Motorama, vague russe

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Il n’y a pas que les Anglo-saxons qui savent jouer du rock. Preuve avec les Russes de Motorama, qui ont retrouvé le son de la Factory et de Joy Division.

Pour dire, c’est pas tous les jours… Un groupe russe fan de Joy Division – basé dans un trou perdu du Nord Caucase, à mille bornes de Moscou -, qui parvient à se faire un petit nom dans la niche rock indé. Avec passage au Botanique dans la foulée. Comment telle affaire a-t-elle été possible? Internet, mon ami!

« En Russie, si tu veux faire de la musique de ce type, il faut faire tout soi-même, il n’y a pas vraiment d’autres choix, nous explique Vlad – le chanteur, pas l’empaleur! – devant une soupe au Botanique. « A Rostov-sur-le-Don, d’où on vient, la pop indé n’est pas très populaire et il n’y a qu’un endroit où on peut voir des groupes de rock. Et encore, ce sont surtout des groupes de black metal ou du hip hop… ».

Une seule solution, donc, le Do It Yourself. Et au milieu des années 2000, le Do It Yourself, c’est sur internet que ça se passe. Motorama, formé en 2005, enregistre donc ses premiers titres et les met à disposition de tous sur la toile. Les groupes qu’il affectionne, c’est aussi sur internet qu’il les a découverts: Joy Division et la famille Factory en tête: « Nos préférés sont The Wake, Stockholm Monsters et A Certain Ratio. On a découvert tous ces groupes en partie grâce au film ’24 Hour Party People’».

Toujours via la toile, Motorama entre en contact avec des bookers, ce qui leur permet de tourner en Europe (« On a eu l’aide d’un booker belge, au début »). C’est après un de ces concerts que Talitres, label indépendant bordelais et dénicheur de talents, les signe et sort physiquement les deux albums du groupe, « Alps » (2010, mais sorti en 2013) et « Calendar » (2012).

L’intérêt de Motorama, en dehors du fait qu’ils sont russes et sans le denier? C’est peut-être justement qu’ils sont russes et sans le denier! A savoir: contrairement à leurs pairs anglo-américains descendants de Joy Division (Interpol et Editors en tête) qui jouissent de gros moyens, Motorama est forcé d’enregistrer dans l’urgence et à l’arrache, et parvient de cette manière à retrouver un peu de ce son minimaliste, tendu et hanté des productions Factory de la fin des 70′s.

Confirmation au Witloof bar, jeudi dernier. Les caves du Bota avaient un parfum très cold wave/cold war. Riffs de guitares ciselés, une bassiste bondissante (et fort jolie) et Vlad dont la voix s’empare de la pièce. Une voix profonde et imposante… Une voix à la Ian Curtis, oui. Mais pas un simulacre, non, un truc bien à lui. Une vraie voix.

Pour autant, la musique de Motorama n’est pas si froide. Les derniers titres enregistrés laissent d’ailleurs entendre un virage pop, toujours indé, mais plutôt enjoué. Leur versant expérimental, les Russes le développent aujourd’hui dans un autre projet, Utro: plus noir, plus froid, plus russe aussi, dans la langue: « Avec Motorama, c’était plus simple de chanter en anglais étant donné le style de musique. Mais en Russie, chanter en anglais, ça ne passe pas… c’est même honteux ».

Quoiqu’il en soit, ce side-project, plus proche de la source, est peut-être aussi le plus intéressant. « On va peut-être sortir quelque chose de Utro. Mais Motorama nous prend pas mal de temps en ce moment ». Derrière ces mots, on sent que, si ça intéresse la plèbe, la chose est en ligne. Quant au format physique, le fait d’avoir un label derrière eux, c’est une habitude somme toute assez nouvelle: « D’un côté, c’est plus facile, on n’a plus à organiser les choses. De l’autre, on fait ce qu’on a toujours fait. On a tous un boulot, on fait de la musique à côté et désormais, en plus, on a des disques qui sortent ».

DIDIER ZACHARIE

Motorama, albums “Alps” et “Calendar” chez Talitres.

Journaliste lesoir.be

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2 commentaires

  1. rotten

    9 octobre 2013 à 8 h 48 min

    Ce n’est pas pour en faire une habitude, mais j’avoue ne pas être tout à fait d’accord avec le contenu de cet article, et ces références à Joy Division. Il ne suffit pas d’une voix grave et d’une basse pour se positionner au niveau des productions de Factory Records, il faut quand même un peu plus que ça… A commencer par un minimum d’émulsion post-punk ou expérimentale.

    A travers les extraits livrés sur cette page, ce que j’entends ne m’évoque qu’une new-wave passée à la moulinette de The XX en lo-fi, épure contemporaine perturbée par les bandes FM et sans grande surprise en terme d”écoute. Tout est quantifié à merveille et sans aucun groove, la voix se perd dans le chorus/reverb, et pour tout dire, on s’ennuie un peu dans la proximité marquée des inspirations détectables.

    Personnellement, j’y vois plus un ersatz de Litfiba qu’autre chose (écoutez le titre “Istambul” sur l’album “Desaparecido”), ce n’est pas désagréable à entendre, et reste assez éloigné de l’opportunisme d’Interpol et autres Editors. On est par contre bien loin de l’urgence et du travail musical de nouvelles têtes comme Savages.

    Pour conclure, il reste effectivement assez rare de voir des productions russes mises en avant, et à ce titre, je trouve très bien d’avoir fait un papier sur eux, même s’il l’enthousiasme ici présent me parait un peu… exagéré.

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