Ouvrir l’esprit grâce à la musique

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Avec Aventine, son deuxième album, Agnes Obel rejoue la carte d’une pop voulue délicate, lui ressemblant au mieux.
La chanteuse danoise basée à Berlin, révélée en 2010 avec son premier album, Philharmonics, a réalisé le plus beau des hold-up en 2011, s’imposant tant chez les disquaires que sur scène, écrivions-nous début octobre, à la sortie d’Aventine. Un disque, son deuxième donc, bien parti pour avoir un effet similaire. Pendant que « The curse » n’en finit plus de passer en radio, Agnes Obel s’apprête à remonter sur les planches.

Qu’aimeriez-vous dire d’Aventine, un mois après sa sortie ?

Je ne sais pas si j’aurais envie de décrire cet album. J’aimerais que les gens tombent dessus un peu par hasard, qu’ils entendent la musique sans qu’ils en aient entendu parler et qu’elle leur inspire leurs propres histoires.

Vos chansons s’accommodent de n’importe quels endroits ? Vous pensez qu’elles peuvent s’écouter partout ?

L’endroit où on les écoute n’est pas quelque chose à quoi je pense. Quand je travaille, je ne réfléchis pas en termes de lieu, de comment. En fait, ne pas penser à cela fait partie du processus créatif. Du coup, j’essaie d’oublier toutes ces choses et de trouver un endroit dans ma tête où tout cela n’aurait pas d’importance. Après, comme j’ai une relation avec chacune de mes chansons, j’espère que l’auditeur développera lui aussi une relation personnelle avec l’une d’elles.

Vous affectionnez les textes ouverts à l’interprétation ?

Pour moi en tout cas, ces chansons sont claires, j’ai une explication concrète pour toutes, mais je n’aimerais pas que mon interprétation vienne interférer avec l’expérience que les gens pourraient eux-mêmes faire de ma musique. J’aime assez bien le concept de musique comme état d’esprit, comme expérience…

« The curse » a un petit accent de titre de film fantastique…

Vous trouvez ? C’est merveilleux ! Quand j’ai écrit cette chanson, elle me donnait l’impression d’un road movie. J’entendais des gens dans cette musique. La mélodie me racontait une intrigue, me parlait de gens qui avaient envie de changer de vie… Puis il m’a semblé qu’il pouvait être intéressant d’évoquer la manière dont nous racontons des histoires, comment elles peuvent exprimer nos espoirs, comment nous construisons l’espoir en l’avenir. Comment nous donnons du sens aux choses, comment nous connectons l’avenir à notre perception du passé. Je trouve ça beau, de donner du sens à toutes les choses. Je le fais d’ailleurs moi-même quasi tout le temps, même si ça peut parfois être dangereux.

L’écriture elle-même occupe quelle place, dans ce processus ?

Je n’écris jamais les mots en premier, toujours la musique. J’ai souvent la chance de voir une histoire apparaître avec la musique comme pour « The curse ». J’y reviens un instant… Je lisais un bouquin dans lequel il est question du mal, à la fois chez les humains mais aussi chez les animaux. Il y est dit comment notre cerveau était capable de créer toutes ces belles choses, de la poésie, de l’art, de la musique, et que c’est le même qui peut faire de nous des êtres très cruels, envieux, violents… Après coup, j’ai trouvé là-dedans comme un écho à ce texte. C’est parce que nous avons la capacité de donner du sens à tout que nous pouvons créer des choses très belles mais aussi des choses horribles.

Écrire suscite des images, parfois plus que des sentiments ?

Oui, ça arrive, encore que… Je ne sais pas trop ce qui est une image ou ce qui est un sentiment… Certaines de mes expériences sont très liées à des images. Vous pouvez très bien composer un morceau dans lequel il y a une vibration, puis mettre deux mots ensemble pour évoquer ce sentiment et espérer en fin de compte que ce sentiment vous revienne à chaque fois que vous entendez ces mots. C’est toujours un pari et toujours subjectif, bien sûr… J’aime beaucoup la musique classique et la musique instrumentale pour cette raison-là. Quand vous êtes capable d’évoquer des sentiments de la sorte, la notion de temps n’a plus vraiment d’importance. Je ne dis pas que j’en suis capable, j’espère l’être un peu…

Philharmonics vous a valu nombre de récompenses, il s’est bien vendu aussi… Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Je suis très heureuse, bien sûr, mais c’est aussi quelque chose que je ne m’explique pas, il y a donc là-dedans une part de chance. Entre 2010 et 2011, quand le disque est sorti, c’était une période très intense, très fatigante, de voyages incessants, des concerts dans des endroits toujours plus grands… Je garde de cette période une impression un peu surréaliste. Mais c’est aussi ça qui m’a permis de faire ce deuxième album. De prendre le temps de faire ce deuxième album sans me soucier de rien d’autre. Ça, c’est un peu un rêve qui devient réalité.

A propos de « faire » de la musique, on débat régulièrement du fait de savoir si l’apprentissage à un jeune âge du classique et/ou d’un instrument est ou non une bonne chose. Vous en pensez quoi ?

Je pense qu’apprendre un instrument est une bonne chose. Des études ont montré que c’était bénéfique pour le cerveau. C’est un cadeau incroyable qu’on peut faire à un enfant, même s’il n’a pas envie de devenir musicien. En même temps, je ne suis pas certaine que l’on doive pousser un enfant à faire quelque chose, à pratiquer une activité qui ne l’intéresse pas. Personnellement, je n’ai jamais été forcée, j’ai toujours fait de la musique parce que j’aimais ça. Mais je me suis mise à la musique parce que mes parents m’y ont exposée. Si ça n’avait pas été le cas, je n’en aurais probablement pas fait… Il faut donc trouver un équilibre : présenter les choses à l’enfant, mais aussi lui permettre de les découvrir par lui-même. Tout en se rappelant toujours quel potentiel ça signifie, ne fût-ce que d’un point de vue biologique. Ça ouvre vraiment l’esprit !

Didier Stiers

Le 1er novembre au Cirque Royal. Infos : www.cirque-royal.org et 02/218.20.15.

“Aventine” : notre critique * *, 2 clips et l’écoute intégrale sur Deezer.

Didier Stiers

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