Cela aurait dû être le concert de l’année, mais…

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Le sorcier danois Trentemøller a offert une performance dix-huit carats vendredi à l’Ancienne Belgique. Un concert qui a pourtant été ruiné par différents facteurs indépendants de sa volonté.

Anders Trentemøller a beau se cacher derrière ses machines, on avait deviné dès son premier album The Last Resort (2006) que cet homme du nord vénérait les Cure, Bauhaus et autres acteurs de la vague froide du début des 80′s. A l’heure du troisième disque, sorti en septembre, les masques sont tombés: pop, bourré de chanteurs invités tout en continuant le travail du son et des atmosphères sombres, Lost était une évolution somme toute logique, même si on peut regretter ce parti pris des producteurs électro de pencher inévitablement et comme tout un chacun vers des formats plus formatés. En un mot: pop.

Tant pis. De un, parce que Trentemøller s’en sort avec les honneurs. Et de deux, parce que le concert, dès son départ, privilégie les atmosphères et les lentes montées froides vers la lumière. Première observation, Trentemøller s’accompagne d’un vrai groupe – il est finalement le seul derrière ses machines – qui prend place dans la pénombre, déploie un tapis sonore métallique et se perd bientôt dans les fumigènes… On se croirait à un concert des Cure période Disintegration!

Pendant deux, trois titres (« Still On Fire », « Shades Of Marble » et « Past The Beggining of The End » tirés du deuxième Into The Great Wide Yonder), la sauce prend, les choses se mettent en place et la tension monte doucement. Pour autant, on commence à soupçonner le Mal, il est déjà là à mettre des bâtons dans les roues, c’est flagrant par rapport au concert de Dour, et on sent que ça ne va pas aller en s’améliorant: le SON est BEAUCOUP trop FAIBLE! A l’AB comme ailleurs en Flandre, ce phénomène commence tout doucement à se répéter: My Bloody Valentine (c’était pas plus mal, remarquez), MGMT, la semaine dernière Warpaint… Déficit sonore. La loi a dit que.

Et quand on arrive à seulement deviner la basse de « Vamp »… Ce qui devrait être l’ENORME basse de « Vamp », le genre qui résonne, te chope le lobe frontal pour te dévisser la tête et le corps… Quand cette basse, on s’aperçoit, sonne mieux, plus forte, plus prenante, plus vivante à mater sur YouTube qu’en concert face à d’énormes baffles, là, je dis « NON! ».

Je dis non parce qu’à partir du moment où on paye et se déplace pour aller voir un groupe, un artiste, en concert, live, direct, face à soi, dans des conditions qui offrent l’expérience telle qu’elle devrait être ressentie, on a le droit d’attendre autre chose que de se sentir comme dans son salon à écouter un fichier sur nos nouveaux baffles OufTiHX avec la seule différence qu’on est entouré de deux-mille péquins.

Je dis non parce qu’à force de vouloir nous ménager nos tympans, on ne finit plus que par entendre le wannabe hipster du vendredi soir qui se force à s’extasier pour avoir l’air trop dans le coup et aguicher miss gros pins tandis que la moitié de ses camarades trouvent plus intelligents de filmer ce qui se passe devant leur nez avec le nouvel iPhone 238 plutôt que de remuer leur cul sur ce qui reste de la musique de danse.

Je dis non parce que le groupe sur scène a donné un concert quasi parfait, et qui aurait sonné parfaitement avec 5 malheureux dB de plus, ce qui aurait permis au péquin de rentrer esprit et corps dans la musique plutôt que de jacqueter comme sa belle-mère tout le long du set. Parce qu’aussi bizarre que cela puisse paraître, plus la musique s’empare de la salle, plus les gens sont concentrés sur la musique et pas autre chose. Et que les dernières vingt minutes aient eu la permission de ces 5 malheureux dB supplémentaires et aient pu ainsi prouver à quel point ce groupe était bon ne changera rien à l’affaire.

C’est le règne de la demi-molle, du paraître et de l’aseptisé. Le confort avant tout. Mais cela peut-il fonctionner avec l’expérience artistique, surtout si elle est estampillée rock (donc, un minimum porteuse de sensations)? Que penserait Lou Reed d’un tel carnage?

Où, comme disait Kevin Shields: « Si vous voulez entendre de la musique jouée doucement, il y a des chaînes stereo pour ça (…) Mais dans un monde où le fade et ce qui est ‘ok’ est un facteur dominant, faire quelque chose qui soit une réelle expérience est une chose positive ». Problème: c’est vraiment pas gagné.

DIDIER ZACHARIE

Setlist: Still On Fire/ Shades Of Marble/ Past The Beginning Of The End/ Candy Tongue/ River Of Live/ Vamp/ Gravity/ Miss You/ Trails/ Never Stop Running/ Constantinople/ Moan Rappel: Even Though You’re With Another Girl/ Silver Surfer, Ghost Rider Go!!!


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10 commentaires

  1. Olivier

    9 novembre 2013 à 16 h 39 min

    Je suis ahuri de la teneur de cet article.

    Le concert n’a pas eu besoin de 10db supplémentaires pour être 4 étoiles. Si c’est pour avoir un concert 5 étoiles, comme vous dites, pendant une heure et demie, et vivre une vie durant avec un acouphène suivant ce concert, seriez vous toujours pour l’élévation du volume sonore ?

    J’ai la malchance d’avoir un acouphène depuis 7 mois suite à un concert au Trix. Je regrette amèrement de ne pas avoir pris de bouchons, ni que la loi n’aie été appliquée comme ici. Je ne retrouverai jamais le calme dans mes oreilles. Et je ne pourrai plus apprécier les concerts de la meme manière non plus. Je suppose que vous n’avez pas la meme chance que moi. Si Kevin Shields a envie de vivre sa musique à 120 db, c’est son choix. L’imposer à la salle, c’est un autre histoire. Je suis bien content d’avoir pu écouter le concert de mbv avec la limitation sonore et mes bouchons.

    Pour le reste, le comportement des gens en concert m’exaspère aussi – filmer, parler (gueuler) – ce n’est pas en augmentant le volume qu’on les éduquera. Parce que c’est bien de cela qu’il s’agit : de l’éducation. Qui se perd partout, même aux concerts.

    J’espère que vous n’aurez pas à souffrir d’acouphènes suivant les concerts que vous irez voir. On ne se rend vraiment compte du bonheur des oreilles en bonne santé qu’une fois qu’on a des problèmes avec… Et là (las), c’est trop tard.

    Olivier

  2. Juan

    9 novembre 2013 à 17 h 38 min

    Comprends pas cet article. Je n’étais évidement pas au concert de Trentemoller, mais donc même pour des journalistes musicaux, avoir 110dB dans les oreilles ça s’appelle encore de la musique ??? Il est temps de réapprendre au jeune que le silence fait aussi partie de la musique et à toute son importance! A force d’augmenter les dB, on ne sait même plus distinguer une basse d’une guitare! Chercher l’erreur. On ne parle plus alors de musique mais de sensation, ce sont 2 choses tout à fait différente.

  3. Un péquin

    9 novembre 2013 à 21 h 45 min

    “Je dis non parce qu’à partir du moment où on paye et se déplace pour aller voir un groupe, un artiste, en concert, live, direct, face à soi, dans des conditions qui offrent l’expérience telle qu’elle devrait être ressentie, on a le droit d’attendre autre chose que de se sentir comme dans son salon à écouter un fichier sur nos nouveaux baffles OufTiHX avec la seule différence qu’on est entouré de deux-mille péquins.”

    Voilà un point de vue bien égocentrique. Moi Moi Moi je sais comment il faut ressentir les choses ! Et tant pis si mon petit plaisir se prend au détriment des oreilles des autres spectateurs. Qui de toute manière ne comprennent rien à la manière dont on écoute la musique.

    Monsieur DIDIER ZACHARIE, le jour où la manière dont vous traitez vos oreilles vous conduira en consultation ORL, vous serez sans doute bien content de profiter de la mutuelle, c’est-à-dire de l’argent de la collectivité, pour vous aider à assurer les soins nécessaires. Si toutefois les dégâts sont partiellement réversibles.

    La négligence dont vous faites preuve vis à vis de vos oreilles concerne donc très directement le portefeuille du “péquin” que je suis.

    Et songez qu’il y a des spectateurs (certes des péquins un peu bas de plafond) qui paient et se déplacent pour écouter des artistes sans que cette expérience ne s’accompagne de niveaux sonores proches du seuil de la douleur.

  4. Vorbaret

    13 novembre 2013 à 1 h 14 min

    Plusieurs l’ont remarqué, cet article est juste con. Il en oublie presque de parler du concert!
    Il faut ajouter à tous les commentaires parlant de la bouillie sonore que des salles comme l’AB ne sont pas adaptées à ces volumes. Le regret de DZ est une chose, la physique du son une autre: à l’AB les basses font trembler physiquement le long des murs, mais se ressentent moins au centre. Dans l’escalier, c’est un tremblement de terre! Mais le son est très confus devant la scène. Et il est très bien défini au balcon central!
    Les infra graves, en outre, exigent un autre type de sonorisation: produire des graves ne demande pas tant du volume qu’un matériel de sonorisation et une spatialisation différente. Sinon? Un manque de définition (il y a un effet “pâtes trop cuites”). (La preuve? Il y a moyen de rendre les infra graves avec la chaîne hifi dénoncée dans l’article. Si elle est bonne ; l’AB ne peut juste pas le faire. Le bâtiment tombera avant!)
    Quant à la force du son, bon ben. C’est un peu gamin quoi. A propos de gamin, la référence à Kevin Shields est un aveu: MBV adore le son foutraque. C’est chouette une fois, mais ce n’est pas la définition du mot concert. Alors forcément, si Lemmy de Motorhead venait demain à l’AB, il serait frustré. Mais… peut-être qu’il est vieux et que le monde a changé? Tout change. Sauf les acouphènes, qui restent.

  5. Yannick

    18 novembre 2013 à 8 h 33 min

    “qui aurait sonné parfaitement avec 5 malheureux dB de plus”
    –> A-t-on appris à ce pseudo-journaliste que l’échelle des décibels est une échelle logarithmique, et que donc doubler le sons revient à ajouter 6 décibels…
    Quand il parle donc de 5 malheureux décibels, il demande presque que le son soit 2 fois plus fort!!
    Bravo Monsieur, voici une critique d’une grande qualité journalistique!!

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