Atoms For Peace: le syndrôme du supergroupe

atoms-for-peace-header1Atoms For Peace, soit deux Radiohead et un Red Hot, présentait son album « Amok » mardi à la Lotto Arena d’Anvers, dans une salle de 5.000 places, en pleine saison des festivals. Alors, groupe super ou supergroupe?

« Celui qui dit qu’Atoms For Peace est un supergroupe, je lui pète les dents! » ça commence bien. Pourtant, un groupe qui comprend le leader de Radiohead, le producteur de Radiohead, le bassiste des Red Hot Chili Peppers et un batteur qui a joué avec REM et Beck, pardon, excuseer meneer, ça ressemble quand même fort à un supergroupe. Les 5.000 places de la Lotto Arena (concert annoncé il y a cinq mois) ont trouvé preneurs en quelques heures. A 46€ le sésame. Sur base de la musique? Pensez! L’album était à peine sorti… Non, sur base du nom, et pas celui du groupe, mais celui des individualités über than life qui le composent. D’ailleurs, au final, la Lotto Arena est loin d’être remplie… Ainsi, Atoms For Peace et le syndrôme du supergroupe…

« Monsieur Zacharie, votre mauvaise foi est telle que vous vous permettez une nouvelle fois de critiquer sans même parler de musique! » J’y viens, j’y viens!…

Le concert, donc. Inégal. O combien inégal! Et pourtant, ça démarrait bien. Les trois premiers morceaux déroulent et installent une tension hypnotique, sorte de transe électro-afro beat qui va crescendo. L’utilisation d’instruments africains et/ou brésiliens, percus ou autres, donne un côté d’autant plus psychédélique, primitif, aux morceaux sinon très électro. Ensuite, y a pas à dire, ça joue. Comme dit sur la brochure, ces gens ont du métier. Premier climax avec ‘The Clock’, titre de « The Eraser », l’album solo que Yorke a sorti en 2006. Et puis…

Et puis plus rien pendant une bonne vingtaine de minutes. Thom Yorke est parvenu à faire redescendre la sauce en un coup, avec un titre au piano, des plus anodins (‘Ingenue’). Alors on s’occupe comme on peut, en regardant Flea qui saute partout, secoue la tête comme un damné, s’excite sur sa basse alors qu’il ne joue que deux notes par titre… Clairement, ces personnalités apportent quelque chose. Une présence. Un truc qui se dégage d’eux… Un peu comme quand Brad Pitt arrive dans une pièce, de fait, y a un truc en plus, c’est Brad Pitt. Le syndrôme du supergroupe…

D’ailleurs, c’est quand Flea balance du slap à tout va qu’on se réveille. Un gros son de basse fait mains, ça faisait longtemps. Intéressant aussi qu’il s’agisse d’un nouvel extrait de « The Eraser », ‘Harrowdown Hill’ pour nous faire à nouveau vibrer. Et il s’agit du meilleur moment du concert. Et à cet instant, Atoms For Peace est un groupe vraiment super. Toutes les barrières sont abolies, la musique du XXIe siècle est à la fois rock, électro, primitive et moderne. C’est assez énorme. Les deux morceaux qui suivent maintiennent le niveau. Et puis…

Et puis plus rien. Enfin, si, une pause, déjà. Longue. Et un rappel… Long et pénible. Qui commence par un titre acoustique particulièrement embarrassant, une sorte de face C de Radiohead période « Pablo Honey » (‘Present Tense’, Yorke en solo)… Le pourtant excellent ‘Rabbit In Your Headlight’ ensuite (enregistré avec UNKLE en 1998), mais ici ramolli, dégonflé, qui reste à plat, ne dégage rien… Un comble. ‘Paperbag Writer’, une face B (réelle, celle-là) de Radiohead période « Hail To The Thief ». Oui, bon. Et après… Après, ça continue, ça n’en finit pas. Un deuxième rappel, même, avec des titres à la structure et aux gimmicks identiques. Quasi deux heures de concert. Etait-ce vraiment nécessaire?

Le syndrôme du supergroupe. C’est encore une histoire d’égo, cette affaire, non?

Question: Atoms For Peace offre-t-il une valeur ajoutée par rapport à Radiohead?
Réponse: Non. Un son quelque peu différent, certes. Et encore, ça dépend de quel Radiohead on parle. Plus abouti? Non.

Question: Atoms For Peace offre-t-il une valeur ajoutée à tous ces artistes et groupes électro auxquels il doit tant (Flying Lotus, Modeselektor,…)?
Réponse: Non, ou alors à de très rares moments (‘Harrowdown Hill’). « Comment? Et la voix d’El Thom? » C’était l’idée, en effet. Mélanger la chaleur de la voix du Duc d’Yorke à la froideur de la musique électronique… Sauf que la voix d’El Thom, comment dire? Ce « Uuuuuuuuuuuhhhh… » gémissant à chaque première phrase devient un gimmick similaire au « Iiiiiiiiiiiiinnnnnnnnnnhhhhhhhh… » d’Axl. Si bien que la chaleur dans la voix… Non.

Question: Atoms For Peace aurait-il rempli la Lotto Arena (tous les tickets étaient vendus mais la salle était loin d’être remplie… Le principe d’annoncer une date cinq moins à l’avance, quand le fer est chaud) sur base d’un album (deux si on compte « The Eraser ») si ses membres s’appelaient Jos, Ahmed et Rémy?
Réponse: Non, ils auraient suivi le même parcours que tout jeune groupe un tant soit peu ambitieux: programmés le quatrième jour de Dour à 15h30.

Question: Ce concert valait-il 46€?
« Objection! »
Reformulation: Atoms For Peace a-t-il été – et ceci ne remet pas en cause l’intérêt que peut dégager le groupe -, Atoms For Peace, donc, a-t-il été ne fut-ce que légèrement survendu du fait des personnalités qui composent ce groupe?
Réponse: … Votre honneur, je… Oui, votre honneur.

Conclusion de la Cour: Atoms For Peace, le syndrôme du supergroupe.

Didier Zacharie


Tracklisting

Before Your Very Eyes…
Default
The Clock
Ingenue
Reverse Running
Unless
And It Rained All Night
Harrowdown Hill
Dropped
Cymbal Rush

Encore:
The Present Tense (Thom Yorke solo)
Feeling Pulled Apart by Horses
Rabbit in Your Headlights (UNKLE cover)
Paperbag Writer (Radiohead cover)
Amok

Encore 2:
Atoms for Peace
Black Swan


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11 commentaires

  1. aphex

    10 juillet 2013 à 14 h 27 min

    Bon, allez, je reconnais, je n’avais pas du tout apprécié votre article démontant arbitrairement l’album AMOK avant même sa diffusion, mais là votre article est d’un autre niveau.

    OK, tout ça est certainement un peu surfait. Supergroupe ? Ben oui, évidemment. Auraient-ils rempli la lotto arena si ce n’était pas Yorke et Flea. Ben non, of cource. En même temps, justement, c’est Yorke et Flea, et vous reconnaissez vous-même qu’il se dégage quelque chose de leur présence. Donc, bon…

    Moi j’ai relativement bien aimé les 2 albums, sans plus, mais agréable à l’écoute tout de même. Je n’était pas au concert mais je ne doute pas une seconde que le tout était un peu surfait.

    Je serais allé avec grand plaisir les écouter s’ils étaient passés sans prétention à l’AB, tout comme je l’aurais fait si ils s’étaient appelés Jos, Ahmed et Rémy. Mais ils ne s’appellent pas Jos, Ahmed et Rémy, et donc, un concert à l’AB ne leur était pas possible. Et ça, c’est pas leur faute, si ?

  2. ludos

    10 juillet 2013 à 16 h 27 min

    Décidément ce groupe on aime ou on déteste mais dans tous les cas il ne laisse pas indifférent et c’est bien là l’essentiel. Dans tous les cas hier j’ai pris une claque : quand à na notion de super groupe désolé mais quant on voit le succès interplanétaire des Red Hot ou de Radiohead qui remplissent des stades ou des salles en 1 heure ce serait plutôt eux les supergroupes non ? La on sent que les gars s’éclatent et ne jouent pas que ( ne soyons pas naif !!! ) pour le pognon : sinon à quoi bon faire une tournée de 20 dates à 5000 places par salle ? Non vraiment hier soir ça transpirait le génie musical. Quand à la basse de Flea pas besoin de sortir 25 notes des shreeders pour que sa sonne : y’a combien de note à Satisfaction ???

  3. Jean-Paul

    10 juillet 2013 à 16 h 59 min

    Tout à fait d’accord avec l’article. J’étais présent hier à Anvers et la prestation était effectivement loin d’être génialissisme, le son n’étant par ailleurs pas toujours au top !!! … Sinon pour info, le concert a duré 95 minutes et non quasi 2 heures.

  4. Frère Toque

    12 juillet 2013 à 11 h 44 min

    Partir d’un constat de “supergroupe” force forcément la comparaison avec les groupes respectifs auxquels ont appartenu de près où de loin ces personalités.

    Partir d’un constat de groupe formé autour de Thom Yorke permet d’en distinguer une démarche différente. Car non, on n’est pas obligé de comparer AFP à Radiohead.

    Alors, pour le concert, surfait? Plus sobre que les concerts originaux (Echoplex …).
    Complet? Des amis achetaient des places le soir même. Pour ma part l’avant-veille.
    Plat? Ennuyeux? Prétencieux? Pour tout qui venait voir un live electro et shaker du booty, certainement (no offense). Pour tout qui venait apprécier une performance musicale qui se détache du paysage rock actuel, pas du tout.

    Bref, tout ça pour dire que je comprend que beaucoup de gens s’emmerdent à l’écoute de l’album et/ou à la vue des lives. Et cela est certainement lié au brassage que AFP opère, entre electro, rock, ambient et trip-hop.
    Quelqu’un venant pogoter comme sur du RHCP, s’emmerde.
    Quelqu’un venant jumper comme sur du Modeselektor, s’emmerde.
    Quelqu’un voulant plâner comme sur du Massive Attack, est aggressé.
    …quelqu’un venant écouter une musique originale et de qualité produite entièrement live par des musiciens hors du commum (qualité qu’on aurait -quand même- du mal à leur enlever) est satisfait, sinon comblé.

  5. Vinvin

    14 juillet 2013 à 18 h 58 min

    N’importe quoi boubouline. qu’est ce qu’il ne faut pas lire… Radiohead ennuyeux en live? Aux arènes de Nimes, à Césarea, au Grand Rex ou au Japon, je n’ai jamais regretté un de leurs concerts. Il n’existe pas d’équivelent à Mr Yorke dans le monde de la musique, génie à tout jamais dans mon coeur. Dès Idiotheque il annonçait vouloir faire danser le public, c’est réussi, son Eraser et là Amok sont des amours d’album. Ils me font vibrer et me feront toujours vibrer (ps: pour les sceptiques regardez la vidéo de the clock chez Jool Holland sur utube ou autre….)

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