The National : band of brothers

Frontstage - The National
Écouter de la musique qui baigne dans la mélancolie, voire des choses tristes, ce n’est pas forcément synonyme d’ennui abyssal. On en avait déjà eu un bel exemple avec Trouble will find me, le sixième album signé par The National voici quelques semaines. Hier soir, les Américains jouaient dans un Cirque Royal archiplein depuis des lunes : là aussi, il fut question de passion et non de morosité.

Certes, le groupe emmené par Matt Berninger ne se transforme pas du tout au tout entre chaque plaque et d’une tournée à l’autre. Mais depuis les débuts à Cincinnati en 99, c’est une image plutôt classe que véhicule The National : les sept ont toujours roulé sur la voie de la maturité sans se presser.

Du coup, sur la scène du Cirque, l’occupation de l’espace ne surprend plus. Bryce et Aaron Dessner, les jumeaux guitaristes encadrent leur chanteur. Scott le bassiste se tient légèrement en retrait, plus près de son frère assis à la batterie. Sur le côté, au fond, les deux cuivres sont toujours là pour les accompagner. Sur l’écran qui barre tout l’arrière, les images du live se mélangent aux couleurs et aux formes plus abstraites. Le concert est entamé depuis quelques minutes, avec « I should live in salt » extrait du récent album ; au premier pont, Matt a déjà saisi son verre de vin…

L’écran se teinte de rouge pour « Bloodbuzz Ohio », l’un des « tubes » d’un groupe qui n’a jusqu’ici jamais rien sacrifié aux règles de la musique commerciale. L’apport des cuivres fait mouche plus d’une fois : sur le final de « Mistaken for strangers » où ils évoquent une fanfare mourante, par la douceur qu’ils impriment à « Slipped », ou encore, sur le tout dernier titre de ce soir, « Vanderlyle crybaby geeks » livré comme souvent dans une version acoustique à filer des frissons.

The National donne ce mardi l’impression d’être plus dans son sujet que lors du concert de Forest en 2011. Bien sûr, la sonorisation met mieux en valeur cette mélancolie particulière émanant des compos. En même temps, c’est Matt Berninger qui focalise le plus souvent les attentions. Sa voix de baryton ne souffre pas de ces quelques refrains qu’il hurle, tel un possédé tentant de se déchirer les cordes vocales. L’attitude oscille toujours entre impro parfois maladroite et maîtrise. Quand il ne chante pas, il parcourt l’avant-scène comme un lion en cage. S’inquiète de savoir où il est : « C’était un cirque, ici, avant ? Ou a-t-on appelé l’endroit comme ça à cause de l’odeur qu’on est supposé avoir dans un cirque ? Mais non, ça sent très bon, je vous assure. » Il versera plus tard du vin… sur son micro. Et s’en ira aussi chanter « Mr. November » dans les gradins, au grand désarroi des techniciens chargés de veiller à son câble… L’instant d’après, le voilà de retour sur scène. Le micro a souffert, mais Berninger envoie pour « Terrible love » tout ce qui lui reste. Du moins pour ce soir. Pourvu qu’il en ait un peu gardé sous la pédale : The National sera ce jeudi 4 juillet au festival de Werchter.

Didier Stiers

 

Setlist
1. I should live in salt
2. Don’t swallow the cap
3. Bloodbuzz Ohio
4. Mistaken for strangers
5. Sea of love
6. Slipped
7. Afraid of everyone
8. Conversation 16
9. Squalor Victoria
10. I need my girl
11. This is the last time
12. All the wine
13. Abel
14. Pink rabbits
15. Start a war
16. Graceless
17. About today
18. Fake empire

Rappels
1. Humiliation
2. Sorrow
3. Mr. November
4. Terrible love
5. Vanderlyle crybaby geeks (acoustique)

Didier Stiers

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