Les news inutiles #37: Lou Reed en X chansons

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Lou Reed est mort; Bertrand Cantat a parlé; Morrissey a écrit son autobiographie; et Ray Davis dit ce qu’il pense des Beatles… ça fait beaucoup. Andiamo!

« Mon idée, c’est que tout peut toujours être pire ».

Voilà. Depuis le temps qu’on en cause de la mort du rock, il fallait bien que ça arrive. Ça y est, c’est fait. Car Lou Reed, ce n’était pas juste un pionnier du rock, C’ETAIT le rock! La preuve en X chansons.

Lou Reed Creem

‘Heroin’ (1967)
Produit par Andy Warhol (sorte de mécène du groupe), le premier album du Velvet sort en 1967 et plus rien ne sera jamais comme avant. Monolithe noir du rock indé, la chose est toujours inégalée et le restera. Sur le disque, ‘Heroin’ nous explique en musique les effets du flash d’héro à coup d’archets, de grosse caisse, de paroles ciselées au couteau tranchant et un rythme qui accélère et décélère… On n’a jamais entendu un truc pareil. Tandis que sur la côte ouest, c’est le Summer Of Love, le Velvet crée le blues urbain, le rock des bas-fonds, bref, le punk. Et Lou fait entrer la poésie dans le rock.

‘Sister Ray’ (1968)
Suite et fin de la collaboration entre Lou Reed et John Cale qui atteint son apogée sur les 20 minutes de ‘Sister Ray’. Le Velvet invente alors, dix ans avant, le noise, la no wave et donne l’étincelle à Can et à toute la vague krautrock qui naît à cette époque. « White Light/White Heat » était alors présenté comme le disque le plus « speedé » jamais enregistré. Au sens drogué du terme, oui. Ah, et selon la légende, ‘Sister Ray’ était le petit nom que Lou donnait à sa seringue…


‘Pale Blue Eyes’ (1968)
Après le départ de John Cale, Lou Reed est seul maître au sein du Velvet. Et pond un disque de ballades des petites heures du matin. REM et toute la vague rock indé US des années 80 ne s’en sont pas remis. Nous non plus.

‘Rock & Roll’ (1969)
Lou Reed est déjà parti quand sort le quatrième et ultime album du Velvet, « Loaded ». ça ne l’a pas empêché d’écrire quelques ultimes perles velvetiennes dont cet hommage ultime à la musique binaire. « You know my life was saved by rock n’ roll! »

‘Walk On The Wild Side’ (1972)
L’homme se lance ensuite en solo. Drogué, dépressif, au bout du rouleau, c’est un fan qui se charge de le remettre en selle en produisant « Transformer »: David Bowie. Résultat: un carton, le seul de la carrière du Lou. Il obtiendra même un tube avec ce ‘Walk On The Wild Side’ qui dépeint les personnages qui tournent autour de la Factory warholienne. Et ce de manière on ne peut plus savoureuse: « Even when she was giving head/She has never lost her head ». Un de ses crédos qu’il répétera à longueurs d’interviews: « Ne perdez pas le contrôle. Quoiqu’il arrive, ne perdez JAMAIS le contrôle! »

‘Perfect Day’ (1972)
Sur le même album, une autre perle qui, selon la légende, est une déclaration d’amour à la poudreuse plutôt qu’une bluette innocente. Le titre deviendra en tout cas le seul numéro 1 du Lou en … 1997, dans une version réenregistrée avec Boyzone, Robbie Williams, Bono et les autres pour une association dénommée… Children in Need (si, si…) (le titre se retrouvera aussi sur la BO de « Trainspotting »).

‘The Kids’ (1973)
Suite au succès de « Transformer », Lou annonce à la presse US en extase qu’il prépare son « Sgt Pepper » à lui. Et d’une certaine manière, « Berlin » peut être considéré comme son « Sgt Pepper ». C’est en tout cas son chef d’oeuvre… Et le disque le plus déprimant et glauque de l’histoire du rock. Album concept qui retrace l’histoire de Caroline, mère de famille junkie et prostituée, qui finit par se suicider après qu’on lui ait enlevée ses enfants. Ambiance. Anecdote d’enregistrement: les enfants qu’on entend pleurer dans ‘The Kids’ sont ceux du producteur Bob Ezrin, qui les avait enfermés dans le studio en leur expliquant que leur mère les avait abandonnés…

« Metal Machine Music » (1975)
En conflit perpétuel avec sa maison de disques depuis l’échec commercial de « Berlin », Lou passe un deal et offre un album commercial pour qu’on le laisse ensuite sortir… « Metal Machine Music ». L’album commercial sera le live à tendance rock progressif « Rock & Roll Animal ». Quant à « Metal Machine Music »… Disons que c’est une expérience. La chose comprenait quatre faces de 15 minutes de… bruit. Selon son auteur, il reprend des mélodies de Mozart sous les couches de bruit blanc, « ces empaffés n’ont rien compris! ». Toujours selon son auteur, « quiconque parvient à écouter ce truc en entier est encore plus cinglé que moi ». Mais quand « MMM » a été réhabilité, d’abord par la vague indus (NIN et consorts), ensuit quand il fut joué par un orchestre philharmonique en 2010 dans les salles du monde entier (dont l’AB), son auteur, goguenard, n’était pas peu fier: « Je vous l’avais bien dit! »

NB. Lorsque le disque a été réédité en CD, Lou s’est offusqué: « Ces empaffés se sont gourés, ils ont gravé quatre fois la même face! »

‘Dirty Boulevard’ (1989)
Ensuite, ce fut variable et chaotique, entre le bon (« Coney Island Baby », 1975, « Street Hassle », 1978) et le déplorable (tout le reste). Jusqu’en 1989, année du retour de la bête, et en grande forme encore bien! L’album, « New York », est une ode à sa muse de toujours, et montre qui est Lou: un survivant. Les albums suivants seront d’assez bonne facture (« Magic & Loss » 1992, « Set The Twilight Reeling » 1996, « Ecstacy » 1999).

‘The View’ (2011)
Dans les années 2000, le Lou se fait plus discret et ne ressort que pour revenir sur son oeuvre (tournées « Berlin » et « MMM ») où avec des projets qui mélangent clairement littérature et rock. Ainsi, « The Raven » basé sur l’oeuvre d’Edgar Allan Poe et le fameux « Lulu » avec Metallica, son dernier album, qui fut descendu par la critique… Pourtant, on veut bien prendre les paris, ce disque sera réhabilité dans quinze ans ou vingt ans, d’une manière ou d’une autre! Et vous savez pourquoi? Parce que la ligne est fine entre le ridicule et le sublime. Et aussi et surtout, parce que you don’t fuck with Lou! Voilà pourquoi!

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Journaliste lesoir.be

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7 commentaires

  1. milan

    28 octobre 2013 à 23 h 26 min

    je vous conseille d’écouter la chanson de gorillaz “some kind of nature” avec la participation de lou reed. Probablement, la meilleure dernière apparition.

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