Les Vampire Weekend descendent sur la ville

vampiressLe band new-yorkais nous revient transformé avec un disque moins joyeux et plus brumeux que les précédents.

Les New-Yorkais de Vampire Weekend mûrissent plutôt bien. Avec ce troisième album, ils se défont définitivement de leur image de « college band » joyeux et dansant pour livrer une musique plus sophistiquée, aux teintes variées, aux thèmes plus complexes. Ezra Koening, chanteur et auteur des textes, et Rostam Batmanglij, claviériste et guitariste, président toujours à la composition. Nous avons rencontré Ezra pour nous parler de ce nouveau disque.

Peut-on dire que « Modern Vampires Of The City » est typiquement un troisième album, comme « Contra » était un vrai deuxième, proche du premier. Peut-on ici parler d’une rupture ?

D’un nouveau départ, oui ! J’aime penser que chaque album est un chapitre différent d’un livre. C’est la meilleure métaphore que je puisse trouver. C’est comme le troisième chapitre, avec des informations qu’on retrouve dans le premier. J’aime penser qu’ils vont tous ensemble. J’ai parlé d’une trilogie, sans savoir pourquoi. Sinon que je veille à ce que la tranche du CD soit identique graphiquement. On déteste se répéter, donc oui, en faisant ce disque, on pensait aux deux précédents. On croit vraiment que si vous avez une bonne idée, vous la réalisez du mieux possible. Vous ne trahissez pas cette idée en cherchant à refaire une seconde version de ce qui a déjà été fait. Chaque album est un nouveau territoire, spécialement pour celui-ci. Il y a tant de choses qu’on a entendues ailleurs, chez les autres groupes ou même chez nous. C’est pour ça qu’on a testé des sons qu’on n’a pas beaucoup utilisés jusqu’ici : l’orgue, le piano… Il y a six ans, j’avais une idée de riffs de guitare, avec un son très haut, à la fois un peu punky et africain. Je suis content de ce qui a découlé de cela, « A-Punk », « Cousins »… On est encore heureux de les jouer en concert mais je ne veux vraiment pas en faire une version 2.0 car ce serait pire. Je n’ai jamais vu un groupe se répéter et avoir du succès. Ce n’est pas qu’on soit courageux mais il n’y a pas d’autres options pour nous.

Vous aviez la même opinion que Rostam sur ce que devait être ce disque ?

On est très différents mais on a aussi une parfaite ressemblance sur certaines idées musicales. On a la même opinion sur ce qui est cool ou organique. On aime les mêmes instruments. On a les mêmes envies de tenter d’insuffler de nouvelles sonorités, ou d’utiliser l’électronique. Nos idées peuvent être différentes mais les goûts sont les mêmes.

Peut-on dire que le sujet principal de ce disque est New York City ?

Oui et en même temps, pour nous, n’importe quel endroit, excepté New York, est exotique. La Californie est exotique, la Belgique est exotique… NY est pour moi l’endroit de l’histoire, de la famille, de choses personnelles. Notre NY est vidéo syncrétique. Et en même temps, je me repenche sur cette ville avec de nouveaux yeux.

Où habitez-vous ?

Downtown Manhattan. Je suis content d’avoir quitté Brooklyn. Rostam vit de l’autre côté de la Rivière. Les autres vivent à Brooklyn mais j’avais besoin de bouger. Je suis né Upper West Side et ma famille a déménagé au New Jersey. J’ai grandi en banlieue… Le centre de la ville dans mon imagination a toujours été dans le bas de Manhattan. J’aime vivre tout près des cinémas et du métro. Je n’ai rien contre Brooklyn mais Manhattan répond davantage à mon imaginaire.

La pochette montre un New York très mystérieux…

Oui, quand Rostam m’a montré cette photo, j’ai tout de suite aimé son côté mystique.

Qui sont les « Modern Vampires of the City » ?

Beaucoup de gens. Ça m’a été inspiré par des paroles de dancehall. J’ai toujours été attiré par les textes reggae, le rastafarisme, les métaphores puissantes avec Zion et Babylone. J’ai remarqué que dans les chansons reggae, la plupart des plus grands auteurs ont utilisé la métaphore du vampire. Il y a Peter Tosh avec « Vampire ». Ma chanson préférée de Bob Marley s’intitule « Babylone System » où il parle de vampires of the empire. Comme les gens – banquiers, dirigeants, avocats – qui sucent le sang des bonnes personnes… On est critiques mais aussi autocritiques. Puisque nous sommes aussi des Vampire Weekend. Et qu’on participe à un système, à la société. On est tous des vampires modernes finalement, ça me semble plus honnête de dire ça.

Vous aimez soigner des textes qui ont de la profondeur. Ça devient rare dans le business…

On veut que les textes suivent la musique, qu’ils nous surprennent autant que la musique. J’ai grandi dans un environnement où tout le monde écoutait du rap. Plus que du rock d’ailleurs. J’aime les textes à plusieurs significations, avec des références, des jeux de mots… Ce genre de choses. Parfois, les gens ont l’impression que mes textes n’ont aucun sens mais ils en ont toujours un pour moi. Spécialement sur ce disque.

Ce disque est plus mature et donne de vous une image différente de celle du « college band » qui vous a collé à la peau tout un temps…

Oui, c’est vrai. Le succès de Vampire Weekend a changé beaucoup de choses. Ça a été tellement vite. On ne s’est jamais considérés comme un groupe de rock. J’avais un groupe de rap avant VW. C’est ça que je voulais faire au départ. Mais ça n’a pas été facile avec ma voix. Puis j’ai rencontré Rostam qui avait d’autres influences. On est donc devenu ce groupe de rock alternatif même si beaucoup, spécialement aux Etats-Unis, nous considèrent comme très mainstream. Pour les parents et leurs enfants. Qu’on retrouve de fait aux concerts. Sur YouTube, vous trouverez plein de gosses de 3 ou 4 ans dansant sur « A-Punk ». Qu’on retrouve aussi dans un jeu vidéo sur la danse. On nous a même demandé de faire un « A Punk 2 ». Bien sûr… c’est devenu une des meilleures ventes de jeux vidéo de tous les temps. J’aime l’idée de millions de gosses écoutant notre musique en jouant.

Ce disque est moins dansant…

Définitivement, oui. Il y a beaucoup de nouvelles atmosphères, plus mélancoliques. C’est naturel, on grandit… J’aime penser que nos deux premiers albums étaient le printemps et l’été, avec de la joie de vivre, du bonheur, les parties… Et celui-ci serait déjà plus hivernal. On contrôle la nature…

Qui serait votre modèle de carrière ?

J’ai toujours été fan de musique. Je m’intéresse aux biographies. Pour moi, les plus belles carrières sont les Beatles, les Clash, les Beastie Boys et Radiohead. Voilà mon Top 4. J’aime l’idée de changer, d’évoluer, tout en restant bon. Vous pouvez préférer un disque plutôt qu’un autre mais ils n’ont jamais fait de mauvais albums.

Concernant Radiohead, Johnny fait des musiques de film, Thom a une carrière parallèle… Et vous, imaginez-vous faire de la musique sans Rostam ?

Peut-être changerai-je d’avis dans le futur mais pour le moment, je n’en vois pas l’utilité. VW accueille toutes mes idées et celles-ci ne suffiraient pas sans groupe. Si je veux un morceau sans batterie, c’est possible dans VW, par exemple. Je peux trouver d’autres hobbies, d’autres formes artistiques hors de la musique. Mais musicalement, VW me comble pour le moment.

Êtes-vous intéressé par le cinéma ?

Pas comme acteur mais bien auteur ou réalisateur. J’aime raconter des histoires. J’ai fait un cameo dans Girls réalisé par une copine, j’étais très nerveux… Je ne pense pas que ce soit pour moi. Mais notre musique est très cinématographique, on aime quand notre musique est utilisée par des séries TV.

Dans cet album, on croise certains personnages : Hannah Hunt, Diane Young, Peter Hudson…

Hannah Hunt existe. On est allés au collège ensemble, je l’ai rencontrée aux débuts de VW. Elle était cool. J’ai toujours aimé son nom. Il sonne bien, comme une phrase. Le reste, je l’ai imaginé. Maintenant elle est la fiancée de Christopher Owens, l’ex-Girls. Drôle de coïncidence. Diane Young est un nom très répandu mais ça ne parle pas d’elles. Là aussi, c’est plus la sonorité qui m’a plu comme Die Young. « Hudson » parle de Peter Hudson, l’explorateur anglais qui a découvert la rivière qui porte son nom. J’ai toujours aimé son histoire, il a vendu Manhattan et puis il est allé au Canada où il a découvert une baie qui s’appelle aujourd’hui Hudson Bay. Il est mort là. C’est sa tombe. Ça m’amuse de penser que tous ces noms à New York proviennent de gens morts.

Vous avez enregistré à Los Angeles. Pourquoi cette infidélité à New York ?

On a enregistré toutes les basses et la batterie là-bas, dans ce vieux studio, Vox. Pour avoir ce vieux son. Mais comme on ne voulait pas sonner comme un vieux groupe, on a fait un mix avec les Pro Tools dans d’autres studios. On aime le mélange. On a écrit à New York et à Martha’s Vineyard, dans le Massachusetts une grande partie. Il y a moins de distraction à L.A. On devait quitter NY pour faire les parties les plus difficiles.

Et la tournée ?

Je ne suis pas fou des longues tournées mais suis excité à l’idée de jouer ces nouveaux morceaux, aussi bien en festivals (comme cet été) qu’en salle, en automne. Vous passez tant de temps sur un disque que vous voulez vraiment le défendre sur scène.

Thierry Coljon

Notre critique *** de l’album


commenter par facebook

répondre

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>