« Du reggae, des odeurs de merde, on est quand même bien à Dour… »

20130720dourd3alb3-62Le troisième jour. Où toute tentative, quelle qu’elle soit, est devenue totalement futile. Non, au troisième jour, c’est plus la peine. Il faut juste accepter, suivre, se laisser pousser par ce péplum qu’est Dour… « Moi, j’attends plus rien de la vie. Et la vie me fait plein de cadeaux! »

Forcément, c’était pas prévu. Rien n’était prévu! Waterloo, Verdun, la plaine de la Machine à Feu… Un jour, à la limite. Et encore! Mais le reste… C’était pas sérieux.

15h32, gare de Bruxelles central, message téléphonique: « Putain, j’suis encore à Dour. Zéro volonté! ». Oublie! Oublie! Laisse-toi porter! Embrasse le 3e jour comme si c’était le premier. Dour, ta force d’attraction-répulsion, ton bruit omniprésent et tes latrines explosées…

17h27, aux abords de la Petite maison dans la Prairie, entrée du site. « Du reggae, des odeurs de merde, y a pas à dire, on est quand même bien à Dour… » Y a des choses qui remettent les pieds sur terre. C’est important de garder les pieds sur terre, surtout quand on doit faire face à d’extrêmes conditions.

Derrière nous, le soundcheck s’intensifie, on ne s’entend plus parler, c’est d’une impolitesse sans nom… Comme si les groupes, la musique, tout ce qui est écrit en grand sur l’affiche avaient encore une quelconque importance. Tiens, le groupe s’appelle “>Petite Noire, un nom aguicheur, une musique qui ne l’est pas. Encore un énième ersatz de Joy Division… En fait non, rien à voir. C’est plutôt un ersatz de Bloc Party. Ah oui, on en est là. Mais pourquoi s’énerver sur de telles futilités! Hein? Pourquoi?

23h48, au même endroit, la rumeur circule comme quoi s’apprête à jouer « un truc de hip hop homosexuel particulièrement pertinent quant à son discours sur la post-modernité »… !?!… Ou un truc comme ça. Pensez bien qu’on est allé voir. Et? Ben, c’est du rap homosexuel. Du « queer hop », c’est un truc qui s’dit, apparemment… Le peï, qui se fait appeler “>Mykki Blanco, se présente en porte-jarretelles avec des floches aux tétons et il rappe sur des beats à l’ancienne… Il cite plein de trucs un peu queer (Destiny’s Child, tout ça…) et… Tiens, un transsexuel seins nus! « Moi, j’attends plus rien de la vie. Et la vie me fait plein de cadeaux! »

Plus tard, bien plus tard, on se retrouve parmi les réfugiés au Darfour. Tout ce monde qui se marche dessus, empruntant la même petite butte pour rejoindre la Boom Box truc afin d’y voir Flying Lotus. Enfin, voir. Entendre. Et encore, de très loin. On nous refait le même coup que pour Modeselektor deux jours plus tôt: on te donne à miroiter des noms électro à lécher la cuvettes des latrines et on te planque ça dans un mini chapiteau alors que sur la grande scène… Ben rien. Zéro concert. C’est du propre. Enfin, y avait quand même les Vaccines tête d’affiche sur la Last Arena vendredi… Sérieusement? Oui, oui, c’est très sérieux.

Voilà! Dour, ses découvertes, ses surprises, ses chocs culturels et autres foutages de gueule comme on n’ose plus en faire ailleurs (Devendra Banhart, le Johnny Clegg californien des années 2000…). Dour, à mort, jouissance et déchéance! Devant un tel péplum, seule s’impose cette maxime de Saint-Augustin, dans son discours sur la Nation donné au mont des Oliviers en 1789 : « Moi, j’ai envie d’dire… On est quand même peu d’choses! »

dour22h54:
« -T’es où? »
« -… (BoumBoum)… ain… (BoumBoum)… é… (BoumBoum)… ans… ine »
« -T’es où??!!? »
« -… (BoumBoum)… train… (BoumBoum)… ier… (BoumBoum)… dans… ine! »
« -T’ES OU?????? »
« - J’suis en train d’chier dans une cabine »

On est quand même peu d’choses.

DIDIER ZACHARIE

(citations © la concurrence)

Journaliste lesoir.be

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