Arcade Fire nous dit «Let’s Dance»

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Nous avons pu écouter le nouvel album à paraître le 28 octobre. Le groupe montréalais publie «Reflektor», son quatrième album. Un double CD entre disco eighties et rock planant.

Passé maître dans l’art de se faire désirer, Arcade Fire n’a rien négligé pour la sortie de son quatrième album. Tags mystérieux sur le mobilier urbain, vidéos très cinématographiques avec stars incluses (de Bowie à Bono), jeux de piste abscons pour concerts secrets… Tout un teasing pour nous amener à la sortie mondiale du disque le 28 octobre.

Nous avons pu découvrir, jeudi dans les bureaux d’Universal, l’intégrale de ce double album de 36 et 39 minutes, intitulé Reflektor. Comme les deux faces d’un même objet, l’un, le premier, clairement disco 80’s Moroder, telle une réponse à Daft Punk, et l’autre, plus atmosphérique, avec ces nappes planantes saluant Bowie/Eno période berlinoise.

L’apport de James Murphy d’LCD Soundsystem à la production est essentiel pour le côté très électro de ce disque qui se veut aussi plus léger, plus joyeux. Win Butler multiplie sur ce disque les breaks «à la McCartney», les changements de rythmes et de sonorités au sein d’un même long morceau. La plage titulaire totalise 7 minutes 30 d’un disco à la voix haut perchée. Régine Chassagne, en français, explique en chantant le concept de dualité du disque: «Entre la nuit et l’aurore/ le royaume des vivants et des morts.» On entend brièvement David Bowie sur le titre très dansant, tout comme le suivant, «We Exist», sur le mode «Let’s Dance» sauf qu’ici, ce n’est pas vraiment fait pour toucher les masses.

«Flashbulb Eyes» nous emmène en Jamaïque où une partie du disque a été enregistrée, entre Montréal et New York, avec riffs funky sur beat reggae-dub dans les rues de Kingston. Dans «Here Comes The Night Time» – révélée dans le moyen-métrage de Vincent Morisset–, la basse mène la danse, avant le final carnaval, sax et accélération. «Normal person» a un petit parfum Beatles post-66, un rock bien rentre-dedans avant le plus pop «You Already Know» très sixties sautillantes. Tout cela est très joyeux finalement. Mais on est aussi cultivé chez Arcade Fire, avec Jeanne d’Arc («Joan of Arc»), Régine chantant «Vous dites que je suis une sainte mais ce n’est pas moi». On passe à des ambiances plus apaisées sur le second disque, à l’image des nappes synthétiques de «Here Comes The Night Time II» comme la fin d’une nuit passant au petit matin pâle. «Awful Sound (Oh Eurydice)» précède «It’s Never Over (Oh Orpheus)». Un slow à la «Hey Jude» pour un rock aux synthés 80’s que confirme «Porno».


Les nappes reviennent pour «Afterlife» avant le final par «Supersymmetry»: cinq minutes d’adieux suivies par six minutes d’ambient à la Eno, hélico électro. Entre péplum progressif et glam-rock décalé, funky poisseux et beats infernaux, entre rock œcuménique planant, entre Eno, Beatles et Bowie, Arcade Fire se joue de tous les clichés pour rester malgré tout lui-même: une formidable machine à mélodies tortueuses.

En simplifiant son propos, Win Butler ne tombe pas dans le simplisme mais s’amuse à piéger l’auditeur avec des sonorités où passé et présent annoncent un futur incertain, travesti, à la fois héroïque et charnel. Comme à son habitude, le groupe montréalais livre ici un vrai disque aux (futurs) singles anecdotiques, gardant le cap alternatif. On dit «Let’s Dance», mais sans compromis commerciaux. La nuit ici peut se montrer moite et la discothèque glauque. Entre vaudou haïtien (où des images ont été filmées, Régine revenant à ses origines) et boîtes à rythmes cheap, entre harmonies ascendantes et percussions tribales, entre bruitages et basse souple et ronflante…


Tout ici se marie dans un travail de production absolument colossal. L’émotion, sans doute, passe moins bien que sur Funeral ou The Suburbs. Moins sombre que Neon Bible, Reflektor impressionne plus qu’il ne séduit lors de la première (et seule) écoute. Très riche, ce disque devra se donner au fil des écoutes. Les treize titres sont longs, nous emportant dans un tourbillon sonore, avec des ruptures entre les effets up tempo, les beats binaires, les riffs funky, l’électricité rock et les vagues planantes…

Comme un résumé de ces trente dernières années entre vie et mort, jour et nuit, Eurydice et Orphée, enfers et damnations, jouissance et plaisirs terrestres.
THIERRY COLJON


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