Les petits labels résistent à la crise

L’industrie du disque est en crise, mais pas encore morte. Des petits labels survivent là où les majors disparaissent. Mandaï, JauneOrange et Humpty Dumpty offrent quelques idées pour s’adapter aux diminutions de ventes de disques.

Ce n’est pas un scoop, l’industrie du disque est en crise. Les ventes ne cessent de chuter, les majors disparaissent les unes après les autres (dernière victime, EMI), tout comme les chaînes de mégastores (Virgin, HMV). Mort, le disque ?

Pas si vite ! L’an dernier en Belgique, il s’est encore vendu 80 % de musique sous forme de CD et le vinyle fait son retour. Quelques irréductibles qui ont fait du disque leur activité de cœur résistent à la grande déferlante. Des labels indépendants qui tiennent debout. Pourquoi ? Comment ?

« Le côté artisanal peut encore séduire, veut croire JF de JauneOrange. Il y a encore pleins de gens passionnés qui sont prêts à investir dans les projets qui les touchent. Les majors étaient habituées à vendre 30 000 exemplaires d’un disque. Ce n’est plus possible aujourd’hui ». Les règles du jeu ont changé, aux maisons de disques de s’adapter.

Comment ? Nous avons interrogé les responsables de trois structures indépendantes qui ont donné des pistes : 1. Un label doit désormais multiplier ses activités, les ventes de disques seules ne suffisant plus ; 2. Les disques se vendent de plus en plus aux concerts et via internet ; 3. Personnaliser l’offre (un style, une scène locale), c’est trouver son public ; 4. Et avant tout, rester modeste : « ça durera le temps que ça durera ! ».

3 questions à…

1. Comment ressentez-vous la crise de l’industrie musicale ?
2. Vendre des disques a-t-il encore un sens à l’heure du numérique ?
3. Comment survivez-vous ?

Mandaï (Namur)
Distribution, promo. 10 ans. (Acid Mother Temple, Duflan Duflan, Peter Kernel, Three Second Kiss)

1. « On n’a jamais ressenti la crise du secteur, au contraire on vend de plus en plus de disques, même si ça reste marginal (un peu moins de 1000 cette année). On s’adresse à un public responsable de ce côté-là, des fans… C’est pas le public lambda, c’est un public averti. Les disquaires achètent très peu chez nous, on vend surtout via internet ».

2. « On n’est pas un label, mais un distributeur, le disque est donc de facto au centre de notre travail. Mais oui, il reste un public. C’est un public qui est attaché au disque, qui a souvent connu les vinyles et les CD’s. Pour eux, l’objet reste important ».

3. « On n’a jamais fait d’argent. C’est du pur bénévolat. Au départ, on voulait dénicher les disques de labels introuvables en Belgique. C’est comme ça que ça a commencé, ça fait dix ans que ça dure ».

JauneOrange (Liège)
Label, booking, promo. 12 ans. (The Experimental Tropic Blues Band, MLCD, Dan San)

1. « On a l’impression de pouvoir rentrer dans une brèche mais on ressent la crise via les disquaires qui sont moins nombreux, prennent moins de disques. En même temps, on n’a pas connu l’époque dorée… Et puis, on parle de crise du disque, mais il n’y a jamais eu autant de disques qui sortent ».

2. « Oui, je reste un amoureux de l’objet. Je suis peut-être de la vieille école, ceci-dit. Mais je pense qu’avec toutes les sorties qu’il y a, l’objet disque fait encore la différence parce que sinon, ne fût-ce qu’au niveau presse, c’est l’inondation ».

3. « Il y a des disques qui ramènent de l’argent. Avec JO, on fait aussi de la promo, du booking… Donc, si le disque ne se vend pas, on peut se refaire sur autre chose. Les concerts restent le domaine le plus actif. Pour pleins de projets, si tu ne tournes pas, t’es mort ».

Humpty Dumpty (Bruxelles)
Label. 6 ans. (Mièle, Carl et les Hommes-Boîtes, K-Branding, V.O., Françoiz Breut)

1. « On sent la crise via les disquaires qui sont de plus en plus frileux à acheter des découvertes. Et puis, au niveau des concerts, ça manque de petites structures. Or, les concerts, ça reste le meilleur magasin de disques ».

2. « Oui, parce que le disque reste la carte de visite d’un groupe. Sans disque, il n’y a rien. On vend encore largement plus de CD’s que de fichiers numériques. Donc il y a toujours un public, même s’il est restreint ».

3. « Globalement, on s’en sort plus ou moins, ça dépend des sorties. On va quand même être obligé de se lancer dans l’édition, parce que les ventes de disques seules, ce n’est pas assez pour survivre. Il faut aller chercher l’argent ailleurs, sur les droits d’auteur, sur le live… Pour les petits labels, ce qui fonctionne, c’est avoir une bonne distribution et vendre un peu partout, parce que la Belgique est un trop petit marché ».

DIDIER ZACHARIE

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1 commentaire

  1. V.

    4 avril 2013 à 20 h 26 min

    La “crise” la “crise” ? On n’a jamais diffusé et écouté autant de musique partout et tout le temps… certes toute cette musique n’est plus achetée comme auparavant, mais malgré tout avec le nombre colossal de musique écoutée… je vois pas trop où est la crise. Les majors ne semblent pas comprendre que le monde a évolué et essaient encore et toujours d’arnaquer leurs clients (genre vendre une compile de Best of + un titre “inédit” – même sur iTunes avec la mention “Avec l’album” => obligeant le collectionneur à racheter les mêmes chansons + l’inédit ou télécharger le fameux titre quelque part).

    Spotify est la bonne solution, pourtant… les maisons de disques veulent encore beaucoup plus de bénefs et mettent plutôt des bâtons dans les roues de ce service parfait et pas cher

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