Le Bozar de la guerre

Frontstage - Vatican Shadow - Def

Si son premier album « officiel » qui sort ces jours-ci s’intitule Remember your black day et qu’il était vendredi au BEAF, Dominick Fernow alias Vatican Shadow n’est pas exactement du genre à prêcher la bonne parole.

« Not the son of Desert Storm, but the child of Chechnya », « Contractor corpses hung over the Euphrates river » : voilà le genre de titres que l’on trouve sur ce disque, « officiel » dans le sens où c’est la première fois que Vatican Shadow sera dispo en CD ; jusqu’ici, Fernow, c’était surtout une pléthore de… cassettes. Et de CD-R, le tout sur son propre label, Hospital Productions.

Mais peu importe le support, finalement. Les guerres américaines menées en Irak ou en Afghanistan et, plus largement, les conflits contemporains, inspirent l’Américain (qui s’est aussi manifesté sous le pseudo de Prurient, notamment). Pas tout à fait comme on pourrait s’y attendre, cela dit. Nuit de vendredi à samedi, une heure ou presque : le bout de la salle Terarken s’orne d’un fond vert sur lequel se détache un lettrage arabe blanc, souligné par un sabre stylisé. Mon petit doigt me dit qu’il y a plus de chance que ça cause de jihad que de recette de gâteau oriental.

L’équipement de Fernow tient dans une petite valise et un iPod. Il n’en faudrait pourtant pas beaucoup plus pour que cette basse implacable, jusqu’à la nausée parfois, devienne une arme de destruction massive. Trois-quarts d’heure de set, ça laisse peu de place aux accalmies ambient, même menaçantes (comme sur nombre de ses enregistrements). Il y a quelque chose de très agressif dans cette sorte de techno/noise, ces textures indus bien plus travaillées qu’elles ne le semblent au premier abord. Et si ces compos sont agressives, ce n’est pas tant par le taux de bpm que par la puissance avec laquelle chaque beat s’écrase contre les tympans. Oserait-on une comparaison avec un tapis de bombes ?

On devine une nappe de synthés. Un motif vocal aussi, qui semble avoir été samplé d’un défilé militaire, quand la foule scande des slogans à la gloire de la troupe qui écrase le bitume de son pas martial. Dans l’obscurité, Dominick Fernow souligne le rythme de tout son corps. Ce n’est pas de la danse, c’est une sorte de célébration dont il serait l’officiant, headbanger sous meth, encourageant tout un chacun à se laisser aller. Histoire de ne pas succomber à l’atmosphère oppressante du monde extérieur ? Il la capte et la restitue en tout cas d’une manière bien saisissante. Avec un rien de provocation.

Didier Stiers

 

 

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