Carl Roosens sort de sa boîte

Caroline Lessire

Caroline Lessire

Parmi les découvertes à faire aux Nuits Botanique, pointons Carl et les Hommes-Boîtes, le projet musical du dessinateur, vidéaste et auteur Carl Roosens. Son deuxième album « La paroi de ton ventre » vient de sortir et c’est une petite réussite de type inclassable. A voir au Museum ce lundi.

Dessinateur (la pochette de l’album de BRNS), vidéaste, auteur et chanteur, Carl Roosens est de ces créateurs qui ne se satisfont pas d’un seul format mais aiment à mélanger les genres pour mieux illustrer leurs propos. Ainsi, Carl et les Hommes-Boîtes, projet musical du bonhomme, qui sort ces jours-ci son deuxième album « La Paroi de ton ventre », en présentation aux Nuits Botanique lundi1: «A la base, c’est vraiment un projet musical. Mais, on y a greffé une série de court-métrages d’animation qui verront le jour sur scène pour certains concerts et il y aura un site web qui sera relié à ça. Du coup, ça lie différentes activités qui m’occupent ». En gros, le texte, le son et l’image.

« Tout ça tourne au ridicule, je vous en prie au plus vite séparez-moi du monde! »

Comment définir ce disque qui navigue entre poésie déclamée par un Tom Waits de chez nous, rock noise et/ou expérimental et monde imagé? Et d’abord, c’est quoi un Homme-Boîte?

Il s’agit d’une référence à un livre du Japonais Kôbô Abé dans lequel le héros est persuadé que quelqu’un vit dans une des boîtes qui sont éparpillées en face de chez lui. « Et en fait, on découvre qu’il y a des gens complètement libres qui vivent comme ça, dans des boîtes, à observer sans interagir avec le monde. C’est intéressant de ne pas agir sur ce qu’on voit. Si on agit il y a quelque chose qui se perd. Observer, c’est aussi une manière pour moi de faire partie du monde, de rendre compte, selon ma vision, de ce qui s’y passe».

« Je cherche l’objet qui n’a pas de nom, pas de couleur, peut-être qu’il n’existe même pas… »

Au centre du projet, il y a le texte. L’outil premier, déclamé, envoyé comme un boxer amoché. Le style est personnel. Carl, la plupart du temps, part de corps, d’objets inanimés, l’observe sous toutes les coutures pour tenter d’en découvrir la substance, l’essence, l’émotion: « Oui, essayer de voir derrière ce truc sans vie, inanimé, ce qui grouille, c’est une démarche qui m’intéresse. La vie qu’il y a dans le corps humain, par exemple, comment on peut se promener dans un ventre… Ça vient du dessin, sans doute ».

A chaque mot son image, son petit monde qui se crée devant nous. « La Paroi de ton ventre », c’est le monde intérieur de Carl Roosens qui prend forme: « Mais j’aime bien que les gens y mettent un peu ce qu’ils veulent. C’est assez ouvert pour y mettre pleins de choses ».

« Tu poses ton oreille sur mon ventre, tu souris au plus sonore de mes gargouillis »

Autour des textes, il y a le son. Un son brut, noise, parfois expérimental, parfois franchement rock, un peu comme Tom Waits peut l’être. Le disque est le fruit d’un travail de groupe, notamment avec Noza: « Je ne suis pas musicien mais je bidouille, je participe à ma façon. Pour ce disque, on a jammé, cherché, et puis je suis arrivé avec mes textes que j’ai retravaillé en fonction ». En résulte une sonorité brute, quasi live et en même temps moderne… Qui fait un peu penser au son de l’album de BRNS dont Carl a dessiné la pochette: « C’est le même gars, Frédéric Alstadt, qui a masterisé nos disques. Il a voulu garder un son brut ».

On restera en famille aux Nuits Bota. BRNS sera de la fête, tout comme Castus, pour quelques titres partagés avec Carl dans un décor, mais « on restera en formule groupe. Brut. Les Hommes-Boîtes, c’est un projet musical avant tout ».

DIDIER ZACHARIE

Les 5 artistes qui ont nourri Carl et les Hommes-Boîtes:

Diane Arbus: « C’est une photographe qui prend en photos des gens qui sont a priori cachés, comme des travestis, des trisomiques, des nudistes… Son travail m’a beaucoup marqué »
Mendelson: « Pour ce mélange texte-musique d’une justesse incroyable. J’aurais pu mettre Dominique A aussi. Mendelson m’a surtout marqué par son réalisme, Dominique A par les sens différents que tu peux donner à une même chanson »
De Puta Madre: « Pour l’énergie et le côté ‘rien à foutre’ sur scène. Et c’est un truc 100% belge qui envoyait vraiment la sauce avec plein d’humour »
Brigitte Fontaine: « La découverte de ses premiers albums, ça a été un vrai choc »
Noza: « C’est le gars qui m’a poussé à faire de la musique »


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