Jon Hopkins et Modeselektor font Le Boeuf

Frontstage - Jon Hopkins - OK

La deuxième édition du Bozar Electronic Arts Festival s’est achevée samedi. Le temps d’un soir, un Anglais et deux Allemands ont reconverti l’écrin Art Déco, habituellement réservé à des plaisirs musicaux plus classiques.

Mi-autodidacte, mi-formé au piano classique, le Britannique Jon Hopkins a signé cette année un album, son cinquième déjà, qui restera parmi les meilleurs de 2013. Rayon « musique électronique » s’entend. Mais l’auteur d’Immunity, le titre de la galette en question, n’en éprouve pas moins un intérêt marqué pour les « vrais instruments ». Plutôt que pour les machines et les programmations. Samedi, au Bozar Electronic Arts Festival, il devait d’ailleurs proposer une prestation audiovisuelle exclusive… au piano à queue.

« J’ai toujours ressenti une passion pour ce qu’on peut entendre de la réalité dans la musique, nous assurait en juillet le Londonien de 34 printemps, qui dessine un univers souvent nocturne et mélancolique. J’utilise beaucoup le piano, mais aussi les synthés. Des vrais, pas des synthés virtuels. J’estime qu’en travaillant de la sorte, ça permet de mettre plus de lumière dans la musique, et de l’aérer. » S’il ne sait pas trop comment lui est venu cet intérêt pour ces sonorités, il lui semble par contre peu étonnant. « Je pense que le mélange se fait très naturellement. Les deux genres de sons réagissent bien l’un à l’autre. »

Samedi, en début de soirée et dernier jour de BEAF, on pouvait donc s’attendre à un joli voyage. De fait, c’est sur ce mode plutôt aérien que débute ce concert programmé dans une salle Henry Le Bœuf dans laquelle les retardataires ne trouvent plus à s’asseoir.

Le ton est essentiellement atmosphérique, les percus que Hopkins déclenche sur ses pads font apparaître à l’écran quelques vues fugaces de paysages en pleine nature. Les visuels épousent les conceptions du compositeur : gouttes d’eau et structures cristallines colorées se succèdent en boucles hypnotiques. Pas d’extravagance, simple et de bon goût. Le piano à queue est bien là, et il va d’ailleurs s’y asseoir une première fois : le morceau entamé aux machines se termine entre noires et blanches, sur une touche mélancolique à souhait.

Mais, mais, mais… Le vagabondage ne dure pas éternellement, et le deltaplane que l’on devine folâtrant entre les nuages sur l’écran prend progressivement de la vitesse. « Everything must end », comme le rappelle le graffiti devant lequel passe le skateur d’« Open eye signal ». Direction : des lieux moins enchanteurs, plus urbains. Le beat se simplifie, devient bien carré. Dans les rangées, entre les sièges rouges d’antan, ça se lève et ça danse comme dans les allées. Le longiligne Anglais sourit, complice, répondant à cette euphorie tranquille en levant les bras.

Certes, c’est assez irrésistible. On comprend d’ailleurs bien que le garçon ait voulu faire plaisir en adaptant sa setlist. En même temps, il y a là aussi matière à regrets. Par exemple, de ne pas y retrouver à partir de ce moment-là cette finesse de mise dans ses dernières productions en date. Et puis, installer un piano à queue pour deux morceaux à peine…

Ceci dit, pas question de bouder son plaisir. D’autant que la soirée, en compagnie de Modeselektor, va se poursuivre de chouette façon. Et que cette édition du Bozar Electronic Arts Festival laissera au final de bons souvenirs. « C’est une deuxième édition plus que réussie, estime Marc Jacobs, curateur de l’événement. Le public, diversifié, est venu en grand nombre, nous avons pu investir encore plus d’espaces du palais avec des installations numériques belges et internationales, et l’affiche musicale a permis une belle confrontation entre sonorités électroniques aventureuses. J’ai l’impression que le public attendait ça. Preuve en est aussi une salle Henry Le Boeuf comble pour la double affiche Modeselektor/Jon Hopkins. Le festival a un potentiel énorme, ce n’est qu’un début ! »

Didier Stiers

BERLIN @ BOZAR

Frontstage - Modeselektor - OK

« Modeselektor from Berlin » complétait la soirée, ce samedi à Bozar. Une tête d’affiche un peu bousculée après l’accident dont a été victime Sascha Ring d’Apparat au début du mois, empêchant Moderat qui était initialement prévu de jouer dans le cadre de cette deuxième édition du BEAF.

Mais dans le fond, ce changement de programme, c’était pas si mal ! Le duo berlinois a offert un set explosif devant un public plutôt éclectique. Une occasion de voir Bozar autrement, un peu comme si la salle Henry Le Boeuf se transformait en endroit hors du temps et que ses balcons servaient de piste de danse improvisée. Les conditions optimales pour profiter du concert étaient réunies : acoustique parfaite, permettant aux basses de résonner jusqu’en nous, et de l’espace, pas comme à Dour

Le savoir-faire de Gernot Bronsert et Sebastian Szary n’est plus à prouver : en quelques titres, ils réussissent à transporter la salle. Avec un bon vieux son typiquement sorti de Monkeytown mais aussi des moments plus expérimentaux et plus mélodiques issus de leurs nombreuses collaborations (avec Thom Yorke, notamment). Les classiques et un peu de Moderat quand même avec « New error » pour terminer un set riche et varié. Et puis consolons-nous, Moderat reviendra vite, au complet cette fois : une date belge sera confirmée sous peu !

Gaëlle Moury

Didier Stiers

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