Une musique qui concentre Frise et Méditerranée

nynkeLe label Crammed met le cap sur le nord des Pays-Bas. Il en revient avec de la poésie frisonne.

Une fois franchie la trentaine de kilomètres de l’Afsluitdijk, le barrage qui évite au nord des Pays-Bas de se retrouver noyé sous les crues, la Frise déroule à perte de vue son paysage sans vagues. Les petits villages proprets brisent la monotonie de l’infinie verdure, et la skyline de Leeuwarden, capitale de la province, prend du coup des allures futuristes.

Nynke a la Frise pour lieu de naissance et le frison pour langue maternelle. Ne lui dites pas que sa terre est plate. A l’heure d’écrire un quatrième album, les trois premiers ayant été conçus loin de la Hollande, l’artiste a voulu rester chez elle : « Les gens commençaient à me demander quelle allait être la prochaine destination où j’irais chercher l’inspiration. Chez les Inuits ? Un autre endroit étrange ? Je me suis dit qu’il était peut-être temps de bien regarder autour de moi. De me demander : “Que vois-je par la fenêtre ? Quelle musique le paysage suggère-t-il ? Quelles histoires me raconte-t-il ?” »

Alter en compte dix, de ces histoires qui disent la nature, l’amour, la maternité… Ou neuf si l’on exclut sa traduction de « I’m going in », texte de la défunte Lhasa.

« Avec cet album, j’ai en quelque sorte construit mon propre petit autel, avec les choses qui me sont proches, qui me sont chères. Je suis aussi devenue maman, entre-temps. Ce que j’ai vécu comme une transformation importante. » Et c’est là aussi une des significations du terme alter… Sur scène comme en photo, elle arbore les créations textiles de Claudy Jongstra dont la petite entreprise s’est fait un nom aux quatre coins du monde. Et qui doit sous peu honorer une commande émanant de The Edge en personne ! Aux Pays-Bas, les chroniqueurs ne manquent pas de rappeler que cette grande liane de 33 ans (Nynke Laverman, pas le guitariste de U2) a inventé un fado frison.

« Depuis mon premier album, je chante dans ma langue maternelle, rappelle-t-elle. C’est très important pour moi, de même que le son de ce langage, et la poésie qu’il dégage. J’ai cherché à faire en sorte que le son et les mots racontent la même histoire. Beaucoup de gens ne comprennent pas ce que je chante, mais je pense que la mélodie des mots dit aussi quelque chose de très important. »

Ces mots sont, le temps d’un texte, ceux du poète frison Tsjêbbe Hettinga, décédé en avril dernier. Alter n’a cela dit pas été entièrement réalisé aux Pays-Bas. L’album a été en partie enregistré à Madrid et produit par Javier Limon (Paco de Lucia, Montse Cortes…).

« Je l’ai découvert sur YouTube. Nous avons échangé des mails, il était aussi enthousiaste que moi. Il n’avait jamais entendu la langue, ça l’a rendu curieux. Travailler sur cet album à Madrid nous a beaucoup inspirés. Je suis très heureuse de la manière dont se mélangent les éléments frisons et tout ce côté plus méditerranéen, avec les rythmes du flamenco, la guitare… J’ai toujours aimé la musique méditerranéenne. La mélancolie qu’on y ressent me touche toujours. L’urgence aussi. »

Le 30 août au festival Boterhammen in het Park.

Notre critique *** de “Alter” et l’écoute intégrale sur Deezer.


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