Ozark Henry se retrouve en bord de mer

Ozark Henry revient à son style propre. Avec un nouvel album réalisé quasiment seul à la maison.

Le Courtraisien Piet Goddaer s’est installé à la côte belge et c’est dorénavant là, dans son studio, qu’il réalise ses albums. Après la bande originale du film de Stéphane Strecker, Le monde nous appartient, il y a enregistré, quasiment seul, le nouvel et septième album d’Ozark Henry, Stay Gold.

Et comme ça, tu vis dorénavant à Oostduinkerke ?

Depuis un an, oui. Je passe beaucoup de temps à la mer depuis que j’ai 6 ans. Mes parents adoraient la côte belge. Je connais tous les coins, mieux que Courtrai. J’ai trouvé une maison à acheter à un prix normal, c’était l’occasion. Une opportunité. J’y ai installé mon studio. Il est plus petit mais j’y ai plus de lumière. Il y a une bonne ambiance.

« Hvereki » avait été enregistré entre New York, Berlin et la Sierra Nevada. Avec un grand producteur, Youth. C’était un peu comme un carnet de voyage. Ici, on est à l’opposé. C’est plus calme, avec une grande sérénité…

Le point de départ de ce disque était justement une réflexion par rapport au précédent. J’aime « Hvereki » mais je trouve qu’y manquait un peu mon identité musicale. Du coup, je me suis posé la question : c’est quoi mon identité propre ? Il faut se remettre en question tout le temps. Au jeu des comparaisons, on me parle parfois d’artistes sans liaison avec moi.

Dans « Stay Gold », il y a des ambiances de films…

Le monde nous appartient a été très agréable à réaliser car avec Stéphane, j’ai beaucoup d’affinités, j’ai vraiment l’impression d’avoir trouvé un « soulmate ». Dans le film, je suis la voix de Stéphane, l’acteur musical. C’est unique pour moi. Je ne me considère pas pour autant comme un compositeur de films. On forme une vraie paire, comme Lynch et Badalamenti.

Pourquoi « Stay Gold » ?

C’est une expression anglaise qui vient de Stay Gold Ponyboy Stay Gold qu’on retrouve dans le livre et le film The Outsiders. À la fin, quand il meurt, c’est ce que Johnny dit à Ponyboy : « Stay innocent, stay true to yourself, stay uncorrupted. » Pour moi, c’est la même chose avec ce disque : j’ai recherché mon identité musicale. D’où vient-elle ? J’ai tenté de faire la musique naturellement, sans être influencé par ce qui existe. C’est pour ça que j’ai tout fait moi-même, tous les instruments, les arrangements, la production. Tout à la maison, avec ce qui s’y trouvait. Durant six albums, j’ai été en quête de collaborations. Hvereki était le sommet avec beaucoup de musiciens, mon rôle n’était que celui de chanteur et de compositeur. Pour le plaisir d’être dans une équipe. C’était chouette mais ce groupe, ce n’était pas moi.

Qui est cette chanteuse qui traverse tout l’album ?

Amaryllis Uitterlinden. C’est une actrice, c’est la fille de Ilse Uitterlinden. Je la connais depuis 2002. J’ai fait un essai avec elle pour un titre d’une série télé. On est restés en contact. Pour ce disque, j’avais en tête une deuxième voix, comme je l’ai déjà fait pour Birthmarks et The Sailor and The Sea. Mais en allant plus loin. Avec des dialogues, des commentaires… Sa voix colle parfaitement à mon univers. Je l’avais invitée à chanter « Indian Summer » au Best Of Belgium à Bruxelles. Et maintenant elle fait partie intégrante du projet et du groupe, elle fera toute la tournée. Elle jouera aussi du clavier.

Pourquoi ce deuxième CD d’instrumentaux et de « radio edits » ?

Je trouvais certains morceaux intéressants comme instrumentaux et les « radio edits », c’est parce que je n’ai pas voulu faire de compromis avec des formats radios. « I’m Your Sacrifice » et « If You Leave » font plus de cinq minutes. Mais je comprends que ce n’est pas possible pour les radios. Donc j’ai fait des versions pour les radios. En tant que fan, j’aurais aimé avoir les deux versions. Je réponds à toutes les demandes comme ça.

« Plaudite Amici Comedia Finita Est », c’est de l’italien et « Juguetes Del Viento », de l’espagnol…

Oui. « Plaudite… » est la phrase qui clôt les pièces de commedia dell’arte. Et c’est ce qu’a dit Beethoven sur son lit de mort. « Juguetes Del Viento » est le nom d’une série de sculptures de César Manrique sur l’île de Lanzarote où je vais au moins une fois par an faire du vélo avec des amis. On les trouve sur sept ronds-points. Ce sont les « jouets du vent ». C’est une image qui me plaît quand je grimpe sur cette île volcanique. Manrique s’est tué en voiture sur un rond-point avec une de ses sculptures. Et ce n’était pas un suicide.

Si l’album parle de la mort, avec « Death And The Maiden » aussi, il n’est pas morbide pour autant, mais plutôt serein…

C’est un album qui fait honneur à la vie dont le seul sens est la mort. Quand t’es conscient de la mort, ta vie a un goût plus intense. C’est ça, l’âme du disque : profitez du présent car la mort est là. Le disque est grave et léger à la fois. Dans le sens aérien… J’aimerais qu’en l’écoutant, tu te trouves dans l’état dans lequel tu te trouves après le crash d’un avion dont tu es le seul survivant. T’es indemne et il fait beau.

C’est le disque d’un homme heureux…

J’ai deux petits enfants à la maison, ils sont toujours là. Ils entrent quand j’enregistre… « Chut, papa enregistre ! »… J’ai juste cherché un naturel sans me poser des questions sur le pourquoi ou le comment… En toute simplicité.

« I’m Your Sacrifice », c’est une belle phrase…

Dans un couple, si quelque chose ne marche pas, on voit toujours la cause ailleurs. La chanson dit « C’est la vie ».

Et « It Was A Queer Sultry Summer » ?

C’est la phrase d’ouverture d’un livre de Sylvia Plath (1932-1963), The Bell Jar, roman écrit sous le pseudonyme de Victoria Lucas. Elle l’a écrit avant de se suicider. La phrase complète est : « It was a queer sultry summer, the day the Rosenbergs were executed. » C’était un rare été chaud et moite. La chanson raconte qu’Ethel et Julius Rosenberg étaient des intellectuels idéalistes défendant leur cause au point de perdre la vie. Ils étaient convaincus que les Etats-Unis et les Soviétiques étaient des alliés face aux nazis. Ce n’était pas des espions. Ils étaient naïfs. J’ai pensé à ce sujet après le Printemps arabe, avec tous ces politiciens européens qui disaient : « Je vous félicite pour ce pas vers la démocratie. » Comme si tous les problèmes étaient résolus. Un nouveau monstre a tué l’ancien. Pour quelle démocratie ? La même qui a tué les Rosenberg ? Les Occidentaux me font penser à l’idéalisme des Rosenberg.

Tu préfères dorénavant produire toi-même tes disques sur ton propre label, Home Henry…

Oui, depuis 2007. Avec une licence belge et luxembourgeoise avec EMI. Je préfère parce qu’avant Sony France ou Hollande, ma musique ne les intéressait pas. Ils trouvaient ça trop compliqué, trop intellectuel… Parfois ils ne sortaient même pas le disque. T’es bloqué du coup. Mais quand je tournais, je vendais 6.000 disques dans la salle. C’est plus de travail pour moi de trouver de nouveaux partenaires différents pour chaque pays. « I’m Your Sacrifice », je l’ai mis mondialement en digital. Je fais ça avec une firme française. Je sais qui a acheté et où. Je suis mon propre éditeur. Avec Facebook aussi, t’as des statistiques… En 2006, j’ai été l’artiste belge le plus téléchargé. J’ai une enquête qui me permet de savoir qui me suit sur internet. Je pensais que la Belgique serait au mois 60 %. En fait, ce n’est même pas 40 %. Aux Etats-Unis, 10 % alors que je n’y ai rien fait. Et je peux savoir où aux Etats-Unis. Je sais où m’investir… Je me vois un peu comme un chef d’entreprise. Ce sont des responsabilités vis-à-vis d’une dizaine de personnes.

On te verra aux festivals d’été…

J’aimerais refaire les Francofolies de Spa. Werchter, je l’ai fait quatre fois et Pukkelpop sept fois.

 

Ozark Henry sera le 23 mai à l’AB et le 28 mai au Vooruit de Gand.

Notre critique * * * de l’album


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