Les Clash comme au premier jour

AFP PHOTO FRANCOIS GUILLOT

Le groupe anglais a présenté à Paris son intégrale. Cela fait trente ans qu’on ne les avait plus vus ensemble.

PARIS, DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL

Ca n’a pas trop changé ici ». Mick Jones, goguenard, a raison. La salle miteuse du Palais des Glaces, à deux pas de la place de la République, aurait bien besoin d’une petite rénovation. Trente-six ans après le concert des Clash, le mercredi 27 avril 1977, les trois survivants du groupe londonien sont remontés sur les planches de ce Palais des Glaces de la rue Faubourg du Temple, non pas pour un concert – il n’y en aura plus jamais sous le nom de Clash, ont-ils confirmé – mais pour la conférence de presse de présentation de leur première « quasi intégrale » : une énorme boîte ghetto blaster intitulée Sound System.

C’est la première fois depuis trente ans que les trois musiciens se retrouvent ensemble en public, rappelle le maître de cérémonie Bruno Blum, connu pour ses nombreux livres sur le reggae. Et nos fringants quinquas sont sapés comme des princes, costards cravates. C’est très émouvant de les voir à nouveau tous les trois, tout sourire, décontractés, en pleine forme. Surtout Topper Headon dont les traits n’ont gardé aucune séquelle de sa longue addiction à l’héroïne.

Depuis 2002 et la mort de Joe Strummer, ces trois gars-là sont les dépositaires héritiers d’un mythe, sans doute le dernier de l’histoire du rock’n’roll. Car The Clash, c’était plus qu’un groupe. Né dans la mouvance punk de 1976, entre Sex Pistols et Damned, le quatuor a représenté tout ce que peut signifier la rébellion en musique, retrouvant l’essence même d’un genre qu’ils ont magnifié en mêlant leur rock énergique aux influences reggae, rap et dub.

Quand on leur demande qui sont les rebelles de la musique d’aujourd’hui, la réponse de Mick est limpide : « Personne ne fait ça de cette façon aujourd’hui, je pense. J’aime beaucoup Jay-Z mais je ne sais pas s’il est un rebelle. ». Pour Paul, qui a réalisé tout l’artwork du box et est peintre à ses heures : « Les rebelles se trouvent davantage dans l’art contemporain, comme Damien Hirst ou Tracey Emin. »

En quoi sont-ils encore aujourd’hui des rebelles eux qui en 2013 sortent un coffret à 170 euros ? Les trois survivants n’ont aucun problème avec ça : « Nous continuons à perpétuer l’héritage de Clash. On nous demande pourquoi avoir sorti ce coffret comme à l’époque on nous demandait pourquoi on avait signé avec CBS. On peut nous accuser de tout mais c’est notre groupe et notre vie. Ce qui est certain c’est qu’on n’a jamais accepté de reformer le groupe alors qu’on nous offrait des millions pour ça. C’est intéressant de voir comment le show-biz a évolué aujourd’hui. C’est vraiment un autre monde. On a passé notre vie à faire de la musique sans nous trahir, en restant du même côté de la rue. Gérer le succès n’a pas été facile pour nous. La musique vient du passé, vous en faites pour l’avenir tout en restant dans le présent. »

On a bien revu Paul et Mick aux côtés de Gorillaz avec Damon Albarn. Rappelons que Mick a produit les Libertines alors que Paul faisait partie de The Good, The Bad & The Queen avec Albarn. Mais pas question de reformer Clash : « Topper ne joue plus. On rejouera peut-être un jour ensemble mais pas sous le nom de Clash. Tout a été fait, c’est du passé tout ça. On ne pourra jamais retrouver cet esprit des années 70 et 80. Et puis Joe n’est plus là. On ne peut pas copier la spontanéité non plus. Que d’autres groupes se reforment, c’est leur affaire, ça ne nous concerne pas. Certains ressemblent à des hologrammes. Dans le futur, il n’y aura plus que des groupes hologrammes, recevant comme récompense des holo-grammies. Nous, on a travaillé trois ans sur cette intégrale et Topper est revenu nous retrouver, c’était super. » Topper : « Comme vous le savez ma vie a été compliquée, j’ai eu de gros soucis après le Clash, perdu en mission. Je suis content de revenir avec eux, clean et sobre, c’est comme un rêve devenu réalité. »

Et ce plaisir est palpable et partagé. Après une demi-heure de conférence, le groupe a passé autant de temps en autographes, adorables, accessibles et amusés. On appelle ça la classe !

Les tweets de la conférence de presse

Tous les détails sur le coffret et sur l’expo Clash dans notre édition de 17h.


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