Primavera (3) : après quoi, le déluge !

c Laurent Boutefeu

c Laurent Boutefeu

Le troisième jour. Ça aurait dû être l’apothéose, le grand rush final, l’extase… Thee Oh Sees, Nick Cave, My Bloody Valentine… C’était du pain bénit ! Mais non. Faut bien avouer, c’est parti en vrille, cette affaire…

ça avait pourtant bien commencé. A l’aube, c’est-à-dire à 19h30, Apparat présentait son album/BO de théâtre « Krieg und Frieden » à l’Auditorium, c’est-à-dire dans une salle bien classieuse au son d’une clarté rare. Pareil qu’au Cirque Royal durant les Nuits Bota, le Berlinois nous met une claque. Un son incroyable ! Des ambiances éthérées qui prennent le temps de vous happer. Apparat nous emmène en voyage et on se dit qu’il réalise avec ce disque et cette tournée ce que Sigur Ros ne parvient plus à faire depuis des années… Splendide.

Sur la route, on se pose un peu tout en apesanteur avec Dead Can Dance. La voix de Lisa Gerard, ces mélodies mystiques, ces montées vers les sommets de la sérénité. On est bien. Mais on ne reste pas, il y a à faire. Encore, toujours, dans tous les coins !

c Laurent Boutefeu

c Laurent Boutefeu

Thee Oh Sees, sur l’ATP, à trois plombes, c’est peut-être le concert du week-end, finalement. En fait, Thee Oh Sees est peut-être le seul groupe rock actuel à retrouver l’énergie originelle. Dès les premières mesures, on est pris dans le tourbillon. C’est serré, vif, tendu comme un string et toujours, un riff qui rend fou. Après trois mesures, ça pogote dans tous les sens. Pas un temps mort. Pas une baisse de régime. Un crescendo jusqu’au final ‘Minotaur’ qui termine l’affaire sur un rythme cool et sexy. Thee Oh Sees, m’sieurs dames. Un groupe en Thee.

En fait, c’est peut-être à ce moment-là que c’est parti en vrille. Parce que c’était pas prévu, cette affaire ! Et là, maintenant, du coup, on doit se presser et se presser, c’est jamais bon ! Nick Cave s’apprête à monter sur la grande scène et ça devait être le concert du festival, c’était obligé ! Et, j’va vous dire… C’était p’têt bien l’cas ! Mais nous, là, on est coincé à la place du con : dans le creux, là où le son prend du mou, loin, très loin… Du coup Nick Cave… Non, en fait, c’était vraiment bien. Il commence par les deux singles du dernier « Push The Sky Away », avec un grand ‘Jubilee Street’… Puis, ça a été best of, la totale, le charisme du gars, l’élégance, l’énergie… Il enchaîne ‘Mercy Seat’ et ‘Stagger Lee’… Déjà ! Mais en plus, ‘Stagger Lee’ ! Dans une version jazzy cette fois, final dans une fuerie mystique quand le Diable en personne vient chercher des noises à Stag’, mais il s’est arrêté là, le Diable, « coz’ Stag’ put four holes in his MOTHERFUCKIN’ HEAD! »… Non, quand c’est bien fait, c’est bien fait. Faut pas chercher. En fait, Nick Cave, c’était le meilleur concert du festival. Point-barre. Mais, nous, là, j’sais pas…



Après. Ben après, on a erré un moment à la recherche de vivres comme à travers le désert, sauf qu’il y avait des gens partout, ce qui est bien pire. C’est peu après que My Bloody Valentine est monté sur scène. Et alors là, parlez d’une apothéose ! Après trois jours de bruit et de débauche ! Ce type, Kevin Shields, sorte d’éternel ado entre deux âges et jeans-baskets… Il empoigne sa guitare, l’air de rien, tout discret qu’il est. Vingt-deux ans d’attente. « Hello », qu’il dit ! Et après quoi, le déluge ! Mais un déluge! Noé, la femme, les animaux, prenez tout, c’est le moment, y a tout qui pète! Un tsunami de distorsion, jamais entendu un truc pareil ! On l’a pas entendu sur le coup non plus, à dire vrai… ‘tention, c’était pas une question de sono ou quoique ce soit d’ordre technique. Non, c’est le son qu’il a voulu et cherché pendant vingt ans. Là-bas, sous les vagues en furie, dans les profondeurs de l’océan, on pointe une mélodie, un truc qui tient (malgré tout) l’oreille. Et c’est à peu près l’idée. On ressort de ce truc quelque peu hagard, c’est peu de le dire, et en faisant la même tête que Doc dans « Retour vers le Futur »… Par contre, comme conclusion d’un festival marathon, ce mur de bruit… On a beau avoir cherché, on n’a pas trouvé plus adéquat!


DIDIER ZACHARIE

En résumé :

Le concert du jour : Thee Oh Sees… Et Nick Cave, forcément. Comme toujours.
Moment de la soirée : Sur les écrans, des images des premiers rangs durant My Bloody Valentine… les oreilles à nu… (Aïe ! Mais quelle idée aussi !)
Non moment de la soirée : Faut jamais se presser en festival. C’était une erreur de se presser…
T°C : « Hello, Barcelona !… It’s fucking freezing ! » (Nick Cave)

Journaliste lesoir.be

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