La métaphore de la banane

Frontstage - Darkside  - Crédit Jed DeMoss

Darkside, emmené par le prodige Nicolas Jaar, joue ce mercredi à l’Ancienne Belgique.

On prête à ce New-Yorkais francophile d’avoir réinventé l’électro minimale. On dit aussi de Nicolas Jaar qu’il a rendu la house calme et voluptueuse. Notez qu’en 2011, la sortie de son premier album, Space is only noise, a pas mal marqué les esprits. L’inventif créateur de ce crossover aux tempos lents y joue avec le silence, sample Ray Charles et chipe un poème chez Tristan Tzara. Deux ans plus tard, acoquiné avec le guitariste Dave Harrington sous le pseudo de Darkside, il suscite toujours autant d’intérêt. Et pas seulement parce que ces deux-là ont remixé pour s’amuser le Random access memories de Daft Punk : Psychic, la galette avec laquelle ils sont partis en tournée, vaut elle aussi plus qu’un coup d’oreille !

Vous êtes impliqués dans pas mal de collaborations : c‘est votre conception de la musique ?

Nicolas Jaar : Nous sommes tous les deux des enfants uniques. Ni frère, ni sœur, nous faisions de la musique en solitaire parce que nous n’avions que ça à faire. Nous revenions de l’école, nous n’avions personne à qui parler, donc nous allions faire de la musique…

Sur « Psychic », vous utilisez la voix comme un instrument, pour obtenir des textures supplémentaires, non ?

NJ : Exactement. Dans une composition donnée, nous allons inclure un moment d’absence, et puis la voix arrive pour combler ce vide. Ou alors, elle n’arrive pas. L’auditeur ne peut jamais deviner, un peu comme on ne peut pas être certain qu’untel ou untel sera là quand vous en aurez besoin. C’est ce sentiment-là que nous avons essayé de susciter.

Une sorte de tension, aussi ?

Dave Harrington : Le terme « désir » est peut-être plus approprié. C’est d’ailleurs le dernier mot qu’on peut entendre, si on y prête vraiment fort attention, tout à la fin de la dernière plage du disque.

A quel point est-ce difficile de raconter une histoire avec de la musique quasi intégralement instrumentale ?

NJ : Le genre d’histoire que nous avons voulu raconter ici ressemble plutôt à une constellation qu’une ligne, vous voyez ? Nous suggérons des idées, en espérant que l’auditeur puisse évoluer comme il l’entend dans cet univers. Ce n’est pas nous qui allons lui dire : « Voilà l’histoire. » Au contraire ! C’est bien plus que : « Il y a une peau de banane par terre et quelqu’un glisse dessus. » C’est : « Il y a une peau de banane et quelqu’un pourrait mourir ! » Prenons un film dans lequel on verrait un pistolet dans les premières images. Si personne n’est finalement tué avec, ça peut néanmoins toujours avoir du sens. Il peut symboliser la violence, par exemple, et donner de l’intensité au film.

Qu’est-ce que ce disque doit au blues ?

DH : Outre le fait que nous aimons tous les deux le blues, oui, c’est un disque très bluesy. Ce qui m’intéresse, c’est ce moment où le blues a commencé à sortir de son propre univers pour se disséminer dans une foule d’autres langages musicaux. J’entendais récemment une interview de Bill Ward, le batteur de Black Sabbath, qui parlait du blues. Il évoquait Miles Davis… et là je me dis : « Black Sabbath, Miles Davis, tout ça en partant de Robert Johnson, quel cheminement ! » Mais c’est la force du blues, qui a été traduit de multiples manières, et on ne peut juste pas y échapper.

BONUS

Nicolas Jaar constate le retour des guitares : ” La bulle “dance” va exploser “

Daftside ou le remixe de Random Access Memories : ” Remixer Daft Punk, c’était fun “

Où Dave Harrington écoute-t-il Psychic ? ” Dans le métro “

 

Didier Stiers
(Photo : Jed DeMoss)

Ce mercredi 9 octobre à l’Ancienne Belgique. Les 50 derniers tickets seront exceptionnellement mis en vente à la caisse le soir-même dès 19h.

Didier Stiers

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