Si Bamako n’a pas été occupée, c’est grâce à l’armée française, il n’y a aucun doute là-dessus. Le Mali et son armée ont besoin d’être réformés bien sûr. La situation est très complexe. C’est une vieille rébellion. Mais qu’on arrête d’écrire qu’il y a eu un génocide de Touaregs ou que la musique touarègue est une musique de révoltés. Je ne citerai pas de noms mais je connais beaucoup de musiciens touaregs qui sont nés dans le même quartier de Bamako que moi et ne sont pas les guerriers qu’ils prétendent être. J’ai horreur des raccourcis des médias occidentaux alors qu’au Mali, la presse est corrompue. Le Mali a besoin de paix pour le moment. J’espère seulement que le Mali n’aura pas une dette ad vitam æternam envers la France. Il n’est pas besoin de fragiliser le président actuel. »

Il n’y a pas à dire : Rokia n’a pas sa langue en poche !

Rokia Traoré sera au festival Esperanzah avant, le 24 octobre, le Festival des Libertés, et Voix de Femmes, à Liège le 25/10. Infos : www.rokiatraore.net

Thierry Coljon

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