Primavera (1) : l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours

c Laurent Boutefeu

c Laurent Boutefeu

Voilà, c’est reparti pour un tour, direction Barcelone. Depuis cinq ou six ans, le festival Primavera s’est imposé comme une sorte de convention du rock indé, un supermarché géant où faire ses courses rock pour l’année. Avec ce petit plus qui fait le succès du festival : une affiche über sexy (enfin, ça, et la plage au bout de la Rambla…)

Pour dire, le Primavera, c’est trois jours de débauche en bord de mer en compagnie de la moitié de l’Europe (et d’ailleurs), un empire de béton armé qui fait office de site (laid, mais laid!), six scènes dont les deux grandes sont à trois bornes l’une de l’autre, des têtes d’affiche à plus savoir qu’en foutre, du bruit partout, tout l’temps, du monde partout, tout l’temps, de la mauvaise bière à 3,5€,… et du plaisir d’en être ! Oui, môssieur, on va pas s’en cacher. On est parti par -5°C sous cette pluie fine et misérable qui ne cesse de nous tomber sur la tronche depuis six mois, y a pas à dire, on est bien mieux dans le Sud ! (On vous salue bien bas, d’ailleurs, braves gens !…Et puis en fait, il fait pas si bon qu’ça…)

Venga. Allons-y ! A peine arrivé sur le site, inconsciemment, la mer nous appelle, nous attire à elle, nous prend sur son sein… En tout cas, c’est là, en son bord, que Savages entame les hostilités, sur la scène Pitchfork. Savages, soit quatre anglaises en noir et bien burnées. Energie post-punk, Siouxsie & The Banshees copulant avec le premier Yeah Yeah Yeahs. Il fait beau et clair à 19h30, si bien que les sauvageries des Savages nous prennent un peu de court, mais l’énergie dégagée finit par faire son petit effet. Jusqu’à ce que la guitariste crashe son ampli et mette un quart d’heure à revenir. Pendant ce temps, basse et batterie font le boulot sur le même riff… La chanteuse, elle, si fringante et grande gueule en début de partie, se retrouve un peu à la rue sans trop savoir comment gérer… Dommage, tout ce flot d’énergie envoyé depuis vingt minutes retombe à plat comme un vieux faon. Restent les deux derniers titres qui retrouvent l’énergie primale. Sauvages, forcément.

c Laurent Boutefeu

c Laurent Boutefeu

Voilà. La première étape du marathon a été de bonne augure, on enchaîne sur ce qui sera l’activité principale du week-end. Marcher. Marcher pendant des plombes le long de ces couloirs de pierre et de béton sans fin… Là, une scène planquée en contrebas. En haut, arrêt pipi. Plus loin, bien plus loin, une roue géante annonce la scène Heineken, la grosse scène, gigantesque, où s’apprêtent à se tasser des dizaines de milliers de personnes… Pour l’heure, c’est Tame Impala qui s’y colle, alors que le jour baisse calmement.

Que retenir du set de Tame Impala ? 1. le visuel, sur écran géant en fond de scène, qui a bien compris que la tendance du moment, c’était le retour du fluo. Rigolez pas, ça donnait bien… Couleurs flashy, guitares psyché, collection printemps-été 2013 ; 2. ces gens ont écouté les Beatles. Beaucoup. Jusque dans l’intonation de la voix, on entend les Beatles. Des Beatles psyché 2.0. Tendance fluo, donc ; 3. Tame Impala, c’est aussi, peut-être, surtout, le syndrome de la demi-molle. On lance un riff hypnotique et bien coupé, décuplé par le jeu de lumière, c’est tentant, prenant, entraînant… Et puis ça s’arrête en pleine montée. Les Néo-Zélandais semblent effrayés de dépasser la structure des trois minutes trente. Et nous, on reste à moitié frustré. La demi-molle, donc…

Après, les choses commencent à déraper, il faut bien dire. On se retrouve sur une petite scène où une grue caméra nous agresse et le dénommé Chris Cohen tente de faire les choses avec élégance et en douceur. Oh, des personnes furent touchées par ces chansons douces. Nous, Chris Cohen, on a trouvé ça aussi sexy et entraînant que Mario Monti en chanteur de charme… Chacun son truc.

A ce moment, il fait nuit noire et la deuxième partie de soirée est bien entamée. Comprendre, le festivalier a pris ses aises, de ci de là, on rencontre des gens au pissoir, qui lancent dans un rire béat et abruti par le houblon ingurgité et la folie ambiante : « Uuuuh, where the fuck aaaaaare we !? » « A Barcelone, mon gars. Tu sors d’où ? » « Uh…uhuh…New Zealand, my man ! It’s fuckin’ crazy ! Fuckin’ amaaaaazing !Uhuhuh… Where the fuck aaaaaaare we ?! » Oh. On est loin de Dour… Pour l’instant. Mais on s’en rapproche. Tiens, là, des Liégeois ! (Les Liégeois sont partout. Partout!) Et un débat intense a désormais lieu. Qu’aller voir ? Deerhunter ou The Postal Service ? L’effet de groupe, la faim et la soif font qu’on s’en va suivre la masse pour The Postal Service. Et c’était une belle boulette !

Par contre, il paraît que Deerhunter a assuré. Bien noisy et crade comme il faut. Une version de ‘Hellicopter’ assez énorme et un groupe qui une fois de plus assure live. Voilà. C’est ce qu’on nous a dit. Nous, on sait pas, on était coincé avec 20 000 personnes pour voir des peï qui ressemblent effectivement à des postiers. Et on parle toujours bien musique, là…

Bon, il est grand temps de reprendre les choses en main. Il est minuit au meilleur festival d’Europe (en tout cas, en ce qui concerne l’affiche. Et l’endroit), et on a toujours pas vu un concert qui nous remue une demi-fesse. La grande idée de la soirée, c’est de se requinquer l’estomac avec des nouilles thaï et d’aller voir Grizzly Bear. Disons les choses ainsi: y a des groupes qu’aimeraient bien avoir l’air, mais qui ont pas l’air du tout. Grizzly Bear, lui, à l’air de rien… Mais vraiment de rien. Et pourtant, c’est juste parfait. A la fois rugueux et chill, des chansons, en apparence sans prétention, qui vous transportent et vous emmènent. C’est bien simple, si le rock indé se mord la queue, Grizzly Bear, lui, reste une petite perle sur le haut du panier. Intouchable. Et le groupe confirme par là même que l’album « Shields », sorti l’an dernier, est un de ces disques dont il n’y a rien, mais rien à jeter. L’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours. Concert de la première soirée.


Oh là ! On cause on cause, mais là-bas, de l’autre côté, loin, très loin, Phoenix monte sur scène. Phoenix, tête d’affiche de cette première soirée du Primavera qui… Pour tout dire, on était dubitatif. La faute au dernier album dont on ne sait par quel bout prendre tellement il y a de couches et de plans et de… On est pas rentré dedans. Sait pas. Qu’en est-il de Phoenix en 2013 ? Eh bien, Phoenix a confirmé qu’il était la tête d’affiche de la soirée. Prestation impeccable, un son, surtout, qu’on croirait tout droit sorti du studio. Des titres fédérateurs, intelligents et ambitieux, comme ce ‘Love Like Sunset’ assez dantesque qui nous transporte vers des hauteurs, et ce alors qu’on est à trois kilomètres de la scène… C’est pas rien ! Par contre, les titres du nouvel album ont du mal à passer. Difficile. On reste sur la même idée de départ. Dubitatif. En rappel, un son strident s’échappe des enceintes. On se demande d’où ça vient. Un ampli s’est à nouveau crashé ? Un hélicoptère est en train de s’écraser ? Sur l’écran, une tignasse blanche… Oh, c’est juste Jay Mascis de Dinosaur Jr (qui a joué quelques heures auparavant) libère l’électricité et tout autour de nous devient blanc et sourd. Belle conclusion pour cette première journée…



DIDIER ZACHARIE

En résumé:

Concert de la soirée: Grizzly Bear
Moments de la soirée: ‘Love Like Sunset’ de Phoenix et l’arrivée de Jay Mascis pour le final.
Non moment de la soirée: The Postal Service… Pas moyen, vraiment pas, désolé.
T°C: petite vingtaine de degrés, petit vent, froid caillasse à partir de minuit.

Journaliste lesoir.be

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4 commentaires

  1. Dolores

    26 mai 2013 à 22 h 56 min

    Tame Impala sont originaires d’Australie !!!!

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